15 décembre 2010

20 ans de carrière pour rien ?

Etrange soirée, hier, qui m’a renvoyé vingt ans en arrière, presque inutilement. C’est amusant, le matin, j’avais répondu à une chaîne, à propos de mon enfance, c’est dans la période où j’ai commencé à travailler que je me suis retrouvé.

J’avais bossé avec lui d’octobre 87 à juin 88 (mon premier vrai job), puis, à l’issue de mon service militaire, d’octobre 88 à novembre 89, je crois. Il m’a recherché sur Google pour renouer des contacts, refaire son carnet d’adresses. Il est tombé sur mon compte dans Copains d’Avant et m’avait contacté, il y a une quinzaine de jours.

Nous avons décidé de nous rencontrer, c’était hier et était également présent un copain à lui qui bossais avec nous, au cours de la seconde période.

Nous nous sommes retrouvés rue de Lourmel, dans le 15ème, dans un resto libanais, au 8 alors que j’avais habité au 22, fin 93. Ils ont vieilli, physiquement. Moi aussi, je suppose mais, au moins, je n'ai pas pris 20 kilo, je les avais déjà...

Du coup, je me suis également retrouvé dans mon ancien quartier que, finalement, je ne regrette pas d’avoir quitté, tellement la vie semble être fausse dans ce quartier qui n’a rien de populaire (mais où les bistros sont restés vrais). Il faudrait que je pose la question à mes lecteurs réacs, mais ces quartiers redevenus à la mode il y a une trentaine d’années me paraissent bien pires que tout… Pourtant, j’étais bien quand j’habitais là-bas.

A table, nous nous sommes rappelés d’un tas de souvenir, nous avons fait ressortir des noms, des visages, …

J’ai fait le point, cette nuit, et j’en arrive à un sentiment mitigé sur les relations sociales que j’ai pu avoir, au cours de ces deux années, où je débutais ma vie professionnelle, petit breton montant à la capitale. J’étais le plus jeune de l’équipe, une douzaine de personnes, et probablement un peu suiviste.

Toujours est-il que je garde un bon souvenir de très peu de personnes et me rends compte combien était haïssable, jeunes trous du cul débarquant dans la vie professionnelle ou consultant plus âgés, faignants comme pas deux, ne pensant qu’à leur carrière professionnelle alors que je ne pensais qu’à la qualité du boulot. Il leur fallait démontrer des capacités techniques et d’encadrement alors qu’au fond, passionné d’informatique depuis l’adolescence, j’avais sans doute plus d’expérience qu’eux, dans le cœur de métier : la programmation.

D’ailleurs, quand les développements informatiques ont été finis, c’est moi que le client avait choisi pour assurer la transition, pendant trois ans, pour former ses propres équipes. Je ne sais pas ce que sont devenus les gens. J’en ai croisés certains par la suite, jusqu’à il y a sept ou huit ans. Depuis, plus rien jusqu’à très peu.

Ca a été une bonne période, avec un tas de potes bretons à Paris pour faire la fête mais professionnellement, ces deux premières années ne m’ont bizarrement rien appris, à part, peut-être, de toujours me méfier des compétences des autres.

Et j’en ai tiré la conclusion, cette nuit, que les relations sociales, au sein du travail, sont totalement insignifiantes (ce qui ne m’empêche pas d’avoir de l’amitié ou de l’affection pour mes collègues) : le seul truc qui nous uni est un patron à satisfaire. Alors on papote, on rigole, on travaille.

J’ai fait le point, cette nuit, sur les 20 années qui ont suivi et jamais, à part deux mois ou trois, vers 2002, je n’ai eu des relations aussi insignifiantes avec des collègues.

Et je me suis rendu compte que j’étais aussi en relation avec des jeunes informaticiens sortis d’école qui ne pensaient qu’à faire carrière dans leur SSII et croyaient encore que la seule solution pour réussir était d’enfoncer leurs collègues.

33 commentaires:

  1. ça bouge à l'intérieur du Palpitant ! des bizoux de loin !

    RépondreSupprimer
  2. Les relations professionnelles sont particulières, ce que tu décris avec les jeunes qui pour se faire une place se sentent obligés d'enfoncer leurs collègues, c'est moche et ça se généralise. Il n'y a plus cette volonté de transmettre le savoir, la société s'individualise, la compétition est acharnée.

    RépondreSupprimer
  3. Touchant... Il rappelle des choses...
    (la moitié de carrière que toi tiens...)

    RépondreSupprimer
  4. Très beau texte Nicolas.

    Je crois que les amitiés les plus tenaces sont celles qu'on se fait dans les crises et la difficultés.

    A une exception près, les amis que je garde depuis longtemps sont ceux avec qui j'ai partagé la merde...

    RépondreSupprimer
  5. t'inquiète pas j'arrive, futur jeune ingénieur programmeur plein d'ambition et sans scrupule ;-)

    RépondreSupprimer
  6. C'est drole ce que tu dis, c'est tout l'inverse pour moi. Je ne me suis jamais fait de vrais amis ailleurs qu'au sein du travail (et avant cela, à l'Ecole bien sûr (collège, lycée, fac)).

    Le boulot a l'avantage de te permettre de savoir très vite sur qui tu peux compter, qui peut être digne de confiance, qui est prêt à t'aider, à unir ses forces aux tiennes.

    RépondreSupprimer
  7. Stef,

    Je ne sais pas si ça se généralise, c'était il y a vingt ans.

    Et c'est de la connerie monstre, ça ne fonctionne pas : je n'ai pas de nouvelles d'eux, certains de la première période ont probablement réussi mais je suis prêt à parier que dans l'ensemble, j'ai fait une plus belle carrière que la plupart.

    Un "dirigeant" ne voit pas que les beaux slides rédigés, il voit aussi le client content, avec un logiciel qui fonctionne qui me demandait pour les interventions...

    FalconHill,

    Gamin, va !

    Sébastien,

    Il ne faut pas généraliser, je crois. Moi, mes meilleurs amis, c'est ceux avec qui j'ai passé des bons moments, des moments paisibles...

    Val,

    Tu ne feras pas carrière comme ça. Vois ce que je dis à Stef. J'avais un DUT en poche confronté à des ingénieurs (c'était une autre époque), un an après le début, je partais au service. A la fin, ils m'ont rappelé pour me reprendre avec 3000 francs brut (500 euros) de plus que ce que je voulais et six mois après, après 18 mois d'activité, j'avais un meilleur salaire que les ingénieurs en poste depuis un an...

    Dorham,

    Je parle là d'une (de deux en fait, mais avec les mêmes gens ou presque) période. Pour le reste, tu as peut-être raison (je parle d'ailleurs d'amitié ou d'affection dans le billet), notamment sur l'apprentissage de la confiance, ce qu'on ne voit pas avec les "copains de bistro" par exemple. Il n'empêche que je ne suis jamais resté très longtemps en relation avec les gens après avoir quitté un poste et que je refuse la plupart des sorties (ce qui ne m'empêche pas, par exemple, d'apprécier les déplacements - dont les soirées au resto - avec des collègues sympathiques).

    RépondreSupprimer
  8. C'est ça, l'andropause?
    (très joli billet, mais j'ai préféré hier le buzz)

    RépondreSupprimer
  9. Zette,

    Non, pas encore...

    (merci, mais je ne peux pas diffuser ça, mon blog n'est pas franchement anonyme).

    RépondreSupprimer
  10. Quand Nicolas se livre, on ressent tout plein d'émotions, en fait je me suis toujours sentie en décalage avec les trop ambitieux, le boulot, c'est progresser dans un domaine, des relations humaines, un défi, sans concurrence...

    RépondreSupprimer
  11. Aude,

    Je n'ai pourtant pas voulu mettre d'émotion dans ce billet.

    Ce ne sont pas les ambitieux qui me dérangent. On peut être ambitieux et faire correctement son boulot : ça marche bien. Ce qui me dérange ce sont les mauvais informaticiens (ou autres) qui sont ambitieux et sont donc obligés d'enfoncer les autres...

    RépondreSupprimer
  12. Je suis d'accord avec votre conclusion : les relations de travail sont insignifiantes. Ce qui n'empêche pas (pour rejoindre Dorham) que l'on peut se faire de vrais amis au sein de son milieu professionnel. Mais, dans ce cas, ils sortent de la catégorie relations de travail.

    Sinon, on dit : nous sommes convenus...

    RépondreSupprimer
  13. Didier,

    Oui, dans ce cas, elles sortent des relations de travail. Bizarrement, les amis que je me suis fait ainsi étaient des gens plus âgés que moi. Avec les gens de ma génération ou moins jeunes, nous nous sommes toujours heurtés aux relations que je pouvais avoir avec le conjoint.

    (pour le convenu, on ne dirait pas, alors, "nous nous sommes convenus" ?)

    RépondreSupprimer
  14. "croyaient encore que la seule solution pour réussir était d’enfoncer leurs collègues."

    C'est déjà un objectif en soi :)

    RépondreSupprimer
  15. Captain,

    A cet âge, oui. Encore que, j'étais trop jeune (21 ans), face à des "vieilles" de 26 ou 28 ans...

    RépondreSupprimer
  16. Très joli billet et c'est vrai qu'il est émouvant. J'en est profité pour en faire un billet

    RépondreSupprimer
  17. moi aussi je me suis toujours méfié des compétences des autres mais qu'est-ce que j'ai couché avec des collègues....

    moi je suis pour le zob au job
    mais jamais de femme mariée!

    @unouveaucompte

    RépondreSupprimer
  18. Ah ! Si ! Que des femmes mariées. Elles sont plus prudentes et moins chiantes en dehors des heures de travail.

    RépondreSupprimer
  19. Bé non... On dit "nous sommes convenus" (venus ensemble à cette solution) pour dire "nous sommes tombés d'accord". Mais on dit "nous avons convenus que..." pour dire "nous avons admis que...".

    Cette leçon est gratuite, pour appâter le chaland, mais les prochaines vont vous coûter bonbon...

    RépondreSupprimer
  20. Bon, je ne me souviens plus ce que je voulais dire. Le problème est que je vieillis, et que mes collègues non, puisqu’ils s’auto-regénèrent, par un complexe système de démission-embauche. Toujours aussi jeunes, frais, plein d’ambitions, ils vont sur le champ commettre les mêmes erreurs, tenir les mêmes propos désabusés après coup. Concrétement, pour un informaticien, cela consiste à dire que le travail d’avant est nul, que les gens en place sont des dinosaures, et qu’eux n’auraient pas fait la même chose, mais quelque chose de beaucoup mieux, plus propre, plus performant, plus professionnel, sans trop se préocuper de l’historique d’un projet ou les particularités métiers d’une entreprise.

    Dans ces conditions, je ne suis pas trop liant, tout en restant aimable. Et j’écoute poliment quand on m’explique (comme je te l’ai raconté) que le blog (donner des nouvelles des stars et des téléphones) c’est un bon levier pour promouvoir des produits pour pas cher.

    RépondreSupprimer
  21. Didier,

    On verra ça à un comptoir.

    Bal,

    Oui, c'est ce que je disais l'autre jour dans mon billet sur le métier d'informaticien : tous les autres sont toujours nuls.

    Mais à cette période, pour moi, c'était vrai et c'est 20 ans après que je le reconnais.

    RépondreSupprimer
  22. Bon !
    Quand faisons nous une soirée Goldo-Albatorienne ?

    ;^)

    RépondreSupprimer
  23. Les leçons de Didier ne sont pas à la portée du premier con venu.

    RépondreSupprimer
  24. Je crois que je partagerais ton avis, si j'avais mieux connu le monde du travail salarié. Et c'est un peu la même chose parmi les "indépendants" que j'ai surtout fréquentés —mais j'ai tout de même noué parmi eux beaucoup de relations amicales.

    RépondreSupprimer
  25. Ca n'as malheureusement pas evoluer dans l'informatique , c'est toujours a celui qui ecrase l'autre et qui essaie de s'attirer la confiance des "responsables".

    L'informatique plus que tout autre metier etant gouverner par le principe de peter , ce metier ci ne fonctionne plus aux competences depuis bien longtemps :/

    RépondreSupprimer
  26. De l'époque de Vannes , je les connais ? (Signé 1001portails / Denis )
    Idem à propos de collègues , je crois que je l'ai véçu à tes cotés :-)

    RépondreSupprimer
  27. Denis,

    Non, tu ne connais pas. J'ai bien exclu la période en question.

    Mr Potatoes,

    Ne généralise pas. D'autant que tu es hors sujet : ce que je ne dénonce, ici, ce sont les jeunes, pas l'encadrement.

    Le Coucou,

    Je pense que c'est un peu différent avec les indépendants où vous avez peut-être plus intérêt à jouer la solidarité : vous n'avez pas de patron à convaincre, juste un public.

    RépondreSupprimer
  28. Bel article !
    Daniel Mermet dit toujours : «la nostalgie, ça pue toujours un peu de la gueule»…
    Côté amitié professionnelle, je garde en souvenir que lors de mon dernier licenciement, trois de mes collègues ont signé une belle déclaration pour m'enfoncer, sans doute mus par la possibilité de récupérer mon poste. Ça relativise à jamais les amitiés professionnelles à mes yeux…
    :-))

    RépondreSupprimer
  29. Ouais, se méfier des collègues...

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.