En salle

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20 juin 2015

Le paradoxe du soclib

Etre libéral de gauche n'est pas une sinécure. Cette fois, j'ai envie de donner des baffes à Manuel Valls alors que j'aurais assez tendance à soutenir sa politique dont le sujet du moment : la loi Macron. Cela m'est venu à la lecture du titre de cet article des Echos. Non, Manu, le travail n'est pas une valeur et surtout pas une valeur de gauche. "La valeur travail" était un des thèmes de Nicolas Sarkozy et en racontant ce genre de connerie, tu donnes raisons à ceux qui te comparent à Nicolas Sarkozy. Fais attention à ta communication, aussi avec la gauche, bordel.

Point par point, je ne suis pas d'accord, non plus, avec  l'argumentaire de Madame Taubira mais elle a raison sur le fond : je rêve aussi à une société de loisirs et je suis partisan d'une baisse du temps de travail. 

Surtout, je ne crois plus au retour du plein emploi non pas pour des raisons économiques mais, d'une part, parce que la technologie permet de produire plus en travaillant moins et, d'autre part, parce que ce que l'on pourrait s'imaginer avoir besoin de produire (des voitures, des maisons, des routes,...) nous le sera interdit pour des raisons environnementales amplifiées par l'évolution de la démographie.

A Loudéac, on a une tradition : faire la fête de la musique le vendredi qui précède le 21 juin. Il faut bien reconnaître que la musique n'est qu'un prétexte pour sortir de chez soi, ce dont je n'ai pas besoin, et de discuter avec les gens. C'est ainsi que j'ai passé une partie de la soirée à papoter avec un copain, socialiste local, qui, comme moi, regrette que la réforme fiscale promise n'ait pas eu lieu plus tôt, mais qui, en plus, est totalement en opposition à Manuel Valls.

J'ai envie de dire que tout le monde se plante, sauf Christiane Taubira quand elle décrit ce rêve d'une autre société. Elle n'est pas au Parti Socialiste. Moi non plus. A une époque, Manuel Valls voulait changer le nom du parti, d'ailleurs !

Il faut que la gauche de la gauche comme la droite de la gauche, le centre de la gauche et je ne sais pas quoi de la gauche réfléchissent à cette évolution de la société, où le travail n'est plus au centre de la société. Entre Manu qui parle de « valeur travail » et la gauche qui braille quand on veut toucher au droit du travail, il y a un gouffre évident mais aussi un proximité : le travail. Le gouffre qui me sépare de ces braves gens est donc probablement plus large.

Il faut que la gauche remette ces sujets au cœur du débat : le modèle de société à l'heure de la disparition du travail, notamment du travail salarié à plein temps, autre sujet de préoccupation. Le CDI à 35 heures ne sera plus la règle. Il sera remplacé par des contrats d'intermittence ou des contrats d'autoentrepreneurs ou des machins comme ça, quand ce n'est pas des CDI, de l'intérim et autres. Il faut se le coller dans le crâne : non seulement le travail va diminuer mais aussi le travail salarié. Le sujet est d'autant plus difficile à aborder que les Français veulent du travail.

Mais leur dire que l'on reviendra vers le plein emploi est leur mentir et s'il faut réformer le code du travail, il faut leur dire, et quand on est contre, il ne faut pas crier... au mensonge.

Et il nous faut réfléchir à l'organisation de cette société de loisir qui nous sera imposée par la progressive diminution du travail.


Manu, arrête tes conneries. Aujourd'hui, je me sens plus proche de Christiane que de toi alors que je défends une de tes réformes qu'elle critique. A gauche, reprenez-vous ! La plus belle loi de ce quinquennat est probablement celle qu'elle a portée mais vous la défendez au nom des droits alors que c'est au nom des libertés qu'il faut le faire.

11 juin 2015

La vraie histoire du zinc de Valls !

Vendredi dernier, François Hollande a réuni Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadelis et des proches à dîner. Il leur a dit : « Bon, les gars, on est mal, on a le congrès ce week-end, ça risque de chauffer. Je sens bien Montebourg faire le con, genre une tribune dans un canard pour foutre la merde. En plus, la semaine prochaine, on a la loi pour les PME et les TPE qui va être annoncé, ça va faire du bruit dans la vraie gauche. Ils vont nous casser les burnes. Il faut faire diversion. »

Camba a alors proposé : « ben t’as qu’à avoir une nouvelle maitresse. » Pépère : « On n’a pas le temps, et puis, dites donc, les gars, c’est votre parti et votre loi, z’avez qu’à vous démerder ». Valls : « J’vais prendre sur moi. J’ai rendez-vous avec Platoche, samedi, je vais en profiter pour aller voir le match, on trouvera bien un couillon pour faire un scandale parce que j’y vais aux frais de la princesse. »

Sapin : « Bonne idée, mais est-ce que ça va durer assez longtemps, il faut trouver un truc pour rebondir ». Valls : « J’y suis ! Je vais emmener mes fils et on lancera un second scandale. » Pépère : « oui, je l’sens bien, la première journée, le scandale, on sortira des arguments bidons pour que les crétins fassent du bruit. La deuxième journée, nouveau scandale, nouveaux arguments crétins, genre : ça ne coûte rien. Mais il faudrait que cela dure un peu plus. » Camba : « Yes ! Le jeudi, tu rembourses, Manu, genre 2500 euros, tu vas émouvoir le peuple, le premier ministre proche de ses enfants et tout ça. » Valls : « Hé ho ! On voit bien qu’c’est pas toi qui paye ! ». Camba : « Ah fais pas chier ! C’est le PS qui va payer le zinc jusqu’à Poitiers alors que sans cette histoire, tu serais venu en train, comme les autres, alors n’en rajoute pas, j’te prie. » Pépère : « J’dois reconnaitre. » Valls : « Bon, OK, on fait comme ça ». Pépère : « c’est parti, Michel, tu t’occupes de tout et commence par nous servir l’apéro. Je rigole d’avance aux réactions quand Manu va rembourser un truc dont on disait la veille qu’il ne coûtait rien ! Sans compter la tronche des blogueurs abrutis qui t'auront défendu et cet imbécile de Parrillo qui va s'exciter, exiger ta démission, le remboursement, des excuses à la Nation, on va se fendre la gueule. »


Je ne vois que ça, parce qu’avec un tel niveau de bordel chez ces guignols, trouver une explication est au dessus de mes forces.

09 juin 2015

Deux jours sur la même polémique, c'est trop !

Jet gouvernemental pointant à gauche
Sachant que leur daron allait voir un match de foot en avion et qu’il y avait deux places de libres, les mômes de Manuel Valls lui ont demandé s’il pouvait l’accompagner. Il ne pouvait évidemment pas refuser. Les polémiques à deux balles que cassent les burnes, notamment quand elles viennent de mon camp politique.

T’aurais refusé, toi ? Que l’on proteste sur le voyage en avion pour voir un match quand on est dans l’opposition, c’est normal. Tu te rends compte que si les zozos de gouvernement.fr (salut, Romain, pour « zozos », je plaisante) avaient mis sur le site web que Manu avait rendez-vous avec Platoche, il n’y aurait eu aucun scandale ? Ca rime à quoi de lancer un scandale dans le scandale ?

Ou alors, c’est un habile coup politique. Englué dans une polémique sur le coût de l’avion, la gauche lance une deuxième sur le premier ministre qui n’a pas réussi à refuser à ses gamins de l’accompagner voir un match de foot…

Je ne sais plus qui me disait : « on marche sur la tête ». Enfin, si, je sais, c’est le même qui me parlait « d’œillères de gouvernement », mais cela ne vous regarde pas. Il pensait au fait que le Premier Ministre prenne un jet pour aller voir un match. Je trouve, de mon côté, qu’on marche sur la tête à taper sur son propre camp pour une connerie.

Quant à ceux qui jouent à la vierge effarouchée en disant que l’on tapait bien sur Sarkozy, il n’y a pas de raison de ne pas taper sur Valls, je vais leur répondre : prout. Poliment. Quand on fait de la politique, on tape sur le camp d’en face et on défend le sien. Ou alors, on arrête la politique. Et je n’ai pas tapé sur Sarkozy parce que j’étais offusqué qu’il fasse des conneries ou prenne l’avion, je m’en contre-pignole. J’ai tapé dessus parce que je ne supporte pas ce type et que je suis dans le camp opposé.

Quant au coût du voyage, nous avons un déficit public supérieur à 85 milliards. Tiens on va mettre un schéma, . Si Manu veut dépenser 20 000 euros pour aller papoter avec Mme Merkel et M. Platini et se faire voir dans le poste, c’est peut-être pour le bien du pays ou, du moins, pour ce qu’il juge être ce bien et qu’on est libre de contester. Néanmoins, je vous invite à reconstituer l’agenda du gugusse pour ce week-end et ses allers-retours divers. A-t-il tout fait pour le plaisir ? Déjà, se taper un congrès du PS…

Alors revenons au fond. Regardez ce magnifique schéma, 10 ans de droite, le déficit de l’Etat a été multiplié par 2,5. Certes, il y a les circonstances économiques et tout cela et un observateur astucieux pourra me montrer son évolution entre 1988 et 1993… Il n’empêche qu’un type de droite pourrait réfléchir à deux fois avant de faire une polémique à deux balles.

Le fond ? Oui, les politiques qu’il faudrait mener. Ou pas.


Dans l’attente, il faudrait que le SIG indique si Valls amène son iPad aux cabinets quand il va faire caca pendant les heures de travail. Après tout, c’est avec notre argent. Et s'il va voir la finale de Roland Garros, il peut y aller en métro.

31 mars 2015

Parler aux électeurs ?

« Interrogé sur RTL quant à la situation économique française, Jean-Luc Mélenchon a refusé d'envisager l'assouplissement du marché du travail comme une solution de relance. "L'assouplissement, c'est un durcissement des conditions pour les travailleurs", a dit le député européen. Le problème se pose, selon lui, par les carnets de commande. "Est-ce que les carnets de commande des entreprises sont pleins ou est-ce qu'ils sont vides ? Et pour que les carnets de commandes se remplissent il faut qu'il y ait de la production". » C’est dans le Figaro du jour…

Je suis tombé dessus en cherchant « Mélenchon » dans Google News pour argumenter dans le cadre d’une discussion avec des potes. C’est la première phrase qui m’intéressait à l’origine et je vais y revenir. Mais la dernière a généré une certaine hilarité de ma part. Outre le fait que je me demande comment il va faire de la production (il est complètement déconnecté, visiblement), il ne fait que défendre la politique de l’offre…

Cette discussion porte sur le fait que la gauche ne sait plus s’adresser aux catégories populaires. Les ouvriers et les employés votent maintenant plus pour le Front National que pour un des partis dans la moitié gauche de l’échiquier politique. Et cette première phrase est emblématique. A gauche, on sera bien d’accord pour protéger les salariés mais seule une minorité de l’électorat fait partie de ces salariés qui pourraient pâtir d’un assouplissement. Pas facile d’être à gauche, de lutter contre les privilèges tout en devant bien admettre qu’avoir un travail dans une boite solide, où l’on n’est pas susceptible d’être licencié dans le mois, est devenu un privilège…

« Il propose pour l'avenir un rassemblement des forces de gauche, « quelque chose d'extrêmement large pour donner une alternative aux français ». L'idée étant de rassembler sous une même bannière parti de gauche, socialistes démissionnaires, verts ou encore nouvelle donne, entre autre. "Ma vie est éclairée par le combat", rappelle Mélenchon, qui "refuse d'être embauché dans le tripartisme" s'étant fait jour au lendemain des départementales. »

C’est notre mode de scrutin qui a généré le tripartisme qui en est un faux : le Front National n’a pas d’élus ; dans les « assemblées », les débats sont entre la gauche et la droite, pas d’extrême… La solution, pour en sortir, c’est la proportionnelle mais si on introduit une dose de proportionnelle, le Front de Gauche perdrait une partie de ses élus et le Front National en gagnerait des tas.

En outre, le rassemblement qu’il propose, parfaitement honorable mais peu crédible (on attend de voir leur position commune sur l’Europe), regrouperait au maximum 20% de la population et ferait passer le PS « dans ces eaux-là ». Avec des votes nominatifs, tous les bénéfices iraient à la droite. Avec des votes sur listes, des majorités seraient impossible à trouver et on aboutirait à des coalitions « autour » de l’UMP.

Je tacle un peu Jean-Luc Mélenchon. Cécile Duflot mériterait aussi une avoinée. C’est Le Point qui s’en charge en expliquant qu’elle fait une Fixation sur Manuel Valls. Encore une fois, elle se coupe complètement des électeurs sans même se rendre compte que tout le bénéfice ira à Jean-Vincent Placé, François de Rugy et Barbara Pompili qui sont favorables à un retour des Verts au gouvernement.

Il n’y a pas que la gauche de la gauche qui ne sache plus s’adresser aux braves gens. Regardez cette copie d’écran de Google News, prise dans l’après-midi. Le premier article parle de Marisol Touraine qui veut rétablir le fond de la loi sur la prostitution. Qu’en pense le peuple ? « Ils nous font chier ». Le deuxième article est au sujet de Manuel Valls qui regrette de ne pas avoir baissé les impôts. Qu’en pense le peuple ? « Il nous prend pour des cons. »

La question est de savoir à qui s’adressent Mmes Duflot et Touraine et MM. Mélenchon et Valls. Aux autres responsables de gauche, aux militants ou aux braves gens ?

Imaginons, par exemple, que Manuel Valls s’adresse au reste de la gauche pour dire « bon ben ho je vais infléchir ma position, ne vous fâchez pas, hein ! ». Est-ce vraiment de gauche de baisser les impôts et donc les moyens de faire une jolie « redistribution » ?

N’est-il pas dans la même situation que Jean-Luc Mélenchon qui prône la politique de l’offre sans s’en rendre compte ?

Remettez-vous !

Il ne sert à rien de s'interroger sur les raisons de la défaite. La gauche et la droite ont toujours perdu les élections locales quand ils étaient au pouvoir depuis quelques années et à chaque législative depuis 1981, sauf en 2007, il y a eu alternance. On a toujours trouvé des analystes en culotte courte qui connaissaient mieux les raisons que les autres.



17 mars 2015

Questions pour une élection

Les grands oubliés des élections départementales semblent être les départements et le seul enjeu de mesurer les forces en présence entre le Front National, le Parti Socialiste et l’UMP avec quelques sujets annexe, comme « chez moi », où le Front de Gauche risque de perdre le département. Marine Le Pen et son parti semblent au cœur de la campagne et certains accusent Manuel Valls d’avoir volontairement fait porter le débat sur le Front.

Alors, est-ce volontaire ? Cela fera-t-il monter le FN comme on nous le dit ou, au contraire, baisser, comme le disent les socialistes ?

A regarder la presse, ce matin, on avait l’impression d’assister un combat de coqs entre Manuel Valls et Nicolas Sarkozy. J’allais broder sur ce thème, dans mon billet, mais le premier ministre a lui-même déclaré : « Ce n'est pas un duel de personnes, ce n'est pas un duel de coqs à distance de quelques kilomètres. C'est un combat pour le pays. » A se demander si Manuel Valls ne se fait pas un malin plaisir à rabaisser l’ex. Il me fait un peu penser à Jacques Chirac, quand il avait sorti à Laurent Fabius : « Soyez gentil de me laisser parler et d'intervenir incessamment comme un roquet ! »

Et si le but du premier ministre était aussi d’empêcher Nicolas Sarkozy de parler, de le rabaisser au niveau d’un chef de parti type Caliméro, l’obligeant à des sorties comme celle du vote FN qui équivaut au vote PS, dans de la petite politique politicienne. L’ex a toujours refusé de débattre avec d’autres chefs de partis pour préserver sa stature. Manuel Valls ne serait-il pas en train de la casser ? Nicolas Sarkozy parait à la ramasser derrière Marine Le Pen, voulant absolument devenir le chef de l’opposition alors qu’elle est en passe de lui ravir le titre ? Pendant ce temps, Manuel Valls se pose comme le chef de la majorité…

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas : je sais qu’un blogueur de droite pourra effectivement faire le raisonnement inverse et expliquer que Nicolas Sarkozy arrive à faire sortir du bois Manuel Valls, réussissant à élever le débat au-dessus des partis, la droite contre la gauche. Et si, finalement, cette guerre des coqs n’arrangeait pas les deux éminences ? Et si ce n’était pas pour préfigurer la match de 2017 ? Les deux n’ont-ils pas déjà fait une croix sur les élections départementale, scrutin inutile au vu de l’abstention qui devrait dépasser 60%...

Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il allé soutenir Georges Tron qui est mis en examen dans une histoire de viol, sous le regard bienveillant de Serge Dassault alors que ce dernier fait la une de la presse ? A-t-il perdu la main ou met-il son parti en roue libre jusqu’à la création du nouveau, Les Républicains ? Belle trouvaille, ce nom… Aux élections suivantes, nous auront les Républicains contre les autres…  Et s’il n’arrangeait pas Manuel Valls, lui qui a rêvé de changer le nom de son propre parti ? N’assiste-t-on pas à une tentative conjointe de rebipolariser la scène politique française ? L’opposition contre la majorité et vice versa.

Ainsi, ces départementales entraînent plus de question de ma part que de réponses. Après le dépouillement, des seconds couteaux viendront faire des déclarations à la mords-moi-le-nœud devant les caméras. C’est un choc, le premier parti de France est l’abstention, c’est un message que doit comprendre le gouvernement et toutes ces conneries qu’on entend à chaque fois.

Ca me fatigue déjà.


17 février 2015

La faute des frondeurs

La lecture de Twitter est amusante, cette après-midi, entre les types de gauche qui critiquent les frondeurs et ceux qui critiquent le gouvernement. Les frondeurs ont gagné : le gouvernement utilise le 49.3 aimablement fourni, main d’œuvre comprise, par notre constitution, qui permet au premier ministre de dire « vous me cassez les cerises ».

Vous prenez Google News, vous tapez « travail salarié » et vous tombez sur un tas d’articles, comme celui-ci, datant de la semaine dernière et reprenant une information de l’Insee. C’est important d’utiliser Google News, aussi, plutôt que de faire le guignol derrière un clavier. Je reprends cette dépêche. « Le nombre de travailleurs indépendants a nettement augmenté ces dernières années en France, où les non-salariés ne représentent cependant qu'une personne en emploi sur dix, selon une vaste enquête diffusée ce matin par l'Insee. » C’est une tendance à la hausse dans une courbe qui ne s’inversera pas.  « Cette proportion place l'Hexagone parmi les pays de l'Union européenne où le travail indépendant est le moins répandu, précise L'Institut national de la statistique et des études économiques. La moyenne européenne est de 15%. » Qu’on le veuille ou non… « La recrudescence du travail indépendant peut être aussi dans certains cas liée à des difficultés rencontrées dans la recherche d'un emploi salarié ». « Les non-salariés exercent des métiers très divers, exploitants agricoles, commerçants, artisans, professions libérales et sont sur-représentés dans des secteurs tels que la construction, la santé ou le commerce de détail, selon l'étude. »

Les frondeurs ont fait du travail le dimanche la mesure emblématique de la loi Macron préparée par Montebourg. Or le travail le dimanche n’est pas l’enjeu de société. L’enjeu de société est la pérennité du travail salarié (et la baisse du nombre de types qui restent sur le bord du chemin…).

Les frondeurs font une erreur, ils se trompent de combat. Ce n’est pas le fait d’avoir une posture de gauchiste qui fera le progrès social ou empêchera la régression. Ce n’est pas le fait d’avoir une posture de gauchiste qui permet de se prétendre à gauche. Surtout quand on pense essentiellement au prochain congrès du PS, pas à la France.

Ils font une faute politique, l’électeur ne s’y trompera pas, notamment s’il n’est pas salarié d’une grande entreprise. Ils font une faute politique en contraignant leur propre parti politique à faire appel au 49.3. Ils font une faute politique : ils ne gagneront pas et seront marginalisés.

Dans l’attente, ils peuvent aussi souligner ce qu’apporte la loi Macron.

Vous lui avez demandé à l’étudiant qui souhaite avoir des revenus s’il n’a pas envie de travailler le dimanche ? Et aux trois ou quatre millions de chômeurs à qui l’on dit « vous n’avez pas le droit de travailler le dimanche ».

Ils doivent bien rigoler.

Les frondeurs font une faute politique. Ils laissent Manuel Valls et François Hollande dire : « vous nous cassez les burnes, nous sommes les patrons, faites pas chier ». Et c’est peut-être bien ce qu’attend l’électeur. Les frondeurs politiques font une faute. Ils donnent l'occasion à l'opposition de défendre une motion de censure. Ils font une faute. Ils font porter le débat sur la forme et pas sur le fond.

Dans l’attente, je suis bien content, je vais pouvoir faire mes courses au Virgin sur les Champs Elysées. Ah, non ! Il a fermé. Parce que la société évolue.

"Qui se montre partisan d'un conservatisme étroit ou d'un retour vers un état social ou politique antérieur" C'est la définition que donne le Larousse du mot "réactionnaire". Je dis ça, hein...

23 octobre 2014

Le désarroi du militant socialiste

Suite à mon billet d’hier, à propos de la « gauche passéiste », j’ai continué à lire mes camarades de gauche qui ronchonnent après le premier ministre quand je suis tombé sur ce billet de la camaradette @iboux. Elle se demande de quelle gauche parle Manuel Valls et apporte des éléments de réponse dont : « La gauche passéiste pour laquelle Hollande a concocté un programme qui a emporté l'adhésion des électeurs face à celui de Sarkozy ? »

On a l’impression qu’elle sous-entend que Valls et Hollande auraient trahi les électeurs mais je me demande à quel point on pourrait se demander si se tromper à ce point sur les intentions des électeurs n’est pas une trahison. Je me comprends.

Un de ces jours, il va falloir réécrire l’histoire de la Cinquième République ! Un président qui serait élu parce que son programme est meilleur. On croit rêver.

Petit 1 : François Hollande a été élu parce que la droite était au pouvoir depuis dix ans, a échoué, et que les Français ne voulaient plus de ces gens-là.

Petit 2 : le petit 1 est surtout valable pour l’ancien président qui énervait tellement les gens et a montré tant d’incompétence que tout le monde voulait le foutre dehors.

Petit 3 : François Hollande a été élu parce qu’il avait promis de s’attaquer aux déficits ce qui a fait que François Bayrou a dit : « je vote pour lui ». Ce qui veut dire : « nous sommes centristes et nous n’avons pas de raison de voter systématiquement à droite et il est urgent de virer l’autre qui est mauvais et divise la France. »

Le petit 2 était tellement fort que François Hollande a été donné gagnant avec 20 points d’avance dans les sondages mais cette avance a fondu au fil de la campagne pour tomber à un peu plus de trois points. Nous avons donc un candidat qui a perdu un petit cinquième de ses électeurs potentiels de second tour pendant la campagne. On y trouvera plusieurs raisons dont, évidemment, le fait que les sondages donnent n’importe quoi. Il n’empêche qu’il n’est pas interdit de penser que les électeurs aient été effrayés par certains points du programme bien trop à gauche parce que l’aile gauche de ce qui allait devenir la majorité les a imposés au candidat.

On pourrait ajouter un certain nombre de faits. Depuis de Gaulle, par exemple, aucun candidat sortant n’a été réélu hors période de cohabitation. En 2012, la gauche a fait 45% au premier tour comme à peu près à chaque élection présidentielle sauf 2007.

Cela étant, le Parti Socialiste est en crise. L’ami Nathanaël revient longuement sur cette mauvaise passe, le jeu de chacun,…  Il évoque rapidement « désarroi des militants PS qui ne savent plus sur quel pied danser, coincés entre leur désir de voir « leur » président réussir et le sentiment diffus que la méthode n’est pas la bonne. » Le PS est probablement un bon parti d’opposition mais est dans le cirage quand il est au pouvoir.

Je disais hier, et je le rappelle souvent, que je ne suis pas membre du PS. Si je le rappelle, ce n’est pas pour me désolidariser, c’est presque le contraire, même. Je n’ai pas la responsabilité de convaincre des électeurs de voter pour lui, je n’ai pas celle de faire passer mes idées au sein de débats,… Et je ne comprends rien aux guerres internes. Nathanaël pense qu’elles sont issues du referendum de 2005. Il a fait des ravages au sein du parti mais je crois que le clivage est autre, maintenant. Par exemple, Manuel Valls était opposé au traité de 2005 mais avait fait campagne pour le « oui » par discipline de parti vu que le « oui » l’avait emporté lors du vote interne. C’est d’ailleurs assez cocasse de voir ce qu’est devenue la discipline du parti par rapport à celui qui est actuellement premier ministre.

Depuis que je fréquente beaucoup de militants socialistes, disons lors de la création des leftblogs début 2008, mais aussi que je lis des blogs de toute la gauche, je suis frappé par le décalage entre :
Petit 1 : la politique que l’on aimerait voir mener dans le meilleur des mondes,
Petit 2 : la politique que l’on pense que devrait mener son parti,
Petit 3 : la politique que l’on pense qu’il est réellement possible de mener en fonction de la conjoncture, des circonstances internationales,
Petit 4 : la politique qu’il faut vendre aux électeurs.

Prenons un exemple : le nucléaire.

Petit 1 : le nucléaire est potentiellement dangereux, pas spécialement gratuit, pas durable,… Il faut sortir du nucléaire au profit d’énergies renouvelables.
Petit 2 : il faut engager la recherche et organiser la sortie progressive du nucléaire.
Petit 3 : il faut favoriser la recherche, encourager le développement d’énergies renouvelables et préparer la fermeture d’une ou deux centrales.
Petit 4 : il faut favoriser la recherche, préserver notre indépendance énergétique mais ne pas sortir du nucléaire avant d’être sûrs d’avoir de quoi le remplacer.

C’est mon point de vue, pour illustrer la conversation, il est discutable mais ce n’est pas l’objet du billet. Les débats sur la sortie du nucléaire entre la primaire et l’élection de 2012, avec le fameux accord entre les verts et les socialos a été désastreux, électoralement, donnant une grande impression d’amateurisme. Les Français ne veulent pas d’une sortie du nucléaire mais d’un gouvernement qui assure la pérennité de l’approvisionnement en énergie, la sortie du nucléaire est la cerise sur le gâteau. En outre, la mesure pourrait choquer  les ouvriers qui travaillent dans le secteur et leur donner un doute quant à la durabilité de leur emploi…

Faut méditer.

L’ami Jeff, du blog Perdre La Raison, nous fait un billet pour taper sur Valls. Il commence ainsi : « Bien, je crois que le ci-devant Manuel Valls a poussé le bouchon un peu loin, trop loin ces derniers temps pour qu'on ne lui rappelle pas que s'il est là c'est parce que le Parti Socialiste dont il changerait volontiers le nom l'y a mis. » C’est un peu le problème de l’œuf ou de la poule mais ce n’est pas le PS qui l’a mis là, mais François Hollande. Il termine ainsi : « Il n'a rien à faire à la tête du gouvernement sauf à vouloir mener une politique qui n'est pas socialiste et donc pas celle souhaitée par les électeurs de gauche le 6 mai 2012 quand ils ont voté François Hollande. »

Ce qui nous ramène à ce que je disais en début de billet (Jeff est membre du PS, pas moi, au fait, ce que je rappelle pour relativiser mes propos) : quelles sont les raisons qui ont fait que les électeurs ont voté pour François Hollande ? François Hollande a-t-il été élu avec les seules voix de gauche ?

Alors, je préfère la conclusion de l’ami El Camino : « Passéisme, modernisme, socialisme, pas socialisme, je m'en fous de tout ça, je n'ai pas voté en 2012 pour un parti qui tombe en ruine mais pour sauver un pays qui tombait en ruine alors démerdez-vous les socialistes pour vous entendre et penser à la France parce qu'à ce rythme de conneries,à la présidentielle de 2017, le nain et ses alliés en bottes allemandes vont péter les scores dans les urnes. »

Il n’est pas le seul à s’en foutre.

L’opposition interne n’a que trop duré. C’est bien François Hollande qui a été élu. Si le PS veut rester conforme à lui-même, à savoir un parti de débat (pour être gentil,…), il peut l’être.


Benoît Hamon arrivera peut-être à obtenir le graal : devenir Premier Secrétaire du Parti Socialiste. C’est son problème et je m’en fous.

19 septembre 2014

La véritable histoire des stratèges du Parti Socialiste

Fin 2001, François Hollande était premier secrétaire du Parti Socialiste. L’élection présidentielle approchait. Le PS avait un bon résultat à l’issue de la législature avec une vraie diminution du chômage et une belle croissance, liées à de bonnes mesures de gauche, comme la réduction du temps de travail mais aussi la prime pour l’emploi, les emplois-jeunes, la baisse de la TVA, , mais aussi à une bonne conjoncture économique qui s’était néanmoins émoussée, sur la fin, avec l’éclatement de la bulle informatique.

Mais c’est la baisse du temps de travail dont il était le plus content même si elle avait été mal gérée par Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, car il est évident que le progrès technologique permet de moins travailler et que la mondialisation galopante allait faire que les emplois industriels seraient pour beaucoup délocalisés dans des pays en développement. D’ailleurs, cette mondialisation et la création prochaine de l’Euro allaient avoir des impacts importants sur l’économie et le gouvernement Jospin avait pris des premières mesures radicales pour l’accompagner. Par exemple, il fallait privatiser France Télécom parce que nous connaissons aujourd’hui, la concurrence, le dégroupage,… étaient inéluctables. Ces mesures faisaient grincer, à gauche, évidemment, mais François étaient sûr de lui. D’ailleurs, 13 ans plus tard, on le constate : tout le monde à un mobile voire un smartphone et un accès à internet. Les mesures étaient bonnes.

Mais contestées. Entant que chef du premier parti de la majorité et éminent député, celui qui se ferait appeler volontairement Flamby, aidé par son ami Arnaud Montebourg, pour entretenir une image de bonhommie, les avait fidèlement accompagnées.

Fin 2001, il regardait la présidentielle arriver, quelques mois plus tard. Lionel Jospin était sûr de gagner. Il avait de bons résultats et Jacques Chirac une très mauvaise image. Il savait par ailleurs que, quel que soit le gouvernement, il aurait à continuer à gérer cette mondialisation et qu’il faudrait prendre des mesures très douloureuses. Il fallait que cela soit la droite qui les prenne sinon la gauche serait grillée pour des dizaines d’années et sa propre carrière serait compromise. Car il ne pensait qu’à cela : sa propre carrière et les dix ans qu’il allait passer à l’Elysée, en réformant la France et en laissant un nom dans l’histoire du pays et de l’Europe.

Encore une fois, l’avenir lui a donné raison : la gauche allemande, menée par Gerhard Schroder, a pris ses mesures et est évincée du pouvoir. Pire ! La droite ayant pris le relai, la situation économique du pays s’est bien améliorée mais, en l’absence de la gauche au pouvoir, personne n’a pu mener la politique sociale nécessaire à l’accompagnement des braves gens qui allaient subir les dommages causés par ses réformes.

En laissant Lionel Jospin gagner, il foutait en l’air sa carrière mais aussi tout le progrès social dans le pays. D’ailleurs, c’est Lionel Jospin lui-même qui le lui a dit. C’était un grand homme d’Etat et ne voulait pas laisser le peuple dans la merde. Et supputait déjà que l’image de Gerhard Schroder qui se préparait à faire ces réformes ne serait pas au top !

François Hollande et Lionel Jospin décidèrent alors de perdre la présidentielle. Ils allaient faire une mauvaise campagne, accumuler les bourdes. Mais François Hollande était déjà un fin tacticien électoral. Il savait que Jacques Chirac ne trouverait jamais 20% des électeurs pour passer le premier tour. Même en foirant la campagne, Lionel Jospin était sûr de gagner. Ils décidèrent alors de rencontrer Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement. Le premier secrétaire du Parti Socialiste les invita a déjeuner au Récamier et leur dit la vérité : voila, nous ne sommes pas sur la même ligne politique mais si on gagne l’élection, la gauche est foutue pour l’avenir quelles que soient les mesures qu’elle pouvait prendre. Il poussa la réflexion dans tous les sens, exposa toutes les réformes possibles, celles qu’allaient faire l’Allemagne et celles qu’envisageaient la gauche de la gauche. Un seul constat : la gauche serait définitivement out et le peuple allait souffrir. Avant même que François le leur suggère, Christiane et Jean-Pierre comprirent. La seule solution pour ne pas gagner l’élection présidentielle était de perdre dès le premier et perdre le premier nécessitait d’avoir moins de voix que le candidat d’extrême droite. Il fallait laisser se disperser les voix de gauche. Christiane et Jean-Pierre seraient donc candidat et on allait laisser croire aux électeurs qu’on s’en foutait, on était sûr de gagner. Moi-même, je ne suis pas allé voter… Ca ne faisait pas un pli dans mon esprit : il y avait un seul candidat de gauche susceptible un bon score au premier tour et il y aurait forcément un candidat de gauche à ce deuxième tour…

La présidentielle de 2002 fut perdue avec brio. La seule anecdote notable de la campagne fût quand ils apprirent que Bruno Mégret serait candidat, en plus de Jean-Marie Le Pen ! Ce dernier, pas fou, savait que s’il était au second tour face à Jacques Chirac, il perdrait nécessairement, ce qui est logique. Un candidat frontiste ne pouvait gagner à un second tour que s’il était opposé à un candidat de gauche. Pire ! S’il passait le premier tour pour perdre un second, les Français comprendraient que le premier tour est important. Jean-Marie Le Pen avait compris la stratégie de Lionel Jospin et décidé d’appliquer la même : disperser son stock d’électeurs. Après sa « victoire », d’ailleurs, il comprit qu’il était grillé définitivement. Il fallait passer le relai à sa fille mais 2007 était trop tôt, il fallait attendre 2012 pour qu’elle soit candidate et prenne de l’expérience. Mais c’est une autre histoire.

François Hollande, soutenu par Lionel Jospin malgré une légère comédie de ce dernier, resta premier secrétaire  du parti et s’occupa de reconquérir les collectivités territoriales avec le succès que l’on connaît. C’était important pour lui, il fallait qu’il représente la gauche qui gagne. Il était resté sur un mauvais résultat, avec la présidentielle de 2002 mais aussi sur un résultat mitigé, aux européennes de 1999. Seules les élections locales lui réussissaient, comme les municipales de 2001 qui vit une victoire inespérée dans certaines villes. La liste qu’il menait était arrivée en tête, certes, mais sur fond de forte division de la droite. Alors, le Parti Socialiste gagna les cantonales et régionales de 2004. Le Parti Socialiste fit un très bon résultat aux européennes, cette année-là. Les élections locales de 2008 se sont correctement déroulées, également. Mais ne brulons pas les étapes.

Restons en 2004. Il y avait le referendum de 2005 à préparer, au sujet du traité européen. Il se foutait royalement de ce traité qu’il ne jugeait ni bon ni mauvais, à part sur la forme. C’est le traité de 1992 qui était mauvais puisqu’il n’incluait qu’un volet économique libéral et rien pour le peuple. D’ailleurs, seuls les Etat compteraient pour la gestion de l’Europe pendant des décennies : la démocratie européenne resterait balbutiante, ce qui, au fond, n’était pas un problème : les peuples n’étaient pas prêts et, au fond, c’est bien à eux que revient la décision ! Néanmoins, il savait que la question européenne diviserait profondément le Parti Socialiste et, surtout, ses militants, la plupart des cadres étant convaincus, comme François Hollande, qu’un parti antieuropéen ne pouvait pas prendre le pouvoir en France. Il eut alors l’idée d’organiser un vote interne : il savait que s’il soutenait le « oui », il serait largement en tête, ce qui est arrivé (59%). Il serait confirmé comme patron du parti malgré les lourds clivages internes.

Il lui fallait organiser le « non » pour ne pas prendre le risque de voir des électrons libres prendre de l’importance. Il a donc invité des amis à lui à prendre la tête des opposants au traités : Arnaud Montebourg (encore lui…), Manuel Valls (et oui !), Jean-Luc Mélenchon (tiens, le voilà) et Laurent Fabius (il fallait un homme de poids). Ils furent rejoints par Henri Emmanuelli mais c’est le hasard...

Vous connaissez la suite pour ce qui concerne ce vote. Hollande a pris la tête du oui de gauche. Sa réputation est clairement faite.

Cela nous pousse à 2006 ou, du moins, à la préparation de la présidentielle de 2007. Le constat était clair : la droite n’avait rien fait ou presque, écorchant les 35 heures, et, surtout, les gérant mal en ne poursuivant pas les travaux – mal – prévus par les lois de Martine Aubry notamment dans le secteur hospitalier. Pour le reste : rien. Tout le travail – de décorticage du droit du travail, il faut bien appeler les choses par leur nom – était à faire. On était dans la même situation qu’en 2002, mais avec une évolution évidente de la société, poussée par les nouvelles technologies et la poursuite de la mondialisation.

Il ne fallait pas que la gauche gagne 2007 sinon, elle serait foutue.

C’est le constat qu’a fait François Hollande devant sa compagne à l’issue d’une sieste crapuleuse (les livres d’histoires sont imprécis à ce sujet mais, au fond, cela ne nous regarde pas). Avec elle, Ségolène Royal, donc !, ils formaient un couple très moderne. Ils ne se sont jamais mariés mais on eut quatre enfants. Ils s’entendaient à merveille sur à peu près tout ! D’ailleurs, ils rigolaient beaucoup d’une jeune maitresse qu’il avait depuis peu, une journaliste à Paris Match…

François Hollande : voila, comment être sûr de perdre cette élection ?
Ségolène Royal : on n’a qu’à présenter une femme, dans ce pays de machos, elle n’aurait aucune chance d’être élue !
FH : oui, tiens ! Excellent ! T’as qu’à y aller...
SR : hé ho, tu crois que j’ai ça à foutre ?
FH : tu ne veux pas que je demande à Valérie, non plus ? Et tu verrais qui ? Martine… Tellement entêtée qu’elle serait capable de se faire élire. Toi tu as une bonne cote. On va organiser tout ça, tu vas voir. On va te créer des comités de soutiens, des réseaux sociaux et tout ça… De toute manière, Fabius et DSK n’ont aucune chance de passer la primaire, Fabius parce qu’il n’en veut pas, il me l’a dit quand on a préparé le vote pour le referendum, et Dominique parce qu’il est encore en plein dans les affaires.
SR : c’est OK ! Mais si je suis élue, on fait quoi ? Et tu passeras pour quoi, toi ? Et ta propre carrière ?
FH : on va faire en sorte que tu ne sois pas élue. Tu vas multiplier les gaffes et je ferai en sorte que le parti ne soit pas clairement derrière toi.
SR : oui, mais ça risque de te griller, tu risques de passer pour responsable de la défaite.
FH : Tu as raison. Trouvons autre chose !
SR : j’y suis ! Tu vas me larguer pour ta journaliste, la petite jeune, tu vas batifoler pendant la campagne, après la défaite, on se sépare et je continuerai à foutre la merde dans le parti, jusqu’au congrès de 2008 parce qu’il faudra bien que tu quittes la direction du parti… T’imagines que Martine gagne le congrès brillamment ? Tu es foutu pour 2012.
FH : OK, mais on tentera de se rabibocher, quand même après, hein ?
SR : ne t’inquiète pas, on verra à l’occasion. Tu auras peut-être encore besoin de Valérie et notre rivalité pourrait avoir des avantages…

Vous connaissez la suite, du moins pour 2006, 2007 et 2008. Notamment 2007 : l’élection était imperdable. Il a fallu la force de Ségolène Royal et de François Hollande pour réussir à la perdre.

Nous voilà fin 2008. 2012 était en ligne de mire mais François Hollande fit un constat : la gauche est malade, surtout la gauche de la gauche. Un candidat socialiste ne peut pas gagner sans une gauche de la gauche forte. Il faut sauver le parti communiste en les intégrant à une force politique modernisée. Pépère eut alors une idée : il appela son copain Jean-Luc Mélenchon. J’ai l’enregistrement de la conversation si vous voulez… Mais passons cet épisode.

En 2009, il y avait une échéance électorale importante : des européennes. François Hollande et Ségolène Royal, et donc leurs soutiens réciproques, ne pouvaient pas tolérer une victoire du Parti Socialiste qui aurait été mise au crédit de Martine Aubry. François Hollande invita alors à déjeuner Daniel Cohn Bendit, Eva Joly, Cécile Duflot et quelques autres. Il leur tint à peu près ce discours : le PS est divisé, les partisans de Ségo ne peuvent pas blairer Aubry, vous faites des listes ouvertes avec des têtes de liste comme Bové et vous avez un boulevard pour être à égalité avec le PS.

Et hop !

Après la réussite de ce nouvel échec du Parti Socialiste, François Hollande commença à préparer 2012, mais pour lui, cette fois ! Si un autre type était élu, à gauche, sa carrière serait terminée. En outre, il apparaissait évident que Nicolas Sarkozy conduisait une mauvaise politique et qu’il ne fallait pas laisser le pays aux mains de ces gens-là. Tant pis ! On a laissé la droite faire des conneries en espérant qu’elles prennent des bonnes mesures mais tout ce qu’elle a fait est de créer le statut d’auto-entrepreneur, signifiant encore plus la fin du salariat.

Dans dix ou vingt ans, il n’y aura plus de salariés ou, du moins, leur nombre aura diminué au profit de travailleurs indépendants de statuts divers, forcément précaires. Il faut préparer la société à cette évolution et, pour se faire, il faut renforcer notre modèle redistributif ce qui nécessite de sortir de la spirale infernale du chômage, de l’aide aux PME et à toutes formes d’entreprise, de statut, susceptibles de travailler auprès de grands groupes aux mains des puissances financières.

Tiens ! « Mon adversaire, c’est la finance » serait un bon truc, non ?

C’est ainsi que raisonnait François Hollande en se rasant.

Il lui restait évidemment une étape à franchir. Il est rapidement apparu, au vu des sondages, que la présidentielle ne serait qu’une formalité, d’autant qu’à l’été 2010, Nicolas Sarkozy a commencé à durcir ses propos, faisant fuir les centristes.

Il restait une formalité : la primaire. Il se mit en campagne : le tour de France pour présenter son projet, la relation avec Valérie Trierweiler, le régime,… Elle n’aurait vraiment été qu’une formalité. Face à Dominique Strauss-Kahn, lui, le social libéral, allait passer pour le gauchiste de service. A mourir de rire… DSK s’était grillé en allant au FMI et s’était grillé pour la présidentielle. Nicolas Sarkozy n’avait pas compris cela et était même persuadé du contraire : Dominique Strauss-Kahn était son pire concurrent. Il a donc organisé sa chute en passant par des intermédiaires Libyens (cette partie de mon récit est outrageusement romancée alors que le reste n’est qu’embelli).

Catastrophe ! Il serait opposé à Martine Aubry et elle pouvait très bien gagner, il lui fallut organiser le deuxième tour, dès le premier. Il a donc choisi lui-même ses copains pour être candidat au premier tour : Ségolène Royal, sa fidèle vaguement compagne, Jean-Michel Baylet, pour montrer l’ouverture, Manuel Valls et Arnaud Montebourg qui pourraient faire leur premières armes dans des ministères le temps de penser à leur propre carrière alors qu’ils sont minoritaires au PS et pour montrer qu’il ratisse large au sein du parti. Il avait réussi son coup : les quatre candidats éliminés au premier tour se sont prononcé pour lui pour le second. Mais, dès le mois de juillet – deux mois après l’affaire DSK – il fallait bien se rendre compte que Martine Aubry ne voulait pas y aller. Comme elle n’avait pas compris la stratégie de pépère, elle organisa elle-même sa propre chute en promettant une augmentation de 30% du budget de la culture. Elle s’en foutait ! Elle aura alors été la femme qui a remis de l’ordre au sein du Parti Socialiste et qui lui a permis de garder le pouvoir.

La campagne pour 2012 pouvait démarrer. François Hollande serait enfin candidat à la présidence de la République, pour sauver la France et était absolument sûr de gagner. Néanmoins, les sondages lui donnaient une telle avance que cela compromettait sa stratégie pour la suite. En effet, si un candidat socialiste était élu avec 60% des voix, il serait obligé de mener une politique franchement de gauche ce qui était en désaccord complet avec ses idées : la quantité de travail allait diminuer tout comme la part de salariés réalisant ce travail. Il fallait relancer l’industrie française et supprimer quelques avantages liés au travail pour permettre de faire fonctionner l’économie et améliorer la redistribution pour ceux qui ne pourraient pas gagner de l’argent avec un travail salarié. Il fallait dépasser l’Allemagne, libéraliser le travail tout en protégeant les êtres humains…

Avec 60%, il était sûr de ne pas pouvoir le faire.

Il eut un coup de génie et a appelé Martine Aubry. De mémoire, il lui a dit : dis donc, Martine, comme tu as la réputation de ne pas pouvoir me blairer, tu ne pourrais pas me faire un coup dans le dos ? Après tout, je t’ai bien rendu service en gagnant la primaire.

Elle répondit (toujours de mémoire) : ah oui, tiens ! J’y pensais ce matin en me rasant. Je me disais que si j’avais gagné, j’aurais du faire un accord électoral foireux avec les écolos. Tu veux que je le fasse pour toi ?
Lui : mouarf ! Extra ! Prévoit des trucs rigolos comme la sortie du nucléaire pour bien faire peur aux Français et tout ça.

Lui-même ajouta deux ou trois conneries dans sa campagne, comme le droit de vote des étrangers aux élections locales. Ca allait souder les gauchistes et donner à la droite l’occasion de s’exciter et ça allait faire hurler François Bayrou.

Tiens ! Le Bayrou ! Dès le début, François Hollande l’a appelé : dis donc, cher homonyme, tu te rends compte que tu feras un petit score. L’autre lui répondit : ben, oui, ça commence à me gaver, tout ça, mais je n’ai pas le choix… mais ça sera la dernière fois sauf si Morin se présente en 2017.
Hollande : j’ai une idée, tu ne fais pas campagne contre moi, je te promets que je vais réellement m’attaquer au problème de la dette, tu me soutiens au second tour pour ce prétexte et, comme l’UMP présentera un candidat contre toi, je m’arrange pour que le PS te soutienne aux législatives.
Bayrou : OK pour le soutien d’entre deux tours, mais rends-moi service. J’en ai ma claque d’être député. Ca n’avance à rien et si le PS me soutient, je serais catalogué à gauche, je ne pourrai plus rien faire au centre. Tu vas t’arranger pour que je sois battu à cause du PS.
Hollande : OK.

Nous voila au 17 mai 2012, le lendemain de l’investiture. François Hollande avait été élu au ras des pâquerettes, comme il le voulait, alors que des sondages le donnaient à 60%, il avait été odieux avec Sarkozy lors de la cérémonie d’investiture.

Il avait réuni sa garde rapprochée dans un des salons de l’Elysée et leur tint se discours : il faut absolument que notre popularité baisse très rapidement pour que l’on puisse avoir les mains libres dès le début. Sur une idée de toi, Ségo, j’ai obtenu de Valérie qu’elle envoie un tweet de soutien à Falorni. Je comprends bien que tu n’aies pas envie de redevenir député et que ta situation serait impossible. Obligée de conquérir la présidence de l’Assemblée avec moi à l’Elysée… Ca aurait été complètement grotesque. Mais je tiens à te remercier. Après, on va nommer un gouvernement de branquignoles, je vais faire des conneries, comme convoquer les journalistes pour mon départ en vacances en TGV et des trucs comme ça. Tiens ! On va mettre Cahuzac ministre du budget, avec toutes les casseroles qu’il a au cul… J’ai appelé Plenel, tiens ! Je lui dois un service à propos d’un épisode pendant la campagne. Sinon, on va mettre Harlem à la tête du PS et quand il aura bien foutu la merde, on le nommera ministre.

Les autres étaient pliés de rire !

Fin 2013, début 2014, la popularité n’était pas encore inscrite durablement au-dessous des vingt pourcents et il y avait un risque pour qu’elle remonte, surtout que la droite était toujours en lambeaux… Le travail avait été pourtant bien fait avec le mariage pour tous qui a fait plaisir aux gauchistes en fâchant les réacs et d’autres mesures comme l’ANI qui avait eu le résultat inverse.

Il fallait frapper fort. La décision de faire un tournant social libéral et de mettre Valls premier ministre après les municipales mais toujours avec un gouvernement de branquignoles, à peu près les mêmes, d’ailleurs, était prise depuis longtemps mais il fallait frapper fort.

Valérie Trierweiler commençait à s’ennuyer à l’Elysée. Pas facile d’être première dame, pas possible de coucher à droite ou à gauche contrairement à son homme. Elle fit une proposition à François Hollande vu qu’elle avait un copain qui bossait pour Closer. La scène aurait tellement été ridicule qu’il fut convaincu dès le début que l’idée était bonne. Il prit soin, alors, de peaufiner le scénario : on va faire un peu de bordel pendant quelques temps, je vais te larguer ! Tiens ! Tu pourrais même sortir un bouquin sur notre histoire, vers la fin de l’été, ça te permettra de gagner un peu d’oseille, en plus, car je ne pourrais plus t’entretenir, avec tes fistons.

Il fallait tenir au plus bas jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy annonce officiellement son retour. C’est chose faite. Je peux réécrire l’histoire. Compte tenu du positionnement politique de Hollande, il ne pourra que proposer une politique ultralibérale sur le plan économique et bien à droite pour le reste. L’élection de 2017 serait une formalité : François Hollande passera pour un rempart contre cela et pourra mettre en œuvre la politique qu’il a toujours voulu mener.


Comment tout ce bordel serait-il possible si cette histoire n’était pas rigoureusement exacte ?

16 septembre 2014

Confiance

« La France a tous les atouts pour regarder l’avenir avec confiance. Ce n’est pas le moment de renoncer. Un sursaut est nécessaire. Sachons nous rassembler autour de l’ambition et des valeurs que doit incarner un gouvernement social-démocrate. Nous débattrons cet automne, lors de l’examen des projets de loi de finances, de la meilleure route pour suivre le cap fixé par le président de la République. Ce sera notre responsabilité de représentants de la nation de veiller à ce que ce débat ait lieu.

Mais soyons patients, agissons dans la durée. C’est ainsi que toutes les grandes réformes ont été mises en œuvre dans notre pays. Et c’est ainsi que nous devons agir pour poursuivre le redressement de la France. »

Ainsi se termine la tribune de Jean-Marc Ayrault récemment parue dans le Monde récemment à propos du vote de confiance qui aura lieu cette après-midi.  Il votera pour. Moi pas. Parce que je ne suis pas député, seulement… Par contre, je crois bien que je ne fais confiance en personne d’autre et c’est tant mieux. Une coalition entre le Front de Gauche, les frondeurs, la droite,… ne devrait pas faire tomber le Gouvernement et on pourra peut-être, enfin, avec la conférence de presse de François Hollande, jeudi, tourner la page de cette mauvaise séquence.

J’ai fait une erreur, hier. J’ai lu les commentaires au billet de Sarkofrance que je citais l’autre jour à propos de la présence de Jérôme Kerviel à la Fête de l’Humanité ce week-end. Un tas de braves gens proche du Front de Gauche trouve ça normal, que le Parti Communiste reçoive en grand pompe (46) un ancien trader avec cette logique binaire : il s’oppose à une banque, c’est le bien. On frôle le grand guignol.

Ainsi, je ne peux absolument pas avoir confiance dans cette autre gauche. Je ne peux pas avoir confiance dans cette droite délirante avec qui ils vont voter.

Je ne peux avoir confiance qu’en François Hollande et Manuel Valls.


Tant pis… 

26 août 2014

Il est temps que le gouvernement Valls 2 vienne !

Hé ! Manu !

Tu es en train de nous préparer un gouvernement. La dernière fois, on a eu un gouvernement de combat, je ne sais pas ce que tu vas nous pondre, cette fois ! Un gouvernement d’attaque ? D’assaut ? D’engagement ? De lutte ? De tuerie ? D’action ? D’engagement ? De reniement ?

Je vais te donner un conseil : fais-nous un machin bien "soclib" assumé, qu'on arrête de tergiverser, du moins dans tous les postes en relation avec l'économie. Certes, ça va couiner à gauche mais, avec pépère, vous avez choisi un cap. Il faut le montrer. L'assumer, disais-je.

Je vais te donner un autre conseil : évite les vieux crabes. Hier, on parlait de Baylet (j'en ai fait un billet pour rigoler). Ce matin, on parle de Hue. Je n'ai rien contre ces lascars mais, bon sang, un tel gouvernement ne ferait pas sérieux. Pense à la communication. On ne fait pas un machin moderne soclib avec des types qui auraient pu être ministre sous de Gaulle. Et encore, je suis gentil. Au fait ! Evite, Placé, aussi… Par contre, Barbara machin me semble avoir des avantages.

Ton gouvernement doit marquer une rupture. De toute manière, l'aile gauche du PS ne sera pas contente. Mais faites en sorte qu'elle couine maintenant, elle finira par lasser. De toute manière, les députés de toute la gauche finiront par aller à la soupe. S'ils tiennent à leur poste, ils doivent vous accorder la confiance. S'ils veulent avoir la moindre chance d’être réélus en 2017, ils ne peuvent qu'espérer de bons résultats de votre part, même s'ils n'y croient pas. De toute manière, ça sera votre politique qui sera mise en œuvre, pas la leur. Arrêtons de jouer.



Ce qui n’empêche évidemment pas le respect du travail parlementaire : c’est le Parlement qui vote les lois. Revenons à l’esprit de la cinquième…

Hamon ? Il va passer pour ce qu'il est. Un apparatchik plus intéressé par la conquête du PS que par l'Education Nationale.

Montebourg ? Il va passer pour un populiste, anti-européen, anti-mondialisation. Ça ne te rappelle rien ?

Alors, ne nous sors pas un foireux gouvernement de combat ou je ne sais quelle équipe d'ouverture, mais un vrai truc qui corresponde à la politique que vous souhaitez mettre en œuvre. Ou alors fais nous un remaniement "a minima", en remplaçant uniquement les trois personnes qui doivent sortir. Au fait ! D'après Le Monde, Mme Taubira devrait rester ! Très bien. En plus, elle fait chier les réacs.

Au boulot.

(Le titre du billet n'est pas de moi, je l'ai repéré dans Twitter).

25 août 2014

Nicolas, téléphone !

Futur ministre avec une tache de café sur
sa seule chemise gauche caviar.
-          Oui, allo ?

-          Nicolas ? C’est François !
-          Ah ! Salut, Pépère. Ca va ? Dis donc, t’as encore fait fort. Va pas attraper une pneumonie, hein !
-          Oui, ça va et toi ! J’ai vu sur ton blog que t’avais repris le boulot. Au fait, merci pour ton billet d’hier pour faire croire que tout va bien…
-          Bah ! La routine… Dis-moi, je suis en plein taf, là. Je suppose que tu as pas mal d’occupations toi-aussi. D’ailleurs, vu ce qu’il tombe ici, à la Défense, je me demandais si tu étais passé par l’A14 pour rentrer de Villacoublay. Trêve de plaisanterie, pour me remercier, tu aurais pu envoyer un SMS, comme d’habitude. Je suppose que tu m’appelles pour autre chose ?
-          Ben… J’avais pris Montebourg comme ministre de l’économie. Il me fallait un incompétent et c’est le premier qui est passé devant de moi mais il n’arrête pas d’ouvrir sa gueule, du coup, je l’ai viré.
-          Bah !
-          Je cherche donc un type aussi incompétent mais qui aille toujours dans la ligne que je fixe quand il cause, j’ai pensé à toi.
-          Je te remercie, j’ai en effet toute l’incompétence requise.
-          Tu accepterais ?
-          Je ne sais pas. Pour l’instant, je te remercie d’avoir pensé à moi.
-          Qu’est-ce qu’il te faudrait pour accepter ? Des assurances ? Des secrétaires avec des gros nichons ?
-          Bof… Je pensais plutôt à une certaine marge de manœuvre dans certains domaines, comme la fiscalité de la bière.
-          C’est emmerdant ! C’est plutôt du ressort de Michel. Lui, c’est vraiment un fidèle, je ne peux pas le virer. Je ne peux même pas le foutre ailleurs, il ne sait faire que ça.
-          Ah !
-          Bon, ce qu’on va faire : tu réfléchis à des propositions. Manu te rappelle te rappelle plus tard et tu lui dis ça.
-          OK, a+
-          Salut.

-          Oui, allo ?
-          ¡disculpe! No comprendo.
-          Allô !
-          Ah ! Oui, Nicolas, c’est Manuel.
-          Ah ! Salut, ça va ? J’attendais ton appel, suite à celui du vieux.
-          Ben oui… J’t’appelle, andouille. Alors, tu as réfléchi ? Tu as des propositions ?
-          Oui. Tu as de quoi noter ?

Petit 1 : je nomme les membres de cabinets comme je veux. Je prendrai même des types de droite, comme FalconHill, qui au moins saura nous trouver des petits vins de pays sympathique.

-          Heu, pas Didier Goux, quand même ?
-          Mais non. Faut pas déconner, quand même. Je sais bien qu’il faut qu’on garde un minimum de crédibilité. Ou alors, tu le colles à la culture, pour rigoler, je pense qu’il saura s’occuper des intermittents…
-          Abruti !
-          Oui, chef ! Bon, je continue. A propos du cabinet, je prends aussi El Camino pour choisir les gonzesses, pardon, des secrétaires, il est plus grosses fesses que gros nichons mais tant pis. Tiens ! Il s’occupera aussi des bagnoles, ça nous fera des économies. Bon, je continue.

Petit 2 : tu te démerdes avec Stéphane, mais le commerce des céréales doit rentrer dans giron du ministère de l’économie.

-          Ça ne va pas être facile à justifier…
-          Mais si ! Avec quoi est faite la bière, hein ? De quoi dépend son prix si ce n’est du cours mondial des céréales, ou, du moins, de l’orge.
-          Ah oui, tiens !
-          Voila… Tiens ! On va faire une première mesure particulièrement gauchiste pour tromper les autres couillons : le prix des céréales ne sera plus dépendant des marchés mais sera fixé par décret après concertation, tu sais, le truc socdem ?, avec les paysans et les brasseurs. Comme ça, on pourra, en plus, envoyer chier les céréaliers.
-          Ben ça ne va pas être possible, et nos partenaires étrangers.
-          On s’en fout. On va dire qu’on privilégie les circuits courts, ça fera plaisir aux écolos. Au fait, ma troisième exigence.

Petit 3 : que Placé ne soit pas au gouvernement.

-          OK évidemment, continue le deuxième point, je ne vois pas comment tu vas procéder.
-          On va faire une loi qui oblige les céréaliers français à livrer en priorité les industriels français. On trouvera des très bons prétextes, qui seront validés par le Conseil Constitutionnel. De toute manière, c’est probablement déjà le cas mais le prix n’est pas négocié en France. Le problème est seulement le prix. On trouvera un truc. Ils pourront vendre les excédents à l’international aux prix du marché.
-          Et tu as un objectif précis, quelque chose de chiffré ?
-          Oui, que le demi-pression au comptoir à 2€10 soit rentable pour le bistrotier et le brasseur. On va se mettre dans la poche les commerçants et le peuple, ou, du moins, les pochetrons.
-          Je vois que tu as pensé à tout !
-          Ben oui, je l’ai dit à François, j’ai toute l’incompétence requise. Je continue. Par contre, il faudra que Christian [NDLR : Eckert, ministre du budget] y mette du sien pour la fiscalité. Bon, je continue.

Petit 4 : pour les professions réglementées, je continue le boulot de Nono et je vais encore plus à la hache que lui.

-          T’es fou ? On va avoir tout le monde dans la rue, notamment les taxis qui vont faire des opérations escargots et ce genre d’emmerdements.
-          On s’en fout ! Tu connais beaucoup de taxis qui votent à gauche… ? Et on va faire appel au peuple, lui expliquer la situation,… Tu penses que les types qui crèvent la dalle vont défendre les revenus des pharmaciens ou des greffiers ?
-          T’as raison ! Bon, j’accepte tes quatre conditions.
-          Hé ! J’ai pas fini.
-          Fais pas chier, envoie le reste par mail à ma secrétaire. La concierge de l’école de son fils étudiera ça.
-          Attends, juste un point.

Petit 5 : si tu crées un grand ministère du numérique avec Blachier à la tête, tu ne le fous pas sous mes ordres, ni même à Bercy, on passerait notre temps à buvette.

-          C’est bien le type avec des cernes et une légère surcharge pondérale qui avait fait campagne pour moi ?
-          Ouais. Bon ! Je commence quand ?
-          Demain après-midi. Appelle le secrétariat de Nono pour organiser la passation.
-          Ca roule ! On se voit mercredi pour le Conseil ?
-          OK. A+.
-          Salut,
-          Beep, beep, beep.