28 mai 2011

Un candidat et des institutions

Après la fameuse lettre aux responsables politiques de gauche, les débats ont fusé dans tous les sens et une question rituelle a tourné : « Et toi, es-tu prêt à voter pour un candidat qui n’est pas issu de ta formation politique ? » L’idée m’a traversé l’esprit de lancer une chaîne de blogs, à ce sujet, mais je suis fatigué parce qu’on s’égare. Je n’ai rien à cirer de la Porsche de DSK ou de la normalitude d’Hollande mais on ne parle que de ça, en plus des boites noires qui parlent et des épidémies de concombres qu’il faudrait maintenant consommer avec des préservatifs.

« Et toi, es-tu prêt à voter pour un candidat qui n’est pas issu de ta formation politique ? »

Oui, je suis prêt.

Ces polémiques sont stériles. On perd du temps et j’en perds encore plus ce matin.

La lettre sera peut-être entendue. Jean-Louis Bianco n’y croit pas mais il soutient la démarche (qu’il en soit félicité et remercié !). En commentaires de son billet, il répond à Bembelly : « Cette unité est sans doute essentielle pour garantir la victoire de 2012. Mais alors que nous avons été nombreux à les solliciter, les autres partis de gauche n’ont (jusqu’à présent) pas souhaité s’associer à cette démarche craignant sans doute que la ou le candidat désigné(e) lors de ces primaires ne soit pas issu(e) de leurs formations politiques. »

Il a raison. Les autres formations de gauche n’ont pas voulu jouer le jeu des primaires ouvertes. Ils vont jouer à autre chose, pendant un an, ils n’auront rien pour eux ensuite, ils vont taper sur le PS. Si Nicolas Sarkozy gagne, ils vont mettre la défaite sur le dos du PS. Et pendant cinq ans, on sera à nouveau dans l’opposition. Sarkofrance ne prendra pas sa retraite.

Si Nicolas Sarkozy gagne, l’année 2013 risque d’être particulièrement joyeuse pour les formations de gauche : il faudra négocier en vue de l’élection territoriale de 2014.

J’en avais fait des billets au moment des cantonales mais j’ai l’impression d’avoir été le seul blogueur à s’intéresser au sujet. Je vais faire court : il y aura un important redécoupage des cantons pour en diminuer le nombre. Les cantons seront donc beaucoup plus gros, donc beaucoup plus difficiles à gagner pour les petites formations politiques qui ont des fiefs historiques. Par ailleurs, les régionales ne seront plus à partir de scrutins de listes sur un mode proportionnel. Les petits partis politiques vont perdre beaucoup de poids, voire l’immense majorité des élus (hors échelons municipaux dans des fiefs historiques).

2013 va être joyeux parce qu’il faudra se partager un gâteau mais chacun voudra toutes les parts. Mon canton : un conseiller général communiste dans le fief du MRC en Ile de France. A qui réserver le futur grand canton ? Un élu coco en moins au département ou un élu MRC en moins à la région ? Ou un de chaque ?

Le bipartisme est en marche…

Mais les petites formations politiques de gauche jouent la fine bouche pour la Présidentielle, la seule élection réellement importante en France. Mais elles mettent en jeu leur survie politique et la seule solution possible pour écarter la droite du pouvoir.

« Et toi, es-tu prêt à voter pour un candidat qui n’est pas issu de ta formation politique ? »

Oui évidemment. Je soutiendrai le candidat qui sera issu des primaires, qu’elles soient ouvertes (ce que je souhaite) ou internes au PS. Rien n’empêche les candidats des autres formations de gauche de s’inscrire aux primaires. Mais la démarche préconisée dans « la lettre » me parait largement préférable. On se met d’accord sur un projet. Et ensuite, on choisis un candidat.

Que je soutiendrais quoiqu’il arrive : je suis démocrate. Je joue le jeu des institutions.

Mais il me parait souhaitable que ces primaires désignent un candidat capable de gagner la Présidentielle et pour l’instant je n’en vois que deux.

Les petites formations politiques refusent de se mettre autour d’une table pour en discuter parce ce qu’elles ont peur de perdre une illusoire indépendance qu’elles conservent quelques années avant de disparaître. Je ne vois pas pourquoi je discuterais du projet avec elles. Qu’elles se débrouillent… Pour ma part, je voterai pour le candidat qui sera issu du Parti Socialiste, sauf miracle, puisque, au dernier scrutin national, le PS (avec le PRG) représentait plus de la moitié de la gauche.

« Et toi, es-tu prêt à voter pour un candidat qui n’est pas issu de ta formation politique ? »

Je ne suis pas issu d’une formation politique. Je ne suis membre d’aucun parti politique. Dans ma commune, je soutiens le MRC, dans mon canton le PC et aux niveaux supérieurs, j’ai tendance à voter allègrement PS, le tout ne m’empêchant pas d’être très proche du PS local et de passer une partie de mes soirées avec un éminent membres des écolos locaux…

La seule solution que je vois pour ne pas voter pour le candidat socialo au premier tour de la Présidentielle est que le Parti Socialiste ne présente pas de candidat et la seule solution pour que ça arrive, c’est qu’un accord intervienne entre les différents partis de gauche, sur la base d’un projet puis du choix du meilleur candidat pour l’incarner.

La probabilité qu’il ne soit pas du PS est faible, je veux bien le reconnaître.

« Et toi, es-tu prêt à voter pour un candidat qui n’est pas issu de ta formation politique ? »

Je ne vois pas pourquoi on me pose une question aussi idiote ; la question ne se pose pas.

Alors il est temps d’arrêter de se poser cette question. Ca fait deux ou trois mois que « les médias » ne parlent que des candidats putatifs en oubliant le projet, parce que c’est qui leur fait vendre des journaux, parce que c’est ce qu’attendent les gens.

Alors, parmi les candidats disponibles pour représenter la gauche aux élections, il serait peut-être temps qu’ils se prononcent sur leur manière de voir les institutions et leurs évolutions. Un seul l’a fait réellement, en les mettant au cœur de son projet, Arnaud Montebourg (représenté par l’ineffable Rimbus dans la blogosphère).

Je souhaite, pour ma part, que l’on supprime cette présidentialisation du régime, que l’on introduise de la proportionnelle à tous les étages (alors qu’un va être supprimé en 2014 et un autre compromis, l’élargissement des cantons favorise les gros partis).

Pour qu’enfin, on puisse parler projet, pour qu’enfin, on puisse faire de la politique.

7 commentaires:

  1. Moi, depuis quelques années, dès le premier tour c'est PS !
    Alors : Allez Gasquet !
    :)

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  2. PUJOL Michel28 mai, 2011 12:18

    Moi qui suis adhérent du Pcf, je vais voter pour un candidat qui n'est pas issu de mon Parti, je vais voter au 1er tour pour J.L. Melenchon, qui est socialiste et qui s'est clairement prononcé pour une VIème république et la proportionnelle à toutes les élections.
    Parler de programme commun, c'est nier l'existence de deux pôle concurrent à gauche, et du fond du débat entre transformer le système capitaliste ou se résoudre au mieux, à vouloir en limiter les excès.

    Au 1er tour,refuser ce débat principal sur le contenu du changement devant les Français ne ferait gagner que ceux qui veulent que rien ne change.

    Car tant que le PS sera hégémonique à gauche, il ne pourra y avoir de réelle alternative à une politique libérale si douce aux marchés et si dure aux sans grades, à ceux d'en bas si destructrice des institutions solidaires construites après 1945.

    Politique aujourd'hui appliquée avec tant de zèle par des socialistes en Espagne ou en Grèce et soutenue par le PS français.

    Il me sera bien suffisant de choisir le moins pire au deuxième tour.

    Mais peut être avez vous peur que le PS ne soit pas présent au deuxième tour, vu ses prises de position actuelles.
    Rassurez-vous vous ne sortez pas comme avec L.Jospin d'une séquence de gouvernement.
    Mais avez vous oublié qu'avec S.Royale, même présent au deuxième tour vous avez perdu les élections, car votre proposition politique ne mobilise plus, n'a plus de souffle mobilisateur.

    Alors oui la nouveauté à gauche et ce qui peut faire dynamique pour une victoire de la gauche au 2ème tour, c'est une forte progression du Front de gauche au 1er tour.

    C'est cela serait bon pour tous les gens de gauche.

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  3. Beaucoup ont voté pour un candidat qui n'était pas de leur camp en 2002.

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  4. Captain,

    Ouais...

    Michel,

    Ton parti refusant tout débat bloquant ainsi tout progrès social en représentant bien moins de 10% des électeurs mais restant la vraie gauche, tu as raison de venir papoter ici.

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  5. Ça fait de longues années que je vote pour un candidat qui n'est pas issu de ma formation politique ! J'en suis pourtant secrétaire général, porte-parole, trésorier, bureau politique, et seul militant.

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