02 juillet 2012

Tranche de vie, tranche de mort en petite couronne

Comme je le raconte dans mon blog bistro, le Kremlin-Bicêtre était en émoi, hier. « Un sexagénaire est décédé samedi 30 juin lors d'une altercation au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), a-t-on appris ce dimanche 1er juillet de source policière.

Vers 21h30 une bagarre a éclaté entre deux hommes après un différend de voisinage. 

Selon les premiers éléments de l'enquête, le premier, un trentenaire, a frappé le sexagénaire au niveau de la tête. Ce dernier a succombé à ses blessures. »

Les copains, au bistro, pensaient qu’il s’agissait d’Abdel, dit « le roi du Maroc » dans les bistros et dans mon blog. Quelques SMS m’ont permis de vérifier que la rumeur était la même dans tous les bistros. Alors j’ai pensé à appeler un copain qui vit dans le même immeuble. C’est confirmé.

Mon blog vient de perdre un personnage et les bistros de Bicêtre un client.

« Les raisons du différend entre les deux hommes restaient encore floues dimanche, selon la même source. Une vieille dame, chez qui vivait la victime dans des conditions qui étaient également à éclaircir, aurait demandé au jeune homme, qui habite dans le même immeuble, d'intervenir. »

Yvette. 15 ans que je le connais. Une toute petite dame, les cheveux blancs en bataille. Pas d’âge. Plus de 75, sûrement. L’air d’en avoir 90. A une époque, elle faisait partie de la bande. Nous mangions souvent ensemble les dimanches midis puis nous nous sommes presque perdus de vue. Elle passait parfois devant la Comète avec les courses qu’elle faisait chez Leclerc. Elle s’asseyait quelques minutes – au bout de vingt mètres – pour reprendre son souffle avant d’arriver à l’arrêt de bus, 50 mètres plus loin.

La dernière fois que je l’ai vue, c’était un soir, en arrivant. On était le 10 du mois. Elle était passée à La Poste, la retraite n’était pas encore tombée. Elle attendait en terrasse de la Comète. Elle ne savait même pas ce qu’elle attendait. Elle attendait. Elle était descendue du haut de Bicêtre pour faire quelques courses mais serait obligée de redescendre le lendemain, vidant encore un peu plus d’énergie.

C’est Abdel qui lui faisait les courses, le plus souvent. Il lui apportait également un vague complément de loyer, je crois, et lui rendait quelques services, le gros de l’entretien à la maison. En l’échange, il était hébergé par elle, dans son logement social. Je suppose qu’elle avait un trois pièces depuis une autre époque. Abdel n’avait pas les moyens d’avoir un vrai appartement. Il y a quelques années, il a eu un terrible accident (probablement du même type que celui de samedi, il a probablement été agressé mais n’a jamais voulu l’avouer. C’est son problème) et a mis des mois à retrouver un vrai travail (il était cuisinier en brasserie).

Dans le temps, il trainait tous les soirs au bistro. Vers la fin, on ne le voyait plus qu’une deux ou trois fois par mois. Il était passé la semaine dernière, à la Comète.

« . Une vieille dame, chez qui vivait la victime dans des conditions qui étaient également à éclaircir. »

Le journaliste n’a jamais entendu parler des conditions de survie en banlieue Parisienne ?

14 commentaires:

  1. Le journaleux ne sous loue pas ;.) joli texte .

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  2. Pas marrant...

    Billet très touchant en tous cas.

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  3. "Le journaliste n’a jamais entendu parler des conditions de survie en banlieue Parisienne ?"

    Et puis un jour Yvette mourra toute seule...

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  4. Encore faudra-t-il qu'elle arrive à payer son loyer ...
    Mais ce jeune qui tue un vieux, d'un coup de poing ou d'un coup de couteau ..., ça me laisse épouvantée, ce niveau de violence.
    Quelle triste affaire.
    Bz

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  5. Quand les journalistes se mettent à faire les flics...

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  6. Quand j'ai vu le titre, j'ai pensé "Merde, qu'est ce que je vais apprendre ?".
    C'est triste, et stupide, ces morts dans la violence dues à un coup de trop. Deux vies brisées, voire plus.
    Il était gentil, le roi du Maroc.

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