12 juin 2012

Entre l'axe du bien et la digue qui craque

Ce qu’il y a de bien quand on gagne une élection, c’est qu’on peut se moquer de ceux qui ont perdu et leur donner des conseils… Ils auront du mal à démontrer qu’on a tort.

Mon pote Mathieu Le Privilégié revient ce matin sur l’échec du Front de Gauche. Tout d’abord cet échec est relatif. Certes Jean-Luc Mélenchon a pris une baffe et le nombre de députés communistes va baisser mais le score aux législatives n’avait pas été aussi élevé depuis 1997.

Dans son billet, Mathieu laisse entendre que le Front de Gauche n’est pas responsable de la montée du Front National. C’est une vieille rengaine depuis 30 ans. La droite a accusé Mitterrand d’avoir faire monter le Front National. En fait, c’est toujours de la faute des autres. Pourtant, aucune formation politique ne doit s’exonérer de sa propre responsabilité.

Outre le fait que le Front de Gauche a mis Marine Le Pen sur le devant de la scène assurant sa publicité et même si la baisse du Parti Communiste est constante depuis 40 ans (alors que la gauche est redevenue trois fois majoritaire à l’Assemblée Nationale), la principale baisse du Parti Communiste date de 1988. En 1981, le PCF avait 9% des sièges contre 4,.3 en 1988. Or, c’est au cours de cette période que le Front National a explosé (le père Le Pen ayant fait 14% en 1988). Il me parait intéressant pour le Front de Gauche de mieux observer cette période, non pas en tapant sur les socialos ou la participation au gouvernement, mais l’évolution de ses propres thèmes de campagne. L'axe du bien n'est pas toujours porteur.

Mais la droite m’intéresse plus, ce matin. La digue a craqué comme on dit. L’UMP cumule des appels vers l’extrême droite. Tiens ! Même NKM a craqué, elle disait encore récemment qu’elle appellerait à voter pour le sociolo en cas de duel avec le FN, ce qui lui a valu une fatwa de Marine Le Pen. On a « tous » entendu Nadine Morano, dimanche soir qui s’adressait aux électeurs du FN. Voila Mme Grosskott (de Maille ? Non. De Mulhouse) qui l’imite. D’après mes camarades blogueurs, Jean-François Copé aurait franchi le pas.

Ca sent la panique à l’UMP, à nouveau ! Bientôt, Alain Juppé va se lancer à son tour. Pour l’instant, il sert de caution propre à la droite mais il pourrait chuter… Ah ? C’est fait ! Sur France Inter, ce matin.

Ont-ils raisons ? Ont-ils tort ?

A droite, on pense qu’ils ont raison, qu’ils doivent prendre leurs responsabilités.

J’aurais tendance à penser le contraire. On nous dit que deux tiers des électeurs de l’UMP est favorable à un rapprochement avec le Front National. C’est peut-être le cas mais l’UMP n’a plus beaucoup d’électeurs… L’UMP et ses alliés ont fait 34%. Les deux tiers représentent environ 23% des voix. Si on y ajouter les 13,6 du FN et en poussant un peu, on arrive à 40% alors que le PS et ses alliés arrivent à 46% (le rapport de force est à peu près le même – un peu moins bon, peut-être – pour la Présidentielle). Au cas par cas, dans une circonscription, la stratégie peut être gagnante. L’UMP arrivera peut-être à sauver une cinquantaine de sièges (personne ne peut le savoir) mais n’aura pas la majorité à l’Assemblée Nationale.

Ca cogite sec dans les états-majors ! Je suppose qu’un consultant avec une cravate à réussi à convaincre les cadres de l’UMP que les alliances locales avec le FN sont nécessaires pour reconquérir des villes, des cantons (donc des départements) et des régions. Il a parfaitement raison mais de toute manière, la droite ne peut plus perdre d’échelons locaux : la gauche ne pourra pas rester indéfiniment en tête partout…

Par contre, la droite risque d’avoir une longue traversée du désert au niveau national…

Je souhaite bien du courage à mes potes du Parti Communiste et à mes « ennemis » de l’UMP, même si la gauche n’est pas restée majoritaire, au plan national, plus de 5 ans depuis très longtemps (voire jamais, d’ailleurs).

20 commentaires:

  1. Ah, une réponse !

    Sur la responsabilité de la montée du FN, je maintiens que ce parti monte quand le désespoir s'accroît dans la population. Le FdG y a une responsabilité, rien que parce que le PCF a participé à des majorités et à des gouvernements depuis le début des années 1980 et n'a pas empêché une partie de la population de perdre de sa qualité de vie.

    Par contre, beaucoup de militants de droite ont dit que Mélenchon, par sa campagne, était responsable du score de MLP aux présidentielles. C'est comique, quand on se souvient que Sarkozy se vantait d'avoir siphonné le FN en 2007. Le siphon s'est transformé en fontaine !

    Sur l'axe du bien, jamais entendu cette expression. Le FdG a un programme, qui diffère du PS sur de nombreux points. J'espère qu'il continuera à le promouvoir, que le PS en prendra des morceaux après s'être rendu compte qu'il se trompe sur certains points, et qu'un jour, on sera au pouvoir pour l'appliquer directement.

    Mais l'adversaire reste la droite, j'espère que cela est clair.

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    1. La montée du FN a plusieurs cause mais le FdG ne peut pas s'exonérer de ses responsabilités.

      Le Front Nationale a piqué le fond de commerce du PC dans les années 80. En 81, c'est le PC qui tapait sur les immigrés.

      Maintenant, sur tous les volets societaux, il ne répond plus à ce qui pourrait répondre aux attentes de ses électeurs. La palme revient dans leur basculement vers l'écologie.

      Le PC puis le Front de Gauche sont tombés dans l'axe du bien.

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    2. Au fait, les trolls ! Ne m'insultez pas. Je ne fais que répondre à un commentaire. C'est à vous d'expliquer votre échec, faites le sans éluder les sujets.

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    3. Ton raisonnement ne tient pas complètement.

      D'abord, je ne crois pas que les pauvres soient tous axés sur l'idée de taper sur les immigrés. Apparemment, 30% des ouvriers votent FN, ce qui veut dire que les autres votent ailleurs. Le FdG ne réussirait donc pas plus en se mettant à faire du Marchais 1981. Si c'est cela qui explique ton expression "axe du bien", tant mieux. De plus, le FdG s'est clairement positionné sur la laïcité mais aussi sur un discours intégrateur à l'égard des immigrés. De toute façon, on ne pourra pas non plus convaincre les racistes de ne plus l'être. Par contre, on peut travailler sur les autres.

      Sur le programme, celui du FdG est assez nouveau dans le paysage politique français. Certaines idées sont déjà passées, comme celle des prêts directs de la BCE aux Etats. Pour le reste, il est intéressant de proposer des voies innovantes à tous : l'écologie est une voie possible pour créer de l'activité et des emplois, bien plus que de s'en prendre aux immigrés. Faire passer ces propositions prendra du temps.

      L'erreur de Mélenchon a été de croire qu'on pouvait le faire en trois mois, alors que les autres forces politiques sont sur leurs axes depuis trente ans, FN compris.

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    4. "pas complètement" ? Donc un peu.

      Le problème de l'immigration n'est pas que le racisme. Le FSG en défendant les musulmans, les étrangers, ... donne l'impression au peuple qu'on ne s'occupe pas de lui.

      Dans ton commentaire, tu ne cites qu'un exemple : le prêt aux états. Le peuple s'en fout.

      Enfin, et en plus, le FSG donne l'impression de s'occuper essentiellement des ouvriers. Or les ouvriers qui votent éventuellement électeurs de gauche (n'oublions pas qu'il y a beaucoup qui sont ancrés dans une droite traditionnelle) sont très peu nombreux (par rapport au pourcentage des inscrits).

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    5. Oui, mais pourquoi doit-on opposer la volonté d'intégrer les immigrés et l'aide au reste de la population en difficulté ? La seule façon de briser ce cercle, c'est d'améliorer les conditions de vie de toute la population.

      Le prêt aux Etats par la BCE est la seule façon de relâcher la pression de la dette. Le peuple s'en fiche peut-être pour le moment, mais c'est fondamental. Quand les impôts augmenteront et/ou qu'on massacrera encore plus les services publics ou le système social, cela deviendra une priorité. Et là, on verra si Hollande parvient à casser le consensus européen sur la dette ou s'il nous la fera payer.

      Sur les ouvriers, c'est vrai. J'imagine qu'il est plus difficile de parler aux multiples contrats précaires des services. Tu as raison, il faut y bosser.

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    6. Mathieu,

      Il ne s'agit pas d'opposer mais d'analyser froidement. Je réponds par une pirouette, mais il s'agit de savoir pourquoi le FdG se plante, pas de savoir si sa politique est justifiée.

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    7. Ben, moi, j'ai tendance à lier les deux. Peut-être qu'il ne faut pas, je ne sais pas. C'est encore un peu tôt pour tirer des conclusions de ce type.

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    8. Non, ce n'est pas trop tôt ! Ce n'est pas la première fois qu'on vote. En 2007 Nicolas Sarkozy a été largement élu alors que le projet de Ségolène Royal était amplement meilleur.

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  2. On a eu un peu les mêmes réflexions sur le sujet.
    C'est prévu cet après-midi à 14h30.
    Sur l'article, je mets le tien en lien.
    Cela va s'appeler: qui veut la peau de Mélenchon
    A toute

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  3. (Non de Mulhouse)

    La droite républicaine est dans l'oeil du cyclone , puis elle va exploser !

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  4. (non de Mulhouse)

    La droite républicaine et dans l'oeil du cyclone puis elle va exploser en deux groupes , un vers l'extrême droite , l'autre ??

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  5. "L'axe du bien", là tu vas faire plaisir aux réacs.

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    1. C'est le but. Mais je n'ai pas vu Didier aujourd'hui.

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  6. C'est quoi la droite républicaine ? Il y a une droite royaliste ?

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    1. Oui sûrement.

      On a le droit de penser que le FN n'est pas républicain, non ?

      Cela étant c'est une faute que je fais souvent, je pensais à "droite de gouvernement".

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    2. Bof ! La droite de gouvernement est un concept fluctuant. Qu'est-ce qui vous dit que le FN ne parviendra pas, tôt ou tard, au gouvernement ? Ça se voit de plus en plus en Europe. Et sans que le monde s'écroule pour autant.

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    3. Oui, mais une étape aura été franchie. Laissez moi lutter contre. Mais c'est probablement la meilleure façon pour la droite de sa vautrer.

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