09 novembre 2010

De l'utopie à la chimère : l'éphémère projet politique

C’est la lecture du billet de Dagrouik, ce matin, qui me rappelle ce dont je voulais jacter, ce matin : toutes ces cochonneries qu’on invente pour faire croire qu’on a un projet politique viable à présenter aux lecteurs, notamment la croissance verte, l’économie numérique et le revenu universel, autant de projets fabuleux qu’on ferait mieux de se mettre sur l’oreille pour les fumer plus tard.

La croissance verte est l’objet du billet de Dagrouik. Il nous rappelle que c’est une vaste connerie qui ne veut rien dire, ça n’est qu’une locution dont pourrait se moquer Didier Goux un jour de cuite.

La croissance verte n’est qu’un Borlooisme visant à faire croire aux braves gens qu’ils pourront s’acheter un pavillon en bois près d’une forêt en banlieue à condition de remplacer son toit par des panneaux photovoltaïque permettant de vendre de l’électricité à EDF tout en développant l’industrie des machins solaires mais en oubliant de préciser aux andouilles que le bilan énergétique sera négatif : ils devront circuler en voiture, empiéteront sur le territoire cultivable et feront des phrases trop longues dans leurs blogs.

Un vrai écolo ne devrait jamais parler de croissance s’il avait la moindre conscience de l’état du monde actuel.

L’économie numérique était de nos nombreux sujets de discussion au comptoir hier après la victoire du PSG contre l’OM. Un pilier abruti essayait de nous démontrer que « c’était bien » pour l’économie et que le développement de l’économie numérique allait nous permettre de sortir de la crise ! Funeste connerie : l’économie numérique est là pour nous faire acheter des téléphones portables construits en Chine et acheter des « produits culturels » téléchargeables sur Internet en supprimant les intermédiaires : industriels « du CD » et caissières des magasins de disque. C’est d’ailleurs le patron de la FNAC qui avait fait le rapport ayant abouti à HADOPI.

Je rappelle que si les entreprises s’informatisent et s’automatisent en masse, c’est pour diminuer les frais de personnel.

Croissance verte et économie numérique sont des slogans de droite visant à passer pour écolos et modernes pour stimuler l’électorat centriste. J’appelle les gens de gauche à taper dessus violemment.

Quant au revenu universel ou dividende universel, ces machins sont évidement des très bonnes idées. Ils reviennent subitement à la mode depuis quelques jours, par l’intermédiaire des commentaires à mon billet de ce week-end et le billet de Thierry Crouzet à ce sujet. Je suis pour : avec les mutations que connait notre économie, c’est indispensable. Mais pas cette après-midi, j’ai bistro. Ni demain, d’ailleurs, j’ai un week-end à préparer.

C’est un machin de gauche mais la gauche oublie qu’elle ne pourra jamais gagner avec de telles propositions, c’était le sens de mon billet d’hier. Thierry est venu commenter. Je le cite : « La retraire s'ajoute au DU. Tu n'as rien compris, le DU est un revenu de base pour tous. Il remplace pas la retraite mais il donne un peu d'air et surtout il nous amène dans une autre logique par rapport au patronat. Mais continuer à ne pas chercher à comprendre, on va avancer comme ça... et Sarkozy repassera. »

Quand je lis ce genre de propos, après cinq ans de blogage politique, j’ai envie de crier : je ne sais pas si je n’ai rien compris ou pas et je m’en fous. De toute manière, je voterai à gauche en 2012. Ce n’est pas à moi de comprendre mais à l’électeur. Ce n’est pas aux blogueurs politiques qu’il faut s’adresser mais aux gens qui votent.

Et quoi qu’on leur explique, même avec des centaines d’heures de reportage, pas un électeur normal (c’est-à-dire ayant une occupation autre qu’agiter des doigts devant un clavier) n’arrivera à croire qu’on puisse « recevoir de l’argent du ciel » alors qu’on nous casse les burnes en permanence avec les déficits et la dette.

Engageons – je ne sais pas comment, je suis blogueur pas politicien – les mutations nécessaires de la société pour mettre en place les conditions d’exigence de ce machin avant de dépenser de l’énergie à faire espérer aux gens qu’un tel système pourrait voir le jour, d’autant qu’il ne pourrait être valable qu’à une échelle internationale, les conditions pour que ça se fasse sont loin d’être réunies…

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une large partie de l’électorat est traditionnellement de droite quand il faut s’exprimer sur un projet national : les partis de droite auraient beau jeu de casser le projet du revenu universel en jouant sur le thème de l’assistanat. En outre, la plupart des français sont conservateurs ce qui contrairement à ce qu’on veut nous faire croire n’est pas toujours un gros mot.

Cela dit, je vais cliquer sur publier et aller boire mon café, des choses sérieuses m’attendent.

(photo via Disp)

14 commentaires:

  1. Je suis totalement d'accord avec toi !

    Je viens aussi de faire la remarque chez Intox2007 à propos de la croissance "verte"

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  2. Eric,

    Oui, mais il faudrait que les écolos, en France, l'affirment plus. Tu regardes le projet du PS (à propos de la ville), il est bien plus cohérent au sujet de l'écologie que toutes les publications des Verts...

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  3. les écolos bobos n'affirmeront jamais qu'ils sont pour la décroissance, c'est comme le PS avec le libéralisme ;)

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  4. Gaël,

    Ouais... Le problème est peut-être inversé : les socialos sont libéraux mais n'osent pas le dire alors que les bobos ne sont pas pour la décroissance.

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  5. C'est pas la première fois que je me retrouve d'accord avec Grouik-Grouik : il faudrait peut-être que je me décide à consulter...

    (Lui aussi, par le fait.)

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  6. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  7. "Un vrai écolo ne devrait jamais parler de croissance s’il avait la moindre conscience de l’état du monde actuel. "

    Ben merde alors, si j'avais cru un jour lire ça sur le blog d'un sympathisant PS :-D

    Je vais me mettre à te lire plus souvent!

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  8. Tassin,

    Je suis sympathisant de tout, moi. Reste à savoir si je suis écolo...

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  9. Je ne suis en aucun cas d'accord avec vous, une économie verte peut exister pour plusieurs raisons cependant celle-ci est, il est vrai, matraquée par des politiciens opportunistes qu'ils soient de gauche ou de droite. Le lancement sur le marché de panneaux solaires, de panneaux photovoltaïques, d'éoliennes (quelles soient à grande échelle, ou quelles soient familiales) relance et crée une activité économique. Je ne crois pas non plus que "La croissance verte vise à faire croire aux braves gens qu’ils pourront s’acheter un pavillon en bois près d’une forêt en banlieue " mais bien de responsabiliser, cependant il est vrai que c'est à la politique de d'abord changer son fusil d'épaule puis permettre au citoyen de lui même crée son identité. Des décisions vertes importantes doivent être prises (plus de transports en commun)ceci va pousser les gens à devenir vert (on peut toujours mettre des sanctions ou plutôt des taxes supplémentaires, ex : voitures)

    Vandeleene Kevin (http://vandeleene.com)

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  10. Cela dit, cette histoire de revenu universel est une pure saloperie : l'assistanat érigé en principe et en droit inaliénable, le monde qui se métamorphose en crèche géante.

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  11. Didier,

    Vous êtes payés pour illustrer mes propos ?

    Kévin,

    Relis donc le billet de Dagrouik. Tout ceci est une vaste connerie : ça ne produit pas une activité économique notable.

    En outre, tu ne fais que proposer une fuite en avant. Dans "plus de transport en commun" il y a "plus de transport". Non. Etre vraiment écolo serait de diminuer les transports et d'une manière générale la consommation d'énergie.

    Et les productions d'énergie "alternative" sont une vaste fumisterie inventée par les écolos pour se faire plaisir : tant qu'on n'aura pas les moyens de stocker l'électricité, les machins photovoltaïques et éoliens ne seront que de grotesques subterfuges pour faire croire qu'on lutte contre le nucléaire... Pourtant les centrales continuent à fonctionner en permanence (quand elles ne sont pas en panne) et à régime constant pour faire face aux dépenses quand il n'y a ni vent ni soleil.

    Pour l'instant, il n'y a qu'une solution : sortir du tout électrique.

    Quand je verrais un parti écolo prôner ça, je changerai peut-être d'avis...

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  12. Mince, la partie énergie verte, c'était la partie que j'aimais bien chez Ségolène, cuvée 2007 !
    Bon, ça pose un problème parce que si on limite la croissance, qu'on ne développe pas l'économie écolo, de quoi vont vivre nos chômeurs si on ne lance pas l'idée d'un revenu universel ?
    :-))

    [Je suis d'accord avec toi, je continues juste de penser que la gauche doit toujours ajouter un peu d'utopie à son programme ! :-)) ].

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  13. Bonjour à tous et au taulier,

    Je vous propose de visionner : Le revenu de base, le documentaire en français ; votre point de vue évoluera peut être.
    Un extrait :
    « Si vous aviez un revenu de base est ce que vous iriez encore travailler ?
    Spontanément environ 60% répondent : oui comme avant.
    Environ 30% répondent : oui mais plus à plein temps ou encore je ferais autre chose.
    Et environ 10% répondent ouvertement : d'abord dormir et ensuite on verra voyager reprendre des études ou s'occuper des autres.
    Si on instaurait un revenu de base pensez vous que les autres continueraient à travailler ?
    Environ 80% répondent : non probablement que la majorité ne serait plus motivée pour aller travailler.
    C'est quoi un travail pour lequel il faut se faire motiver pour aller travailler ? »

    La « bolsa-familia » au Brésil bien qu'étant conditionnelle y ressemble fortement. Un tiers des Brésiliens y ont accès, le projet s'étend au fur et à mesure à toute la population.
    En Allemagne le plus ardent défenseur de ce système est un patron dit de « droite ».
    Une initiative parlementaire de la gauche a été déposé au conseil national suisse, au moins les parlementaires helvètes vont en parler.
    L'expérience du revenu de base en Namibie

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