29 novembre 2011

Le PS ne gagnera pas tout seul (et encore moins mal accompagné)

Devant une débauche de commentaire d’excellente texture à mon dernier billet, je vais en faire un pour répondre d’une part à Val Lenain et d’autre part à Philippe Sage. Les deux reviennent sur les relations entre les trois principaux partis de gauche.

Val, tout d’abord. On a l’impression qu’il se pose en défenseur du Front de Gauche et des Verts alors que, dans son blog, il se revendique ouvertement de droite. Il semble penser que je manque de respect envers ses deux formations, notamment quand je rappelle qu’ils risquent fort bien de prendre un bouillon aux prochaines élections présidentielles.

Il se trouve que l’actualité politique, ce matin, faisait en sorte qu’on ne puisse qu’afficher un certains mépris en voyant Jean-Vincent Placé et Jean-Luc Mélenchon présenter des exigences envers le PS.

Il se trouve que ce sont eux qui sont entrain d’aller à la soupe pour des raisons électorales, essayer de négocier des circonscriptions parce qu’ils n’ont pas nécessairement les moyens d’en conquérir n’y d’en garder. Dans ces conditions, taper sur un parti frère n’est pas spécialement loyal…

Il se trouve que dans une négociation, les petits doivent aussi écouter les gros. Jean-Vincent Placé, par exemple, aurait pu parler du texte de François Hollande à propos de la transition énergétique.

Philippe, ensuite. Il nous rappelle que le Parti Socialiste ne peut pas gagner l’élection tout seul en prenant en exemple les précédentes élections depuis 1965. Je ne sais pas si on peut toujours comparer et je ne vais pas revenir sur les échecs de la gauche. Effectivement, en 1981, François Mitterrand a gagné l’élection alors que le Parti Communiste était très fort et opposé à lui.

Effectivement, le cumul des deux principales formations de gauche atteignait 41% des voix. Avec les écolos et les autres partis de gauche, le total des voix dépassait 51% ce qui n’empêche pas nombre d’observateurs de l’époque de mettre la défaite de VGE sur le dos de Chirac…

On a besoin de tous les partis de gauche et surtout de tous les électeurs ! J’entends donc qu’ils fassent une campagne pour aller chercher des électeurs pas pour servir de repoussoir.

Cela dit Georges Marchais n’était pas le dernier pour taper sur le PS.

« Le candidat communiste est si virulent vis-à-vis de son ex-partenaire de l'Union de la gauche, François Mitterrand, qu'il affirme qu'il ne se désisterait pas automatiquement en sa faveur au deuxième tour, continuant à considérer la « discipline républicaine » comme une formule « périmée ». Le 13 septembre 1980, à la Fête de l'Humanité, il a déclaré que si Mitterrand élu à la tête de l'État, il ferait la même politique de droite que Valéry Giscard d'Estaing. Il continue par la suite à dénoncer les « convergences » entre le PS et l'Élysée. En janvier 1980, Georges Marchais va encore plus loin en prétendant révéler qu'une « vaste opération politique » est en cours ; selon lui, Michel Debré et Jacques Chirac prendraient contact avec François Mitterrand pour constituer « une sorte de trait d'union entre le Parti socialiste et la majorité actuelle », ce qu'il appelle « le consensus à trois ». Il accuse ainsi les socialistes d'être opposés à une politique de relance par la consommation, d'être complice d'un plan européen de démantèlement de l'industrie, et de vouloir exercer une répression contre les travailleurs. »

Je remercie donc les descendants de Georges Marchais, d’accuser le PS de faire une politique de droite, la même que l’UMP, … patati patata.

Bande d’éculés !

« Pour ne pas être accusé, par ses attaques incessantes contre le candidat socialiste, de faire le jeu du président sortant, tout en laissant entendre qu'il est le seul véritable opposant, il s'auto-proclame « candidat anti-Giscard », slogan qui figurera sur ses affiches de campagne. Quelques mois avant le scrutin, il vise plus violemment et plus directement ce dernier, assumant une rhétorique populiste. »

Préparez vos affiches !

« Ainsi, lors d'une conférence de presse le 20 janvier 1981, il fustige le « président de l'injustice » par ces mots : « Assez de la République des châteaux et des cadeaux, de l’État des cousins et des copains, du clan des chers parents et des princes ! », et il dénonce « ce monde de l’argent auquel nulle particule d’emprunt ne donnera jamais la noblesse de l’esprit ou de cœur ». »

Pour le reste…

« Au nom de la défense de l'intérêt des ouvriers et des habitants des quartiers populaires, le Parti communiste mène une campagne sur l'immigration qui suscite de vives polémiques. Elle commence le 5 novembre 1980, lorsque le bureau politique du PCF réclame l'arrêt de l'immigration. Le 24 décembre, une troupe dirigée par le maire communiste de Vitry-sur-Seine dévaste un foyer pour immigrés dans lequel devaient être logés des travailleurs maliens. Georges Marchais approuve cette action, et participe à une manifestation de soutien au maire de Vitry le 10 janvier 1981. »

Je dis ça, je ne dis rien… On va m’accuser d’utiliser Wikipedia qui ne dit pas que la vérité.

« La fédération d'Ille-et-Vilaine proteste, au nom de la laïcité, contre la construction d'un centre islamique à Rennes. Le quotidien Libération révèle que les municipalités communistes de Nanterre et Saint-Denis, tout comme celle d'Amiens, cherchent à limiter la proportion d'immigrés dans les HLM. Le maire communiste d'Ivry-sur-Seine décide d'en faire autant avec les colonies de vacances. La plupart des organisations de la gauche non-communiste s'indignent de ces positions qu'ils comparent à celles de l'extrême-droite, et des intellectuels, tels qu'Alain Badiou accusent le PCF de racisme. »

Mon dieu ! Et à l’époque le PC faisait 15%... C’est mal. Mes camarades blogueurs du Front de Gauche devraient relire les blogs de l’époque.

Philippe, le PS a besoin d’une gauche forte, qui lui tape dessus avec bonheur pour convaincre le public que le PS ne mange pas les enfants…

Mais il a besoin d’une gauche avec des électeurs.

A cette époque, le Front National n’existait quasiment pas.

En 1974, la gauche était unie, Le Pen a fait 0,75. En 1981, la gauche était divisée, Le Pen n’a pas pu se présenter. Le PCF a fait 15%. En 1988, Le Pen a fait 14%, le PCF moins de 7%.

Où Le Pen a-t-il trouvé ces voix ? On nous parle souvent de 2002 mais la percée du FN date de l’élection précédente…

Je n’essaie pas de démontrer quoi que ce soit. On peut reprendre toutes les élections pour étudier tous les chiffres. Il n’empêche que le corps électoral a bougé vers la droite.

La « gauche de gouvernement » faisait 42% en 1981 et moins de 30% en 2007. Ségolène Royal avec 26% au premier tour et 47% au second a réussi à aller chercher plus de 15% de ses électeurs ailleurs qu’au PS, PC et Verts…

Mais, en 1981, c’est la gauche de la gauche qui tapait sur les immigrés…

Ce n’est pas bien, on est d’accord.

Mais Mitterrand avait été élu…

Car le PS n’était pas seul.

15 commentaires:

  1. "Il n’empêche que le corps électoral a bougé vers la droite."

    A noter aussi chez Philippe Sage, ce commentaire signé Fergus :

    "Pour Hollande, se positionner sur l’aile gauche du PS, [ce serait] courir à l’échec et ouvrir un boulevard à Sarkozy. [...] Pour qu’un candidat véritablement de gauche puisse l’emporter, il faudrait des années de pédagogie et ce temps, personne n’en dispose plus d’ici à la présidentielle."

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  2. Belle démonstration, et constat navrant, l’électorat a franchement basculé à droite, ok, faut-il les convaincre sur un programme bien de gauche, ou tendre vers la compromission ? ....

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  3. Je vais m'abonner aux commentaires : cela risque d'être croustillant.

    Sinon c'est un joli article politique...

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  4. Belle époque de ma jeunesse, merci Nicolas pour ce cours d'histoire donné aux plus jeunes qui découvrent que Marchais avaient des postures qui sur bien des points sont celles de Méluche.

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  5. @nicolas : avertissement, trollage forcé et obligatoire : une débauche de commentaires n'aurait-il pas exigé, par hasard, le pluriel ? je sors et vai reprendre mon bilelt sur le même sujet....

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  6. @nicolas : avertissement, trollage forcé et obligatoire : une débauche de commentaires n'aurait-il pas exigé, par hasard, le pluriel ? je sors et vai reprendre mon bilelt sur le même sujet....

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  7. Comme le montre le précédent de 1981, le candidat du PS n'a pas grand chose à craindre des critiques... s'il est bon.

    Critiquer les critiques de Joly, bien moins virulentes que Marchais en son temps, est une belle marque de manque de confiance en soi.

    Même remarque pour les municipales avec les réactions disproportionnées des socialistes en place ("khmers verts" de Colomb, la fureur anti-Aubry de Dolanoë) suite à l'arrivée de Cécile Duflot à Paris et de Philippe Mérieu à Lyon


    -- Jean-Michel

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  8. 1/2 - Bon. Le Pen, vous le savez, il voulait se présenter en 1981, mais Giscard avait placé la barre (mouhaha !) à 500 signatures. En 1976, précisément. Avant c'était 100... Le Pen, il émerge en 1984. Aux Européennes. Avec un score à deux chiffres. Soit, après 3 ans de mitterrandisme...

    C'est pour ça que Dray, Désir et d'autres vont créer SOS racisme. Pardonnez-moi pour l'année, je suis pas sûr, mais c'est peu après. Y'a même une radio à Paris (qui n'a pas fait long feu) qui appartenait (via le quotidien Libération) à SOS Racisme. Ça Bouge Dans Ma Tête qu'elle s'appelait ...

    Et c'est là, que tout commence. Parce que SOS Racisme, c'est bien joli, mais comme disait Desproges : "J’adhérerai à SOS-racisme quand ils mettront un S à racisme. Il y a des racistes noirs, arabes, juifs, chinois et même des ocre-crème et des anthracite-argenté. Mais à SOS-Machin, ils ne fustigent que le Berrichon de base ou le Parisien-baguette. C’est sectaire. (…) Mais attention, il ne faut pas me prendre pour un suppôt de Le Pen sous prétexte que je suis contre tous les racismes."

    Il avait pas tort, non ?

    Du coup, le FN, il a inventé un truc qui a fait fureur (mouhaha again) le racisme anti-français ou anti-blanc.
    Avouez que SOS Racisme avait donné le bâton pour se faire battre. Un peu.
    Pas finaud, Dray, sur ce coup-là, il est meilleur que ça, en général.

    Bon après, vous pouvez dire ce que vous voulez, mais c'est un fait, Mitterrand a joué (et c'est pas bien - Bouh) avec ce FN, pour contrer le RPR. Et ça a marché.
    En 1988, il est réélu alors les forces de gauche TTC n'ont réuni que 45,34% au 1er tour (deuxième meilleur score de tous les temps, cela dit). Les forces de droite sont à 40,28%.
    Seulement voilà, le FN est à 14,38%.

    Et vous savez bien d'où ils viennent les électeurs du FN (hormis les anciens d'Algérie, etc.) .. Vous connaissez la fameuse blague :
    "Qu'est-ce qu'un électeur du FN ?"
    Réponse :
    "C'est un communiste qui s'est fait cambrioler deux fois".

    Le problème, c'est qu'une fois Mitterrand parti, ça va beaucoup bien moins Marchais .. Euh, marcher, pardon (mouhaha ter).
    Y'a une raison : c'est que le FN n'attire plus que des xénophobes (pour la faire courte) mais des gens qui en bavent. Et qui sont pas plus racistes que vous et moi. Eh non .. Et de toutes les confessions, de toutes les communautés, voyez ... De toutes les couleurs, quoi. Ça fout les j'tons, hein ?

    Ben oui, mais c'est UNE réalité.
    C'est pas des anciens du RPR qui votent FN, bien malheureusement, mais des anciens cocos, et aussi, depuis quelques années, des anciens de la gauche de la gauche de la gauche, et aussi (eh si) du PS.

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  9. 2/2 - Et Sarkozy, en 2007, a été le seul à piger. Joli coup ...

    Au PS, ils n'osent pas toucher cet électorat. Pourtant, c'était, pour partie, leurs électeurs d'antan. Quelle ironie de l'histoire ..

    Parce que voyez, Chirac, il avait bien des défauts, mais le FN, c'était hors de question. Et même Le Pen père, le dit, quand Chirac sera plus là, alors les digues tomberont. Chirac, c'est le paternel, il est plus très gaillard, mais y'aura pas d'accord UMP/FN tant qu'il sera de ce monde.

    De fait le corps électoral du PS a bien changé.
    C'est plus les ouvriers, c'est plus les employés. C'est pas mal de cadres, de gens qui gagnent correctement leur vie, et de la base, encore, oui, mais y'en a plus tellement.

    C'est pour ça que Hollande il se tourne vers Bayrou. Il anticipe. parce qu'il connaît Sarkozy. Il sait qu'en campagne, Sarko, il va mettre les gaz. Les classes moyennes, elles votent Sarko. Un peu Le Pen. Les temps ont changé.

    Du coup, l'équation est rude. Et je vous assure que c'est pas gagné.

    1995 : les forces de gauche 40,56
    2002 : 42,89
    2007 : 36,34

    C'est sans appel.

    Alors Hollande, en plus avec cette crise, pouvait faire renaitre la gauche. Il a décidé d'un autre chemin. Le centre. Jospin l'a fait. Royal aussi. On verra bien. Sauf que, le François, il s'y prend plus tôt. Un sacré pari ...

    Mais ça prouve une chose, c'est que le PS n'est plus un parti de gauche. CQFD.
    Hollande vient de le valider.

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  10. Les gens,

    Merci pour vos coms.

    GDC,

    Tu mets deux fois ton commentaire pour souligner une erreur de pluriel. Toujours aussi petit.

    Philippe,

    On est en grande partie d'accord. Sauf qu'hollande n'a plus le choix. Tant que sa gauche ne va plus chercher les classes populaires mais se contente d'avoir la même cible électorale que lui, les bobos (je le vois à mes potes de comptoir), c'est foutu.

    Et les torts ne sont pas nécessairement au PS...

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  11. Oui aujourd'hui la partie de gauche qui donne des leçons de populaire n'a plus de peuple qui vote pour lui.Normal car la gauche radicale ne se définit plus que face au ps et plus en termes de propositions.

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  12. Yes ! Ces clowns ont oublié "le peuple" et donnent des leçons.

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  13. Rappeler que Mélenchon et EELV ne sont pas en position d'éligibilité, tu crois que ça peut les motiver un peu ?
    :-)

    [Cela dit, pour l'instant je nentends pas bcp de prise de position de Hollande. Philippe Sage a raison sur un point, il ne peut que baisser dans les sondages. La question c'est de savoir gérer ça !
    :-) ].

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  14. Monsieur Poireau: le souci c'est que EELV et le FG raisonnent aussi en termes de part de marché.Du genre "donnez des places de députés à nos chefs sinon on dira que vous êtes méchants".

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  15. Romain Blachier : je ne trouve pas ça bien cette négociation entre partis. Ainsi en Belgique, ils ont mis 532 jours à s'entendre… sur le dos des citoyens qui n'ont plus leur mot à dire !
    :-))

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