17 octobre 2006

Que c'est lait !

Je vais vous raconter l’histoire des coopératives laitières pour changer de nos débats habituels qui me font parfois péter des durites sur les blogs. On ne va pas taxer les paysans de gauchistes.

Ce sont pourtant eux, qui à la sortie de la guerre, se sont unis pour créer les coopératives laitières, essentiellement pour assurer le ramassage du lait et accessoirement pour fabriquer des laitages (yaourts, fromages… et lait sous toutes ses formes : UHT, écrémé, …).

Pour des raisons commerciales, ces productions ou le lait brut étaient cédés à des grandes entreprises, dont nous tairons le nom, appelons les GE.

Progressivement, ces GE sont entrées dans le capital des coopératives, certaines ont changé de statut pour devenir des SA ou intégrés les GE, les paysans qui étaient « sociétaires » des coopératives sont passés actionnaires des SA. Ils sont aussi passés du rôle de sociétaires au rôle de fournisseurs.

De rachats en fusions, ces GE se sont récemment retrouvées au nombre de 5 ou 6. Elles ne seront probablement plus que 2 ou 3 dans un ou deux ans. Ca va très vite. Des noms ? Non… Observez vos de yaourt. Je ne suis pas là pour dénoncer les marchands de fromage, juste pour prendre un exemple. Un nom ? OK. Lactalis, c’est le plus gros, il devrait survivre…

Les paysans qui s’étaient regroupés pour regrouper intelligemment des moyens de production se retrouvent sous la coupe de deux multinationales. Les deux seules entreprises susceptibles de leur acheter le lait. Et encore… Dans un secteur géographique, il n’y en a qu’une.

Ils sont complètement coincés, ne peuvent plus peser sur les tarifs, sur la production, … Un des drames du monde agricole. Un seul avantage, comme ils sont actionnaires de la GE depuis l’absorption de la coopérative, la GE est obligée de leur acheter leur production de lait.

Uniquement deux sociétés sur le marché français alimenté par les subventions de la PAC. Est-ce vers là que doit avancer l’économie ? L’économie libérale poussée à l’extrême peut-elle avoir un autre sens ?

Oui ! La dernière idée en date…

Ce qu’il y a de pénible dans tout le système de gestion du lait, c’est la collecte. Les camions qui tombent en panne, la neige, les vaches qui n’attendent pas pour produire, les antibiotiques donnés à une vache malade qui contaminent toute une production.

Gageons que dans quelques temps, un esprit bien intentionné suggérera aux paysans de s’unir pour racheter les coopératives et gérer eux-mêmes la collecte afin de gagner de l’autonomie. C’est facile : étant actionnaires particuliers de la GE, il suffit d’un accord, de récupérer les parts et les coopératives locales.

Bien décidés à s’unir et à se reprendre en main, ils tomberont dans le piège en oubliant qu’ils ne gagneront que les « emmerdes » que je citais un peu plus haut… et que la multinationale ne sera plus obligée, par contrat, à acheter la production de lait.

Le nombre de multinationales restera le même, mais elles n’auront plus les contraintes de terrain et pourront choisir les fournisseurs pour les pressurer encore plus.

Ca ne marche pas comme ça vous croyez ? Ben si…

Il y a quelques temps dans le blog, j’imaginais en rigolant le devenir du monde bancaire avec toutes les fusions acquisitions. Ben…

Je ne dénonce pas ici le fonctionnement des marchands de fromage, je m'en fous. Mais j'ai bien peur que la plupart des domaines de la société soient pareils.

On fusionne vers le haut et on sous-traite vers le bas en organisant complètement le travail des sous-traitants pour mieux les coincer.

8 commentaires:

  1. Là, franchement, je reste sec. Je suis en train de lire "La terre est plate" de Thomas L. Friedman, considéré comme un des journalistes les plus éminents au monde (non, pas au Monde, il écriat dans le New york times). Il raconte ce qu'est la mondialisation. Le bouquin a eu un énorme succès aux US.

    Et, à lire les premières pages, j'ai un peu l'impression que la mondialisation c'est tout simplement l'américanisation. Les firmes américaines sous traitent à des firmes en Asie. Et pendant ce temps, l'Europe a du mal à s'organiser.

    La concentration (dans le domaine du lait... concentré) semble un phénomène naturel en économie.
    Mais j'ai un peu l'impression qu'en France c'est particulier. Dans différents secteurs, il y a trois marques qui s'entendent pour pratiquer des prix élevés au détriment des consommateurs et avec la bénédiction de l'Etat (récemment, les groupes de téléphonie, les hotels de luxe, notamment, ont été condamnés; mais j'imagine que l'amende est dérisoire). J'ai un peu le sentiment que c'est spécifique à la France...

    Enfin, j'aimerais croisre que ça l'est. Quand on voit Microsoft, par exemple, ou Google, on se dit que c'est plutôt la règle.

    Ici, le lecteur attend une conclusion; je n'en ai pas: je ne suis pas économiste. Mais, si on veut résumer: le capitalisme c'est... (je préfère ne pas conclure, sinon je vais passer pour un gauchiste que je ne suis pas... j'observe seulement ce qui se passe...)

    RépondreSupprimer
  2. Nicolas,

    Je connais le secteur : j'ai été comptable pendant 8 ans au groupe CER et je faisais la comptabilité des agriculteurs...de la récolte des infos (inventaire, rendements etc) à la sortie du bilan.
    Parmi tous les agriculteurs, ceux qui s'en sortent le mieux sont les producteurs de lait. ce sont d'ailleurs eux qui ont les plus grosses maisons par ici. (avec peut-être les producteurs de porcs qui s'en mettent plein les poches quand le cochon est au dessus de 1.50€).
    mais revenons aux producteurs de lait : contrairement au porc, le prix du lait n'est pas fixé par le marché mais il est le fruit d'un accord entre les coopératives, les syndicats et autres. ceci dit, c'est vrai, cet accord est fortement influencé par le prix sur le marché mondial...
    mais bon, globalement, le prix du lait ne fluctue pas ce qui permet à l'agriculteur de s'assurer un revenu stable.
    les exploitations laitières pour lesquelles j'ai fait la compta et qui ont eu des difficultés sont celles dont les associés (car il s'agit souvent de gaec) tirent trop sur les revenus (ça va parfois jusque 2500€/mois mais en moyenne, c'est aux alentours de 2000€). C'est pas bcp, tu me diras si on considère que les agriculteurs engagent non seulement leur force de travail mais aussi le capital. soit, mais bon, pas de quoi se plaindre...et d'ailleurs, ils ne se plaignent pas (ou peu) car bien souvent madame est associée et donc, le revenu du ménage peut avoisiner les 4000€ sans compter la distribution du bénéfice (mais tous ne prennent pas les bénef, préférant assoir la trésorerie de l'exploitation) et les avantages en nature (lait grato, viande aussi -on élève un veau- carburant déductible du revenu pour les voitures inscrites au bilan et qui servent à tout !)
    sinon, ceux pour qui ça ne va pas, ce sont ceux qui n'ont pas voulu faire des travaux liés à l'environnement (fosse à lisier, laiterie indépendante...) et donc, ils ont un manque à gagner car moins de prime pac..

    RépondreSupprimer
  3. Eric,

    "J'ai un peu le sentiment que c'est spécifique à la France..."

    Je ne crois pas, mais la France a effectivement des trucs différents que d'autres pays.

    Loïc,

    Oui, le revenu des producteurs de lait n'est pas mauvais. Mais la concentration pourrait faire cesser cela.

    RépondreSupprimer
  4. la concentration existe depuis longtemps Nicolas ! et ça ne va pas si mal pour les producteurs de lait.
    Tu ne vas pas à ton tour faire dans le déclinisme !

    bonne journée

    RépondreSupprimer
  5. Ce n'est pas du déclinisme, juste une interrogation et un constat...

    La concentration existe depuis longtemps, certes, mais là, on assiste à un "rush final" assez intéressant.

    Ce n'est pas du déclinisme, disais-je...

    Si : on ne peut pas laisser continuer ainsi. A force de concentration, ce ne seront plus "les marchés" qui dirigeront l'économie : plus de loi de l'offre et de la demande et ce genre de truc (il n'y aura qu'un seul fournisseur ou qu'un seul acheteur !)... Mais les marchés financiers... Ce qui fait que le libéralisme me semble plus dangereux que la capitalisme à la papa du bon vieux temps...

    Nicolas

    RépondreSupprimer
  6. Le plus drôle, c'est qu'au final, ce sera le même propriétaire sur toute la ligne. Du bâti de la ferme, du terrain, des vaches, du camion, de la station-service, de l'usine, etc jusqu'au supermerché où on achète le lait et où on emmène les enfants chez le fast-foudeur du coin. Un seul propriétaire qui retransmettra ça à l'aîné de ses fils…
    Ça ne te rappelle rien ?
    :-)

    [Nicolas, tu ne peux pas consommer sans te poser de question, comme tout le monde ? :-) ]

    RépondreSupprimer
  7. Pour répondre à la concentration inéluctable dans l'industrie agroalimentaire (inélectuable car mondialisée - donc pas de moyens de faire quoi que ce soit au niveau de l'Etat français voire au niveau de l'Europe), il serait bon que les producteurs de lait eux-même fusionnent encore plus (les SA existent déjà en agriculture mais trop peu répandues) afin de pouvoir faire pression sur les coopératives.
    l'exploitation familiale quoi qu'on en dise est une idée du passé, un vestige de l'ancien régime...
    Il faut répondre à la concentration par la concentration !

    RépondreSupprimer
  8. Filaplomb,

    C'est le hasard si je parle du lait (j'en ai causé avec un pote bien informé ce week end).

    Ce soir j'ai consommé quelques bières sans me demander d'où elles viennent !


    Loïc,

    L'état français et l'Europe peuvent quelque chose. Pas de déclinisme, que diable ! On est encore membre de l'OMC (je crois que c'est Yves sur son blog qui en parlait très bien, il faut agir au niveau de l'OMC, et pourtant avec Yves on n'est pas souvent d'accord).

    L'exploitation familiale est effectivement, hélas, une idée du passé. Mais le truc sur la SA, c'est trop tard. Les multinationales ont déjà vérrouillé le marché.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.