15 septembre 2007

Equilibre à 20% de précaires



Dans notre brave société, une partie de la précarité est organisée par des forces obscures patronales, financières et gouvernementales pour s’en foutre encore plus plein les fouilles.

C’est évident mais le contraire l’est encore plus au point de nous tromper dans notre réflexion quotidienne. Quand on est un citoyen optimiste, on se dit « moins il y a de chômeurs, plus il y a de salaires versés, meilleure est la consommation, mieux vont les entreprises, mieux rentrent les impôts, mieux va la couverture sociale et le budget de l’état : c’est le bonheur ».

Aussi est-il très dur de se dire que tout ça est de la connerie !

Je vais essayer de le faire, mais je ne suis pas très bien placé pour ça ! Tout cela ressort de la macroéconomie, de la politique monétaire, … Je fais partie de ces 95% de la population qui n’y connaissent rien. Sur les 5 % qui reste, il y en 3 qui pensent connaître quelque chose mais qui se plantent lamentablement. Restent 2%, mais ce sont des gens brillants qui sont incapables de l’expliquer… et reconnaissent tout de même que l’économie est une science risible.

Je vais le faire dans « Partageons mon avis » pour m’entraîner à produire un joli billet pour Equilibre Précaire, notre joyeux blog collaboratif, en commentaire duquel, Céleste, des établissements Célestissima & co, nous priait hier ne pas oublier ce volet de la précarité : en maintenir un seuil minimum est une volonté de nos chefs vénérés.

Il y a bientôt un an, j’avais fait une série de billets sur le NAIRU, l’inflation, tout ça est lié ! Recommençons !

Et n’oubliez jamais, en écoutant la radio la tête dans le cul, le matin, quand vous entendrez un journaliste expliquer que les zouaves de la BCE ont pris telle ou telle décision de peur « d’un emballement de l’économie », ça veut dire qu’ils se foutent de notre gueule.



Lançons-nous !

Tout part de l’inflation.

On nous dit « il faut lutter contre l’inflation, contre la vie chère, … ». On ne peut qu’être d’accord : c’est nous qui payons ! On nous fait pleurer « ah ! ma pauvre dame, tout augmente ! »…

En fait soyons précis : on s’en fout royalement que ça augmente si notre salaire augmente plus.

Prenons un exemple con. Imaginons que le kilo d’orange soit à 1 euro et que mon salaire 1000 euros. Je peux acheter 1000 kilos d’orange (mais je ne connais personne en prison). Si l’inflation est de 10% et que mon salaire augmente de 15%, le kilo d’orange passe à 1,10 euros et mon salaire à 1150. Je peux acheter maintenant 1045 kilos d’orange (vous pouvez vérifier) !

Prenons un autre exemple con. Imaginons un type qui dispose sur son compte en banque d’un million d’euro. Il pouvait donc acheter un million d’oranges. Mais, avec l’inflation à 10% et le kilo d’orange à 1,10 euros, il ne peut plus en acheter que 909 000 oranges. Il est perdant.

En d’autres termes, l’inflation veut dire la perte de valeur de l’euro… : c’est celui qui a beaucoup d’euros qui est perdant.

Amusant ce résumé que je fais la semaine où l’Euro bat tous ses records sur les marchés financiers !



Je re-résume : on nous fait pleurer sur l’inflation alors que la lutte contre profite uniquement aux plus riches, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire.


Rappelons-nous maintenant que l’immobilier ne rentre pas dans le calcul de l’inflation. Depuis 10 ans, l’immobilier galope. Je m’en excuse par avance, mais je vais sortir une phrase très compliquée, il va vous falloir réfléchir. Un type qui a un 200 m2 dans Paris voit sa valeur en nombre d’euros augmenter mais, l’immobilier n’entrant pas dans le calcul de l’inflation, cette augmentation de valeur ne contribue pas à faire baisser la valeur de l’euro, contrairement à l’augmentation du prix des ménagères que nous sommes tous, donc l’augmentation de la valeur du 200m2 est réelle !

Je me demande si on ne se fait pas un peu baiser dans cette histoire !

Il y a bien sûr d’autres raisons de vouloir lutter contre l’inflation, des histoires de parité monétaire, de création monétaire et j’en passe… Mais je suis sûr qu’un tas de gens très bien seraient capable de démonter chacun des points de manière aussi poétique que je le fais ci-dessus.


Il n’y a pas que l’inflation, mais c’est le point essentiel !

Il est à peu près évident que si le chômage baisse, l’inflation repartira à la hausse. Pour deux raisons.

D’une part, le nombre de chômeurs baissant il y aura plus de consommateurs et les gens auront plus confiance et consommeront plus. La loi de l’offre et de la demande fera le reste : et hop ! Augmentation des prix.

D’autre part, les gens étant en confiance, ils n’hésiteront pas à faire pression sur les patrons pour demander des augmentations qui devraient répercutées sur les prix.

Il faut donc faire taire les revendications et mettant la pression !

Nos amis financiers cherchent à atteindre ce qu’on appelle le NAIRU, en gros, le taux minimum de chômage à partir duquel l’inflation ne galope pas !

Je vous laisse faire les recherches Google de Nairu. Vous y trouverez un blog très bien.


La France a un NAIRU supérieur à beaucoup de pays. D’ailleurs son taux de chômage est également supérieur à d’autres. Mais je crois qu’en fait, le NAIRU on s’en fout, il provient d’une différence structurelle entre les pays : le chômage étant « facile » (ha ha) à mesurer, on utilise ça. Ce qui importe, plus, à mon avis, c’est le « taux de précarité ».


Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !

Ces histoires d’emballement de l’économie ne sont pas que de la connerie ! De tous temps, on a eu des cycles économiques assez difficilement maîtrisables. Toutes les périodes de prospérité se sont terminées par des crises économiques.

La différence, maintenant, c’est que la crise économique dure depuis 30 ans, avec un taux de chômage oscillant entre 8 et 12% depuis plus de 20 ans mais des marchés financiers qui battent de records en records, des inégalités qui explosent, des scandales sur les rémunérations patronales qui sortent tous les jours, …

Peut-on tolérer longtemps cette société où le prix à payer pour « la stabilité des marchés financiers » profitant à 10% des gens est la précarisation de 20% de la population pour que les 70% restant ferment leurs gueules ?

Il était temps que Partageons mon avis revienne à ses premières amours !

9 commentaires:

  1. Je suis sur le c..., je n'avais pas vu ceci dans ce sens, moi les maths et l'économie....
    la solution serait donc ?

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  2. Fanette,

    S'il y avait une solution...

    Personne ne l'a vraiment trouvée, mais la marche forcée vers le libéralisme que nous propose certain n'est pas la solution.

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  3. Bravo !
    Tu es brillant quand tu veux ! :-)))

    Bernard Maris (orthographe) qui n'est pas la moitié d'un économiste iconoclaste prétend par contre que même la loi sur l'offre et la demande est une c*nnerie !

    [Le jeu de mot censuré : il est temps que le taux de NAIRU pête !]

    :-)

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  4. Fil,

    Merci ! Je m'entraine pour "Equilibre Précaire".

    Côte jeux de mots stupides, je te rappelle le titre d'un de mes billets précédents sur le NAIRU :
    http://jegpol.blogspot.com/2007/01/le-poil-de-nairu-se-tond.html

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  5. superbe, lumineux.

    les établissements Celestissima and co te remercient d'avoir si bien illustré, et avec quel brio, le com laissé sur le blog , excellent, équilibre précaire

    je copie immédiatement le texte pour donner à réfléchir à mes élèves italiens.
    il n'est jamais trop tôt pour la réflexion subversive

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  6. euh...dans l'enthousiasme j'ai oublié de te demander si je pouvais utiliser ton texte dans un but pédagogique...

    peux-je?

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  7. Tu peux, bien sur ! Sauf si tu es en école d'infirmières psychiatriques.

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