08 janvier 2013

Réseaux sociaux : parler aux cons ?

C'est la journée Twitter, aujourd'hui. Le TGI de Paris doit étudier un référé initié par l'Union des étudiants juifs de France. L'ami Guy Birenbaum en a fait le sujet de sa chronique, ce matin, sur Europe 1 (mais je n'ai pas pu écouter dans le métro... mais je suis d’accord avec le titre de son billet…). Le quotidien gratuit 20 minutes y consacre une pleine page.

Des imbéciles ont tenu dans Twitter des propos antisémites et on commence à voir fleurir un tas de conneries pour lesquelles les auteurs mériteraient largement des baffes.

N'importe quel abruti peut écrire des conneries dans son blog (il n'y a pas que Twitter !), je peux donc en profiter.

Ça nous ramène au billet léger que j'ai fait hier soir. Des confrères veulent mettre en place une charte d'éthique pour les blogs politiques. Ça me fait rigoler parce qu'elle sera signée par un tas de gugusses qui ont passé 5 ans à se moquer de la taille de Nicolas Sarkozy ou à diffuser des photos trafiquées des femmes ministres...

Ça nous ramène surtout à ce que l'on peut dire ou pas sur le web. Quand je suis au bistro, le soir, je sors des blagues racistes à mon camarade Tonnégrande et ça le fait rigoler : il sait qu'il n'y a aucune méchanceté derrière. Il me répond par des plaisanteries sur les gros (obèsophobes ?). C'est mal mais ça m'amuse quand même.

J'imagine que je pourrais tomber sur une blague raciste dans Twitter avec Tonnégrande à côté de moi et la lui faire suivre (RT ... CC @Tonnegrande). J'aurais alors commis une abomination aux yeux de la loi.

Hier, mon amie Elooooody a fait un billet de blog pour présenter des blogs politiques tenus par des femmes. Ma copine Doudette qui était citée a commenté, pour rigoler "Et oui, les femmes pensent !". J'ai répondu une connerie du genre " C'est nouveau ? ;-)"  Je me suis fait tomber dessus par une féministe qui voudrait que cessent ces plaisanteries à caractère sexiste (même si je n'étais qu'un prétexte, c'est Doudette qui a tiré la première).

Si on supprime les blagues sexistes, racistes, homophobes, antisémite,... d'Internet, on finira par interdire les blogs "tricot" soit parce qu'ils stigmatisent les manchots soit parce que dans l'inconscient collectif ils sont réservés aux femmes.  Tiens ! J'ai fait une plaisanterie sur les manchots. Je vais me faire tomber dessus par des pingouins. Arg ! Je m'enfonce. J'ai fait un odieux amalgame entre ces deux bestioles.

Que peut-on faire de nos lascars de Twitter ? Dans la presse, on nous dit que les tweets peuvent être lus par des millions de gens. C’est certes vrai mais dans la pratique ce n’est pas le cas. Un tweet est lu par les quatre ou cinq abonnés (ou même 1000 si vous voulez) qui passent par là au moment où il est émis. S’ils sont vus plus, c’est parce que loustics y font écho. Ils font buzzer le truc. Ils « RT » en masse. Ceux qui RT sont donc autant « répréhensibles » que les auteurs initiaux.

Dans les commentaires chez Elooooody, la féministe dit, à un moment : « Il s'agit de discrimination sexiste bête et gratuite sous couvert d'humour, le smiley derrière devant dédommager soit-disant ce qui n'est en fait qu'une agression GRATUITE. C'est comme si tu étais noir et qu'il viendrait le bec enfariné écrire "ya bonbon banania ? ;)", genre. Puis ajouter "c'est de l'humour, hein !". Euh...l'humour ce n'est pas cela ! »

Je vois mal comment quelqu’un peut se permettre de juger ce qu’est l’humour et ce qu’on peut dire.

Je vais donc prendre au hasard les derniers billets des blogs auxquels je suis abonné et que je n’ai pas encore lus.

Il y a celui de l’Amiral. Il commence par : « Ce qu’il y a de bien avec la modernité alanguie, comme la fille qui vient de se faire farcir tous les orifices de force mais se persuade qu’elle a été aimée pour ne pas se trancher la gorge, telle que nous la supportons c’est à quel point elle peut être à géométrie variable. » Il faut connaître l’Amiral pour comprendre ce qu’il dit. On peut néanmoins penser qu’il se moque d’une femme violée. C’est mal. Ne lisez pas la suite de son billet, vous auriez immédiatement envie de l’égorger.

C’est malin ! Prendre des billets « au hasard » pour dénoncer ce qui n’est pas correct et tomber sur un billet de l’Amiral.

Il a celui de Fred. C’est un blogueur Geek. C’est un système d’exploitation libre. « Ubuntu for Phones sera disponible à partir du mois de février ! Formidable, mais notez tout-de-même que tout le monde ne pourra pas en profiter à cette date. » Ubuntu, vous ne trouverez pas que ça sonne un peu Africain ? Cette phrase ne serait-elle pas une phrase stigmatisation de nos congénères d’Afrique noire, incapables de mettre leur truc à disposition pour tout le monde ? (Fred, si tu passes par là, je plaisante).

Il a celui de Princesse. Elle fait la liste des blogs tenus par des femmes qu’elle lit régulièrement. « Après tout ça, je lis bien sûr d'autres blogs tenus par des femmes, comme les blogueuses cuisines par exemple, dont j'a-d-oooo-re les blogs et que je lis re-li-gieu-se-ment ! » Mon Dieu ! A croire que les blogs cuisine seraient tenus par des femmes et seraient tous frivoles.

Il y a celui de Homer qui, comme moi, parle de Twitter. Il termine par : « Autrement, j'aime pas non plus les tweets qui ressassent des actus qu'on trouve en une de Google. Ça sert à rien. » Entre nous (mais ne le répétez pas), il est carrément en train de traiter de cons ceux qui font n’importe quoi dans Twitter.

Il y a celui d’Olivier qui est un blogueur Français installé en Chine et qui blogue à propos de son pays d’adoption. « La Chine représente le 3ème plus gros importateur de cognac derrière les Etats-Unis et Singapour. » Ne serait-il pas en train de traiter nos amis étrangers d’alcooliques ?

Il y a celui de Guy dont je parlais en introduction : « Il faut parler aux cons. » Mon Dieu ! Quelle stigmatisation !

Il y a celui de Trublyonne où elle parle de son blog. « Même si aux yeux de certains je commence à représenter une vieille icône du web politique - du web tout cours d'ailleurs. » Là, elle stigmatise beaucoup de gens, surtout elle-même.

Les types, sur Twitter, ont fait des conneries. Le fait de faire la une des journaux pourrait les inciter à réfléchir. Ca pourrait aussi inciter d’autres andouilles à faire des conneries. Si, au point, ça pouvait inciter les Twittos à ne pas mettre en valeur les conneries en pratiquant le RT de masse et en rebondissant sur un tag idiot.

Par contre, nous devons veiller à la liberté d’expression. Sinon, Brigitte Bardot va me tomber dessus : j’ai dit du mal des pingouins et des manchots, dans ce billet.

(illustration)

15 commentaires:

  1. Cette peur panique de ne plus pouvoir se moquer impunément de tout ce qui sort du standard homme blanc CSP+ catho...

    "On peut plus rien dire!"

    "Si on peut plus se moquer des obèses et des handicapés, alors de qui le peut on?"

    Le fameux "second degré" dont tout le monde se réclame n' en est pas. Ces "blagues" (qui effectivement en sont, mais je trouve l'humour des dominants chiant et attendu) repose générallement sur le ressort "c'est drôle parce que c'est vrai" ("ho allez, dans le fond, qaund même un peu...") et non pas "c'est drôle parce que c'est le contraire".

    Donc bon, n' allons pas faire passer ça pour plus subversif que ça l'est.

    Qui plus, pour avoir été mettre le nez dans tout ça, il est apparu de façon assez évidente que c' était très loin d' être de l'humour (c'est revendiqué comme, mais il suffit juste de faire remarquer l'ineptie aux auteurs pour qu'ils vous dégueulent toute leur haine d'un coup). C'est ça en fait, qui me fait flipper moi.

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    1. Pas d'accord. Du moins ça dépend qui. Mon copain Marcel est raciste mais va toujours en vacances à l'étranger. Je lui demande toujours au retour s'il n'y avait pas trop d'étrangers. Il me réponds généralement : oui mais on ne peut rien dire ils sont chez eux. Et nous embrayons sur des plaisanteries racistes. Ils ne se rend compte que je me fous de sa gueule et que c'est ça qui fait rire les clients du bistro qui me connaissent.

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  2. Je l'ai écoutée, cette chronique. Il rappelle des évidences (ce n'est pas une critique).
    Je recommande, dans la même veine, un excellent article du Courrier International: Najat Vallaud Belkacem réinvente la censure

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    1. Oui. Les ministres racontent n'importe quoi, parfois.

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  3. Alors? On parle aux cons ou pas?

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    1. Fait bien. Sinon on ne parlerait à personne.

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  4. Quand j'ai entendu Birenbaum, j'ai enfin compris pourquoi j'me parle toute seule ...

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    1. Je ne pourrais l'écouter que ce soir au bistro.

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    2. Bien la chronique de Guy B. mais il faut être patient.

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  5. Bah, j'assume. S'il n'y a pas de valeur ajoutée à l'info twittée, c'est con.

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    1. Ce n'était pas une critique ! Il n'y a pas à assumer. Je ne vais quasiment plus jamais dans Twitter sauf pour voir si on me cause (et pour répondre, donc...).

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  6. Ma mère habite aux US, et elle me disait justement que là bas, en tout cas dans son entourage, de plus en plus, elle doit faire hyper gaffe avant de dire quoique ce soit, et que les gens ont arrêté tout humour, car ils ont peur de heurter par mégarde une sensibilité quelconque et de se prendre un procès pour "attaque verbale" , ou autre attaque possible, la liste est infinie ...

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  7. Logiquement un tel billet se termine irrémédiablement par un commentateur venant nous asséner : "Comme disait Desproges: On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde."

    Là non. Ça fait du bien ;-)



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