11 janvier 2008

Bloquons la construction Européenne [avant qu'il ne soit trop tard !]

Encore un billet sur l’Europe. Désolé. Obligé… Mon dernier billet date d’au moins 36 heures et a fait l’objet d’une attaque en règle de socialistes du sud de Paris, dans un commentaire où ils critiquent mes positions…

Ils vont même jusqu’à me traiter de trotskiste ! Moi qui suis un pur libéral... sous réserve.

Ses messieurs dames, comme les dirigeants du Parti Socialiste oublient tout simplement de réfléchir au fond du dossier… Ils votent pour l’Europe parce qu’il est nécessaire de faire avance l’Europe, que c’est moderne, que les chefs l’ont dit, qu’ils ne veulent pas être nommé responsable de l’échec, … Ne leur jetons pas la pierre ! J’étais pareil en 2005… avant de tenir un blog politique qui m’oblige à réfléchir un minimum (raconter des conneries pour faire rire les copains nécessite malgré tout un peu de travail) et d’être plongé au cœur du processus Européen pour le boulot. J’y reviendrai.

Ces socialos Européens convaincus en oublient la base : il faut faire l’Europe pour construire une société plus juste, plus humaine, plus sociale, plus prospère, plus… mieux. Pas pour le plaisir de construire l'Europe.

Cela nécessite au moins deux choses qui feront ainsi l’objet des deux volets du billets : une Europe démocratique faite avec le peuple et du libéralisme avec les réserves dont je parlais.

Une Europe démocratique faite avec le peuple

Avant-hier matin, en faisant ma revue de blogs matinale, je découvrais sur le blog d’un copain un projet de directive Européenne relative au traitement (immonde) des immigrés. Il faut bien sûr lutter contre, mais la question n’est pas là. Combien de Français (ou d’Européens…) connaissent ce texte ? Soyons généreux : 1 sur 1000 ? Admettons qu’il soit adopté. Dans un, deux ou trois ans, les lois des différents états devront être adaptées pour en tenir compte. Ca fera l’objet de débat passionnés dans la presse… et on nous dira : « c’est imposé par l’Europe ».

Un deuxième exemple ? Bon ! D’accord. Depuis quelques temps, il y a sur les blogs et ailleurs des débats sur la privatisation de EDF et de GDF. Ces débats sont d’ailleurs en partie responsables de ma volte-face sur la construction Européenne. Parmi les arguments, on nous dit : « de toute manière, la privatisation est imposée par Bruxelles suite à la signature par Lionel Jospin » de je ne sais plus quel traité. Petit 1 : c’est faux (la directive portait sur l’ouverture des marchés pas la suppression des services publics ou la nécessité de privatiser). Petit 2 : on démantèle les services publics au nom de l’Europe.

Il faut que tout cela cesse ! Il faut que les débats aient lieu dans la presse, les bistros et les blogs avant que les « directives » soient adoptées, pas après ! Or, le nouveau traité ne change rien à ça. On nous dit : « il débloque l’Europe ». Non ! Il débloque la possibilité de faire passer des textes, pas l’acceptation de l’Europe.

Ségolène Royal disait pendant la campagne : « Il faut faire l’Europe par la preuve ». Les trolls de droite se foutaient pourtant bien de sa gueule… Mais elle avait bien raison. Imaginons – pure fiction – que George Bush soit Président des Etats-Unis et décide de faire la guerre en Irak. L’Angleterre souhaite l’accompagner et la France est contre. Quelle est la position de l’Europe ? En quoi le traité aidera-t-il à avoir une politique Européenne ? Quelle sera la position de l’Europe dans ce contexte ?

Nicolas Sarkozy parlait d’un « mini-traité ». On pouvait y croire, un truc simple, éclairant les processus de décision, renforçant la démocratie, … Il n’en est rien ! Le nouveau traité est pire que le précédent (encore moins compréhensible) et n’apporte rien.

Enfin, en introduction, je disais que j’étais « pour » en 2005 « avant d’être plongé au cœur du processus Européen pour le boulot ». Amis socialos Européens convaincus, réfléchissez bien à votre niveau de connaissance des processus démocratiques en Europe. Moi, par exemple, je bosse au siège d’une grande banque Française dans le domaine des moyens de paiement. Je sais donc pas mal de trucs sur l’Europe des paiements puisque j’ai en charge sa mise en œuvre pour la banque : que deviennent les virements Européens, les paiements par carte transfrontaliers ? Réfléchissez bien ! Connaissez-vous quelque chose sur le sujet et surtout quelles sont les instances de tutelle ? Quels rôles ont, respectivement, le Conseil, le Parlement et la Commission dans ce domaine ?

Je vais donner la réponse, ça ira plus vite : aucun. A part la Commission qui doit vérifier que les règles de concurrences sont bien respectées. On peut être pour, on peut être contre, la question n’est pas là. La question est que 99,9 % de la population ne le sait pas, de même que 95% des militants socialos qui ont voté pour, ce que vous utilisez pour justifier la position du Conseil National du PS ! Ca n’est pas un détail : il s’agit de savoir qui met œuvre la possibilité de payer en euros entre deux pays autrement qu’en espèces… Un peu le centre de la construction Européenne !
L'Europe ne sera jamais acceptée si on ne sait pas comment elle fonctionne !

Du libéralisme avec des réserves

J’aime bien me faire traiter de trotskiste… On sait bien que l’économie de marché est le seul système marche à peu près. Ce que nous voudrions, nous gauchiste, c’est que tout cela s’accompagne d’un « minimum » de justice sociale, d’une meilleure redistribution des richesses produites, …

Aucune des décisions prises jusqu’à alors au niveau Européen ne va dans ce sens (ce qui ne veut pas dire que la construction Européenne représente une régression). Tiens ! Je parlais à l’instant d’EDF et de GDF… Réfléchissez à la mise en concurrence. Prenons un exemple réel. Le gouvernement Jospin a procédé à la privatisation d’Air France. Il n’y avait pas le choix pour différentes raisons (on ne va pas interdire aux compagnies étrangères d’atterrir à Roissy !). Il n’empêche qu’il vaut mieux maintenant habiter Marseille ou Nice que Rodez ou Brest. La privatisation d’Air France (et surtout sa mise en concurrence) a créé un déséquilibre entre les citoyens… Un Parisien peut aller voir ses parents à Toulouse pour un week-end en avion mais n’a pas les moyens d’aller voir ses grands-parents à Limoge.

C’est à l’avenir qu’il faut réfléchir en analysant les conséquences de chaque décision (Air France est la première compagnie mondiale, la privatisation n’a pas été un échec). On vit dans une société où dans chacun des pays développés, quel que soit le taux de chômage, 20% de la population vit dans un état de précarité (temps partiels, contrats à la semaine, revenu dérisoire, …).

C’est un constat, pas une analyse politique ou une revendication.

Or, jusqu’à présent, TOUTES les décisions Européennes renforcent ce système. TOUTE la politique économique de l’Europe tourne autour de la concurrence au nom de la liberté. La concurrence arrive donc jusqu’au niveau de l’individu et le système fait que 20% de la population soit précaire pour que les autres ferment leur gueule.

Ca ne fait pas un projet Européen.

L’autre truc grave, dans le libéralisme, c’est que le système aboutit à une concentration du capital (que combattait d’ailleurs Ségolène Royal). Les entreprises se rachètent entre elles, se font racheter par des fonds spéculatifs, … Les seules entreprises qui restent indépendantes sont celles qui pratiquent la sous-traitance et sont manipulées par les grandes entreprises… qui finiront toutes par appartenir au même fond spéculatif… C’est inéluctable… si on n’y prend pas grave ! Un exemple ? D’accord. Il ne reste plus que deux constructeurs de gros avions dans le monde. Le jour où un prendra le large, il pourra racheter l’autre. Il n’y en aura plus qu’un seul, qui pourra pratiquer les tarifs qu’il souhaite, gagner plus de sous, … ce qui lui permettra de racheter un des deux seuls constructeurs automobiles qui restera en place.

Un jour, toute l’économie dépendra d’un seul et unique conseil d’administration. La démocratie sera finie.

En votant contre, on bloque le processus de construction Européen. Tant mieux. La construction Européenne pourra revenir plus tard, quand on aura réfléchi à ce qu’on veut. On ne va pas construire l’Europe par principe, mais pour avoir un beau projet de société pour les siècles à venir.

22 commentaires:

  1. Pas le temps de lire ton billet en entier, désolé (je le lirai + tard), mais d'accord avec toi sur le fond. On est complètement cocus sur cette affaire. La construction européenne est un trop beau projet pour qu'on la transforme en une Union soviétique Bis.

    Tu as peut-être signalé ce site Tous a Versailles le 4 février

    Eric

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  2. Tu as mis ton temps, tu as accouché d'un beau bébé !
    Je relaie car c'est dans le mouv', les gens commencent "juste"à réaliser la supercherie !

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  3. Merci Fanette ! (j'ai effectivement mis du temps, contrairement à d'habitude).

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  4. Jusqu'au titre je suis d'accord, après il faudra que je relise plus attentivement.

    Avant même de me poser la question de ce traité je me demande quelle cohérence il y a à faire une union de pas loin d'une trentaine de pays donc à peine la moitié a adopté l'euro, dont je ne sais pas combien font partie de schengen alors que d'autres ont des dérogations.

    Ensuite pour le SEPA (puisque je suppose que c'est de ça que tu parles), il se fait sous l'égide de la BCE et de l'ECP, mais ce qui est important n'est pas de savoir qui chapeaute mais le fait qu'avoir la même monnaie n'a d'utilité que si les différents moyens de paiement sont utilisables partout dans les mêmes conditions et aux mêmes tarifs.

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  5. L'europe à plusieurs niveau (Euro, Schengen) que tu décrits ne me choque pas. On pourrait très bien faire un groupe spécial avec l'Italie et l'Espagne pour défendre le pinard.

    Pour le SEPA, je ne suis pas d'accord avec toi (d'autant que c'est l'ECB, pas l'ECP). Il est important de savoir que l'ECB qui pilote tout est une émanation des banques privées et n'est soumis à aucun contrôle des instances démocratiques.

    Toute la circulation du pognon dépend exclusivement des puissances financières.

    Qu'on soit pour ou contre, c'est important de le savoir...

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  6. Oups ! Je ferais mieux de la fermer, c'est bien l'ECP !

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  7. Faute de frappe, je voulais écrire EPC (European Payments Council).

    L'union dit aux banquiers vous devez mettre en oeuvre le SEPA et vous avez jusqu'à telle date : la mise en oeuvre technique incombe aux banquiers, c'est normal.

    Le contrôle sera qu'à cette date tout établissement qui ne sera pas en mesure d'assurer l'interopérabilité sera de fait hors jeu.

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  8. Donc, finalement, tu te rallies à ma conviction qui est que l'Europe ne peut se faire que par accord (ou décision) du peuple et que s'en passer amène ce même peuple à se sentir floué !

    Le modèle européen qu'on nous a vendu dans les années 70-80, la Communauté a été remplacé par l'Union. Du coup, ce n'est plus vraiment l'idée de départ qui est en route mais bien un simple projet au service des ultra-libéraux !

    [bel article !]

    :-)

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  9. Kesjendi,

    Le fait de savoir si c'est normal ou non n'est pas le problème. Je dis d'ailleurs "Qu'on soit pour ou contre, c'est important de le savoir".

    Or tant que je n'ai pas eu une formation sur le boulot, je ne le savais pas.

    N.B. : Cette histoire d'EPC m'entraîne dans les erreurs à répétition (ECP, ECB, ...) !

    Sur l'aspect normal ou pas, pour les aspects techniques, c'est normal ! Ce n'est pas le parlement européen qui va décider d'un protocole de communication entre un terminal de paiement et un serveur !

    Mais il n'y a pas que les aspects techniques !

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  10. Si je devais résumer, je ne pourrais pas mieux dire :
    "il faut faire l’Europe pour construire une société plus juste, plus humaine, plus sociale, plus prospère, plus… mieux. Pas pour le plaisir de construire l'Europe."

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  11. Poireau,

    Merci. Ce n'est pas uniquement le referendum qu'il faut exiger, mais le retrait du tout...

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  12. moi je suis presque d'accord à 100%, mais je dis:

    1/ Adoptons ce truc, de toute façons la gauche n'a pas la minorité de blocage des 2/5 au congrès: le calcul je l'ai déjà fait sur mon blog. Donc ça ne sert à rien de voter non, blanc ou de ne pas y aller.

    2/ Lançons un mouvement européen pour utiliser le droit de pétition pour demander une révision démocratique qui parte de l'idée initiale. Ca demandera une initiative européenne, avec du débat, de l'action et des idées.

    3/ Nous avons dejà bloqué le truc une fois, quel a été le bilan? des reculs obtenus par les conservateurs polonais et les anglais.

    4/ J'attend les insultes: J'ai voté NON en 2005 par ce que dans mon esprit on doit construire une Europe fédérale à 5 ou 6 et laisser les autres en mode tiroir-caisse. Cette idée fédérale n'est pas du tout majoritaire!

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  13. Dagrouik,

    1/ Oui, j'ai vu le billet chez toi. Même les partisans du "oui" pourrait voter "non", rien que pour faire chier Sarkozy.

    2/ Oui ! Il faut un truc fondateur, qui parte des gens, pas des technocrates.

    3/ Oui ! Mais ça a été débloqué par viol. Si on pouvait contrevioler ce truc.

    4/ Pour le fédéralisme, je ne sais pas. Oui pour les 5 ou 6 pour construire un nouveau truc.

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  14. Il y a certaines chose qui m'ont échappée (je suis sans doute dans la mauvaise tranche d'âge , à moins qu'alzheimer ne me guette) cependant , je suis d'accord avec toi. Il faut se bouger nous les GENS et dire "NON". J'ai dit non en 2005 , et dis encore plus non aujourd'hui. Parce que je prends l'exemple de l'Espagne , le coin de Monsieur mon époux, il y a énormément d 'européens de l'est aui y ont émigré. Et les entreprises embauche à qui mieux mieux ces travailleurs , qui acceptent même les pires conditions de travail et ce qui se passe aujourd'hui est que :
    Les jeunes , même les très très diplômés doivent travailler pour une misère et pour ceux qui ont du travail. Or , bien que ce pays ne soit pas très peuplé, il y a une concurrence énorme . La qualité de vie à considérablement baisser et le niveau de vie à beaucoup monté.
    Ceux qui n'ont pas d'argent vivent très mal . on s'endette pour l'éternité (façon de dire les choses) pour payer un logement ..
    Bref , l'Europe qu'on veut nous imposer et une Europe qui va instaurer la misère noire !!
    les espagnols commencent à réfléchir , eux qui ont voté pour et à regretter leur "OUI".
    je ne sais pas si ce témoignage est dans le ton mais voilà. Il faut se battre pour sortir de là.

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  15. @nicolas: Tu vois on est d'accord sur le fond, il faut re-inventer l'europe,parler de république européenne, de fédération, de coopérations avancées! Et ces idées là sont transverses: on trouvera des libéraux pour nous soutenir, des gens de droite aussi, et peut-être des gauchistes moins cons que la moyenne.

    Alors quand je vois le PS faire cette comédie, j'ai envie de donner des claques à Ayrault. Mais j'ai décidé de ne plus trop taper contre mon propre camp, ça m'énerve trop sinon.

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  16. mc,

    Je ne suis pas d'accord avec toi, il ne faut pas bloquer la construction européenne, juste le texte actuel et la manière dont elle est menée.

    Avant d'entrer dans l'Europe (et ce n'est pas si vieux que ça) et le Portugal étaient dans une misère totale, ils ont pu avoir une très belle croissance avec l'Europe et venir se rapprocher de notre niveau de vie. Il ne faut pas que les Espagnols oublient comment ils vivaient il y a 20 ans... Les maux actuels de l'Espagne sont les mêmes que les nôtres !

    Dagrouik,

    Moi je continue à taper sur la direction du PS qui me les brise.

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  17. Les espagnols n'ont pas oublier du tout ce qu'ils doivent à l'Europe et ils ne veullent pas bloquer le procesus, je me suis mal exprimée. Et je ne suis pas moi-même contre l'europe , d'ailleurs , je dis souvent qu'il faut s'unir entre peuples pour obtenir l'humanisation de nos sociétés .je ne suis sans doute pas très qualifiée pour débattre de l'économie de marché . par contre le fait que tout soit mis en concurrence et que les salaires soient tirés vers le bas en utilisant le "plombier polonais ", ça cré , tout de même , un phénomène d'aspiration vers le bas du à l'économie libérale.
    Ceci dit , j'ai bien besoin d'explications supplémentaires ..

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  18. mc,

    Oui... Tout le mal vient de "la concurrence" qui est devenues, connement, un des objectifs de l'Europe.

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  19. Il n'est pas anormal qu'on ignore quantité de procédures mises en route par les différentes instances européennes, mais voter dans l'ignorance n'est vraiment pas défendable. Pire: faire confiance ou prendre pour argent comptant un ensemble d'arguments fallacieux présentant les choses comme naturelles , inéluctables. C'est tout le travail ( de demystification) entre autres, d'un Jacques Généreux dans son ouvrage remarquable sur LA DISSOCIÉTÉ (Seuil). Comment nous fourguer un imaginaire pseudo économique, pseudo scientifique, avec des images toutes simples! Surtout quand on y connaît pas grand chose... La droite a toujours su faire ça très bien. Ils savent ce qu'ils peuvent perdre, eux! Oui, il y a de quoi être en colère. "C'est toute la question des rapports entre violence et consentement dans la genèse et la perpétuation des rapports de domination et d'exploitation caractéristiques des sociétés inégalitaires qui se trouve à la fois posée et éclairée par le jeu des liens entre l'Imaginaire ( fabrique d'idées, d'images) et le Symbolique (les moyens) dans la production des rapports sociaux" Maurice Godelier, Au fondement des sociétés humaines". Désolé de citer, ça fait pédant, mais bon. Avec Sarkozy c'est une accélération terrifiante de ce façonnage de LEUR imaginaire en Nos têtes.

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