27 janvier 2010

La retraite ou la Bérézina ?


J’ai loupé Martine Aubry, à la télé hier, mais ce n’est pas grave, le communiqué du Parti Socialiste me permet de rebondir sur les retraites. En introduction : « La retraite par répartition, c'est-à-dire la solidarité entre les générations, est au cœur du modèle social de notre pays et constitue le socle fondamental de notre système de retraites. Nous devons le défendre et le sauvegarder. Or, les réformes du système de retraite de 1993 et 2003 n’ont réglé ni le problème du financement, ni celui du niveau des pensions qui ne cesse de se dégrader, ni permis de prendre en compte pleinement la situation des carrières longues, la pénibilité et les différences d’espérance de vie. »

Il n’est pas inutile de le rappeler : la droite nous pond réforme sur réforme mais le système n’est jamais sauvé et le niveau des pensions baisse.

Le PS défend différentes axes, dont :
-         la sauvegarde des retraites par répartition,
-         un niveau de pension satisfaisant,
-         l’introduction de nouvelles sources de financement,
-         le départ à la retraite à 60 ans.

L’annonce de Martine Aubry d’une possibilité de partir plus tard m’avait fait bondir et hurler Mathieu. En effet, avant les modalités pratiques (dont on se fout presque par ailleurs, tant la situation de l’économie est variable), le message politique était très mauvais :
-         la gauche ne défend plus les acquis sociaux,
-         le PS ne traite plus la question du temps de travail de manière globale.

De la part de « la dame des 35 heures », c’était fort ! Ouf ! Elle est revenue en arrière. Nous allons dire qu’elle avait confondu l’âge légal et l’âge moyen de départ à la retraite…

J’aime bien parler de globalisation du temps de travail dans mon blog. Ca attire les trolls UMP (il en reste quelques uns) pour me dire que ça n’a jamais rien résolu, que c’est évident qu’il faut travailler plus, patati patata. Je les comprends ! Ils ont été élevés dans un monde où on a érigé le travail au rang de valeur, les pauvres.

Ils sont encouragés par le chef de l’état qui indique aux pauvres gens qui l’interviewent qu’ils peuvent travailler plus pour s’en sortir.

Pourtant, dans les discussions qui s’en suivent, ils n’arrivent jamais à répondre aux questions de base : travailler plus produire quoi ? Qui paye ? Je veux bien embaucher quelqu’un pour tenir mon blog mais j’aurais moins de pognon pour aller au bistro.

L’argument final est alors que les Français travaillent moins que les autres, ce qu’on n’arrête pas de démonter, dans nos blogs. Pas plus tard qu’hier, l’ami Dagrouik nous ressortait encore les chiffres : « en France on travaille en moyenne 1545 heures dans l'année, contre 1445 en Allemagne, 1499 au Danemark, les Pays-Bas sont loin derrière avec 1340 heures. Même avec les 35 heures ! »

Même sans les chiffres, il est tellement évident que tant qu’on n’arrivera pas à faire bosser tout le monde, c’est complètement illusoire de prétendre faire bosser les gens plus longtemps. Quand on aura un taux de chômage à 5% (avec un nombre « normal » de CDI à temps complet), on pourra envisager de réfléchir à bosser plus vieux. Même si, dans le fond, ça reste complètement con de travailler pour travailler…

Trêve de bavardage, il nous faut aussi aborder le financement. Le communiqué du PS nous indique qu’il reste à trouver 25 milliards d’ici 2020. Rappelons que ça ne fait guère qu’un pourcent du PIB (la droite qui nous gouverne depuis 8 ans a fait passer le déficit public de 3% à 8%, en gros). Rappelons aussi que les exonérations de charges aux entreprises s’élèvent à 65 milliards (de mémoire).


J’aime bien quand mes trolls de droite me parlent de pognon : ils oublient souvent de citer les chiffres.

Enfin, le communiqué du PS précise qu’il faut procéder à : « l’introduction de nouvelles ressources dans le système, alors que la droite n’a jamais pris d’initiative sur ce plan. Il s’agit notamment de : l’élargissement de l’assiette des cotisations à la valeur ajoutée, le prélèvement de cotisations sur les stocks-options et autres rémunérations non assujetties (5 milliards d’euros de recettes possibles selon le rapport de la Cour des comptes) et l’alimentation du fonds de réserve des retraites ».

Disons le proprement : il faut taxer tous les revenus (et de manière progressive, tant qu’à faire). En Français, ça donne ça : "Je ne vois pas pourquoi un type qui travaille dur pour gagner sa vie serait plus taxé qu'un gugusse qui touche du pognon sans rien glander".

Le PS doit le marteler fortement ou alors, m’expliquer comment faire pour que le travail retrouve une part normale dans le PIB. En rappelant qu’elle a baissé de 12% depuis 82. Tiens ! Voyez le joli graphique à droite illustrant la part  du travail dans la valeur ajoutée des entreprises (pompé ici).

Je vous laisse, j’ai du travail.

Edit : dans la première mouture du billet, j'ai oublié de dire que c'est ce billet qui me l'a inspiré.


24 commentaires:

  1. Bon billet, cela résume bien la situation...

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  2. Stef,

    Merci ! Voir mon commentaire chez toi. La honte me fait rougir jusqu'à la 22ème génération.

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  3. C'est très très bien de rappeler que la droite ne fait des réformes que pour faire des réformes, pas du tout avec la capacité à régler le problème de manière équitable pour tous !
    :-))

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  4. Poireau,

    Elle ne fait pas que des réformes pour des réformes mais pour que les "puissances financières" gagnent plus d'oseille.

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  5. Ah, je pensais que c'était mon billet sur Mickael Vendetta qui t'avait inspiré...

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  6. Nicolas,

    Je précise un peu ton propos, cette droite ne fait des réformes que pour que les "grands actionnaires" gagnent plus d'oseille...l'entreprise n'en ressort malheureusement pas gagnante...

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  7. C'est triste, un truc aussi important que le système des retraites traité comme ça... il n'y a qu'a Taxer, il y a du pognon en France.

    ça me fait penser au billet de cet "expert" qui nous dit que les grands dirigeants ne sont pas Trop payés. ici:

    http://blog.turgot.org/index.php?post/Kelly-Gagnon-R%C3%A9mun%C3%A9rations#comments

    Vous faites la même chose de ce coté ci.. oublions les faits (merci pour le tableau) partons sur une ligne idéologique disons que "les autres n'ont rien compris". Comme le petit monsieur de l'institut Turgot.

    Les faits ils sont là:
    http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=nattef04560

    et ce déséquilibre là ne se résoudra pas par le "ycataxer".

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  8. Gularu,

    Désolé...

    Nemo,

    On est d'accord. Je fais bien la différence.

    J'ai subi cette "différence" dans ma carrière professionnelle.

    Je bossais, pendant les 8 ou 9 premières années, pour une SSII familiale dont le personnel oscillait entre 40 et 70 salariés (au gré des crises économiques). On bossait toujours pour l'entreprise et le patron, actionnaire majoritaire, gagnait plein d'oseille mais savait nous récompenser, nous faire confiance pour les embauches,...

    A sa retraite, il a vendu sa boite à un groupe (700 dont l'actionnaire principale a vendu ses parts. Depuis, je n'ai fait que bosser, être muté, filialisé, défilialisé, revendu, ... uniquement pour satisfaire des indicateurs boursiers et échapper au fisc... Jamais une action autre qu'à court terme (pas d'investissement, de formation, ...).

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  9. "Nous allons dire qu’elle avait confondu l’âge légal et l’âge moyen de départ à la retraite…" Si c'est pas de la mauvaise foi, ça ! :)

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  10. LG,

    Un type qui me dit que je suis un idéologue est forcément lui-même un idéologue.

    C'est facile de sortir un tableau de chiffres mais ça ne change rien au problème.

    Le système des retraites a été mis en place à une époque :

    1. Où il n'y avait pas de chômage.
    2. Où les échanges internationaux étaient relativement limités.
    3. Où la production était peu automatisée.
    4. Où le travail (les salaires et charges) représentaient une part importante de la valeur ajoutée des entreprise.
    5. Où les revenus du travail représentaient une part importante du PIB.
    6. L'espérance de vie était moins importante.

    Seul un idéologue comme toi peut voir ce dernier point indépendamment.

    Pour ma part, "je" ne peux pas décider les entreprises, par la loi, à augmenter les salaires (alors que le problème de base est là), "je" ne peux que décider de soumettre à ma même taxation que le travail les revenus qui sont passés "du travail au capital" depuis la création du système de retraite.

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  11. En colère, non, cela m'a juste un peu énervé...

    Concernant le billet, je te suis totalement. Il est bon de rappeler quelques évidences à nos adversaires politiques, pour les obliger à traiter les vraies questions.

    Sur un de tes commentaires, j'ajouterais que le système actuel a été fondé à une époque où il y avait 3 travailleurs pour un retraité.

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  12. f*%£ you're good and fast..

    ok on a tous une idéologie à nous.. Plutôt que de regarder la différence de rémunération entre le capital et le salaire regardons les inégalités de rémunérations dans les salaires et les retraites.

    En ce qui concerne le capital, c'est trop compliqué, il faut faire la différence entre les entreprises du CAC 40 et les centaines de milliers de PME.

    Et vouloir garder le système actuel c'est aussi vouloir garder les 15 000 euros de retraite par mois (payé par le système) à des milliers de cadres sup (de la finance) qui vont vivre plus longtemps que les retraités ouvriers et qui ont par ailleurs accumulé un capital important.

    Si on oppose le capital au travail dans une règle générale on ne prend pas en compte les artisants et les paysans qui ont embauchés deux ou trois salariés et qui ont cotisés ce qu'ils ont pu en tant que patrons.. eux quoi qu'il arrive ils vont en chier.

    Mon idéologie est simple, combattons les inégalités dans chaque domaine. L'augmentation des inégalités met notre société en danger.

    L'écart de rémunérations entre les cadres sup et la base a augmenté exponentiellement.

    L'écart de traitement du petit actionnaire (ou pire de l'actionnaire institutionel) par rapport au gros actionnaire privé. Voir EADS ici:

    http://laurentgrandsimon.hautetfort.com/archive/2007/10/11/les-copains-d-abord.html

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  13. Mathieu,

    Oui, je répondais justement à un commentateur qui m'envoyait un lien vers un tableau montrant l'évolution du ratio.

    LG,

    On est d'accord mais fais nous une proposition concrète ! Je suis d'accord pour réduire les inégalités disproportionnées mais je ne vois qu'une seule solution que l'état puisse mettre en oeuvre : le recours à l'impôt (ce qui n'a rien de scandaleux, ça a même était fait aux USA pendant la guerre) pour redistribuer le pognon.

    Et seul l'impôt progressif sur le revenu peut permettre de le faire en réduisant les inégalités. A condition de prendre en compte tous les revenus.

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  14. Mais surtout, propose quelque chose parce que dire "on va réduire les inégalités" est bien joli...

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  15. Bonsoir,
    Il est saisissant de constater que tout le monde a des recettes miracles... J'augmente, je taxe, j'impose, je décide... Que de positions péremptoires, abruptes et hélas trop souvent politiciennes. Car comme vous le savez, dans n'importe quel camp, on fait dire ce que l'on veut aux chiffres.
    Concernant la part des salaires dans la valeur ajoutée, il faudrait aussi indiquer l'augmentation exponentielle du prix des matières premières, celle tout aussi vertigineuse de certaines charges fixes comme l'immobilier, les loyers... Et parallèlement la baisse ou tout du moins la stabilité des prix de vente. Alors comment fait on si nous augmentons la part des salaires dans tout ça ? On augmente les prix... Et la compétitivité ? On baisse les charges fixes ? Comment ? Vite une recette miracle ...
    Arrêtons de croire que ce problème grave se règlera avec les dogmes et les oukases partisans. Ce sera quoi qu'il arrive un peu des deux... Non par passion mais par raison...
    Je suis chef d'un PME de 18 salariés et je dois toucher le plus petit salaire de mon entreprise... Et croyez moi nous sommes si nombreux dans mon cas....

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  16. > 6. L'espérance de vie était moins importante.

    Si l'espérance de vie a augmenté, c'est justement parce que les gens ont pu partir à la retraite et se reposer passé 65 voire 60 ans.
    Si l'age de la retraire est repoussé, il faut s'attendre à une diminution de l'espérance de vie.

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  17. Très bon billet, j'arrive à comprendre quelques choses à ces chiffres ardus!

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  18. Le Coucou,

    Merci ! C'est ce genre de billet qui a fait mon heure de gloire !

    Anonyme,

    Oui, et si Jeanne d'Arc avait une grosse bite, on en parlerait moins.

    JFCros,

    Votre commentaire est parfait. Il me déclenche une crise d'hilarité exemplaire.

    Vous êtes typiquement de droite : vous bâtissez une théorie sur votre cas personne en balançant une haine des thérociens... En construisant cette théorie sur une énormité. Par DEFINITION, les matières premières ne rentrent pas dans la valeur ajoutée.

    Avec ce genre de raisonnement, ça ne m'étonne pas que vous ne gagnez pas d'oseille et vous devriez en gagner beaucoup plus en vendant votre entreprise, à condition que la plus-value soit justement imposée.

    Cela dit, avant de brailler, vous auriez du lire mes précédents commentaires où je défends les entreprises familiales.

    Cela dit, encore, je devrais mémoriser votre commentaire et ma réponse pour en faire un billet mémorable.

    Cela dit, toujours, je ne sais même pas si vous vous rendez compte que par un tel commentaire, vous défendez un système économique qui vous pousse à votre perte !

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  19. J'adore cette "ouverture d'esprit" et votre sémantique... Haine, théoricien, brailler... Je note simplement une aptitude certaine à accepter la position de l'autre. Ce système économique pour l'heure m'a simplement permis de créer et faire vivre une vingtaine de foyers. Et rassurez vous, je n'ai aucune envie de vendre mon entreprise car même si je gagne pas d'argent, chose que vous semblez regretter, j'ai du plaisir à travailler et à apporter un semblant de "plaisir" à mes clients. Et oui, pour moi, qui suis a priori typiquement de droite (vous m'accompagnerez dans l'isoloir...), le mot travail n'est pas une insulte...

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  20. JFC,

    C'est vous qui avez raconté des conneries sur la valeur ajoutée, pas moi...

    Si vous travaillez vous rapporte uniquement du plaisir pour vos clients, c'est bien, mais c'est votre problème. Mais il y a en France environ 24 millions de personnes (de mémoire) qui travaillent pour vivre, pour gagner de l'oseille pour donner à bouffer à leurs mômes...

    Si vous trouvez un billet ou un commentaire dans mon blog où je dénigre le travail, merci de me le signaler. Je dis juste que ça n'est pas une fin en soi.

    Mais arrêtez de vouloir nous faire croire que vous êtes un exemple : les gens travaillent pour gagner de l'oseille à 99%.

    Ce n'est pas une question d'ouverture d'esprit, de sémantique, de haine, de théoricien, de brailler : c'est juste une réalité.

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  21. Et, vous n'avez pas lu une partie de mon commentaire où je disais n'avoir rien contre les entrepreneurs !

    Mais n'oubliez jamais que si vous payez la peau des fesses des matières premières, c'est parce qu'elles vous sont vendues par des industriels qui n'ont pas les mêmes complexes que vous.

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  22. Je pense que vous pouvez mettre à côté du graphique un lien un peu plus grand que juste "pompé ici".

    Je n'ai pas la paternité de ce graphique.

    Mais je propose depuis 2006 des analyses qui en effrayeront plus d'un qui se prétend "socialiste".

    www.renovezmaintenant67.eu

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  23. Thomas,

    Si tu agresses chaque blogueur qui te fait de la pub, tes brillantes analyses risquent de rester confidentielles.

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