17 septembre 2009

Le progrès technologique détruit des emplois. Et alors ?

Seb est un blogueur de droite ou libéral. Rayez les mentions inutiles. Non, andouille. Ne raye pas les deux. Toujours est-il qu’il fait un bon billet, ce matin. Enfin, plus exactement, il aborde un thème intéressant et je partage son constat, que je vais résumer : « les caisses automatiques qui se développent dans les supermarchés détruisent des emplois, et alors ? ».

Je t’entends bien, toi, là, dernière ton clavier, te disant : « Ah ! Les fumiers ! Ils défendent le chômage… ». Ca n’a rien à voir. D’ailleurs, toi-même, que fais-tu ? Tu boycottes les magasins avec des caisses automatiques ? Tu boycottes les stations service sans pompiste ? Ah non ! Les pompistes n’existent plus ! Tu boycottes, alors, les stations service où on paye par carte sur un automate ? Tu boycottes les parkings où on ne peut payer que sur des bornes ? Tu vas boycotter le nouveau système de rechargement de passe Navigo par Internet, récemment annoncé par la RATP ? Tiens ! Tu boycottes les bornes de rechargement Navigo ? Pour te loger, tu as choisis un immeuble avec gardien ? Tu boycottes la déclaration de revenus par Internet ? Tu boycottes la réservation de spectacle, de voyages, … par Internet ? Tu boycottes le distributeur automatique de café au bureau ? Tu boycottes les sanisettes quand tu as une envie pressante ?

Hop ! Avant d’insulter les gens en les traitant de fumier pour une parole politiquement incorrecte, que tu sois de droite ou de gauche, fais donc attention à ton propre comportement ! Trop facile de lancer des idées…

Pour ma part, ça fait 10 ou 12 ans que j’ai un abonnement Navigo avec le pognon directement prélevé sur mon compte ce qui m’évite de faire chier un pauvre préposé. Et que je boycotte certains automates (notamment les stations services et les péages d’autoroutes). Mais pour d’autres raisons. Ce n’est pas l’objet du billet.

Nous avons, d’un côté, le progrès technologique. Dans 10 ans, tous les produits que nous achèterons seront équipés d’une puce RFID (ou autre), nous passerons le caddie devant une borne qui calculera automatiquement ce que nous devons puis passerons devant une caméra qui par « reconnaissance faciale » nous identifiera automatiquement pour débiter immédiatement notre compte en banque. Le tout sous le regard médusé d’autres caméras, pour éviter la fraude avec un brave vigile devant une dizaine d’écrans.

On ne lutte pas contre le progrès. Il y a dix ans, je ne savais pas que je serais number one d’un machin de blogs en l’animant à partir d’un iPhone posé sur le comptoir d’un bistro pendant que je raconte des bêtises avec les copains.

Nous avons, de l'autre côté, des boulots chiants. La vie évolue ainsi. Des emplois disparaissent. Les pompistes ont disparu. Les caissières disparaîtront. Désolé, Mesdames. Et Messieurs, pardon. Ce sont des boulots chiants. Avec des horaires chiants. Par exemple, les caissières vont bosser de 11h à 14h30 et de 1730h à 21h30. Tu le ferais, toi ?

Des boulots chiants en moins… C’est l’autre facette du progrès ! Il n’y a plus de poinçonneur dans le métro.

Il y a l’aspect social ! Que vaut-il mieux ? Passer un caddie devant une borne et sortir en trois minutes ou faire la queue pour passer devant une caissière qui vous dira « Bonjour » parce que si elle le fait, elle sera virée par ses chefs ?

C’est sur la suite du billet de Seb que je ne suis franchement pas d’accord avec lui !

« C'est un fait, les caisses automatiques détruisent des emplois. Ce qu'il n'est pas totalement stupide de dire, c'est qu'elles en créent, aussi, peut être même plus que ce qu'elles n'en détruisent... ». Si, c’est stupide. Désolé. Si le patron d’une chaîne de supermarché achète des caisses automatiques pour se débarrasser, par exemple, de 1000 caissières au SMIC, ce n’est pas pour payer les charges correspondant à 300 ingénieurs à 3000 euros et 700 mainteneurs à 1500…

Les caisses automatiques détruisent des emplois. Point barre. C’est leur but. L’argument qu’elles en créent à côté est utilisé par les libéraux pour se donner bonne conscience et penser qu’ils peuvent continuer à promouvoir des conneries.

Seb a raison : « De tout temps la technologie s'est emparée de tâches auparavant aux mains des hommes. Poinçonneurs, Secrétaires (avant l'informatique), Standardistes... Ceux-ci détruits, d'autres, se sont créés, directement liés à l'innovation ou indirectement, construisant petit à petit l'évolution des sociétés. » Mais il se trompe : « Le plus triste dans cette affaire n'est pas vraiment la défense des emplois en dangers. Ce qui l'est, c'est l'incapacité chronique de nos systèmes éducatifs et de notre formation professionnelle à "recycler" les emplois détruits dans le système économique. ».

Non ! Le plus triste est que le système économique n’évolue pas en fonction des évolutions qu’il engendre.

Ca ne se jouera pas en interne d’une entreprise mais pour caricaturer, nos 1000 caissières ci-dessus pourraient rejoindre les 2000 autres salariés de la chaîne de supermarché, à d’autres postes, en permettant une réduction du temps de travail… Ce qui ne serait bien sûr possible si une grande partie du pognon économisé par le patron est utilisé pour verser des salaires corrects à tous ces gens qui travaillent moins.

Ainsi, les fruits des progrès technologiques bénéficieraient à l’ensemble de la population, pas uniquement aux « milieux financiers ».

Ce qu’il y a de déprimant c’est que Seb a environ vingt ans de moins que moi et n’envisage pas une société meilleure pour chacun. Il est au pied du mur et ne pense qu'à faire un grand pas. Que fera-t-il au bord du gouffre ?

Mais il a raison : « Pour le reste, on pourra boycotter ce que l'on veut, cela ne changera rien. »

Mais le progrès technologique va se poursuivre. Dans trente ans, si la cirrhose nous laisse en paix, nous aurons tous des voitures électriques qui se rechargeront pas induction (d'une électricité produite à partir de l'eau de mer) et qui nécessiteront une visite chez le garagiste tous les 50000 km. Je sais. Je suis optimiste. J’imagine un monde meilleur.

(photo).

N.B. : Vous avez remarqué ? Aucune perle n’a été lâchée dans ce blog aujourd’hui. Juste une caisse.

26 commentaires:

  1. En fait j'ai raison, mais je me trompe, mais j'ai raison, mais je me trompe :) Je suis pas loin de m'encarte au Modem alors si je suis aussi équilibré dans mes raisonnements !

    En tout cas tu as raison, j'imagine difficilement un monde meilleur pour chacun... Peut être parce qu'une Tonnegrande, Le vieux Jacques, toi, moi ou Cindy Sanders, on a pas la même notion d'un monde meilleur ?

    RépondreSupprimer
  2. c'est normal, les salariés n'ont pas le droit d'en lâcher, je présume ?

    ;)

    RépondreSupprimer
  3. Bon billet (les deux d'ailleurs), et je suis d'accord avec tes critiques. Là-dessus, personnellement, chez Carrefour, où deux ou trois caisses automatiques viennent d'apparaître, je ne les utilise jamais. En pleine crise, ce n'est vraiment pas le moment d'encourager ça, même s'il s'agit d'une évolution inéluctable.

    RépondreSupprimer
  4. vision optimiste, parceque les emplois pour fabriquer les machines ils partent en Chine ou en Inde. je n'ai rien contre, tant mieux si les Chinois ou les Indiens en profitent, sauf qu'ils sont payés beaucoup moins, sans sécu etc...

    ap art ça j'ai un T pour l'autoroute et je trouve que c'est hyperpratique

    RépondreSupprimer
  5. @Olympe: Tiens, j'attendais cet argument. Il n'est pas arrivé sur mon blog, dommage :) Je ne vais pas m'étaler ici sinon Nicolas va me rappeler que je suis un troll :)

    RépondreSupprimer
  6. Ben les deux ont raison, non? Les caisses automatiques détruisent des emplois nets. Par contre, la technologie sur laquelle se base ces caisses (ou une dérivée de celle-ci) permet de lancer des nouveaux produits qui répondent à d'autres besoins et donc créent des emplois. En tout cas historiquement cela a été le cas... et cela a aussi permis de baisser le temps de travail (partiellement via les gains de productivité).

    RépondreSupprimer
  7. Un boulot de caissière, on en hérite. Il faut méditer longtemps pour comprendre pourquoi la formation professionnelle est particulièrement destinée à ces privilégiés.

    RépondreSupprimer
  8. Nicolas, pardon, mais votre conclusion (qui n'en est pas une, d'ailleurs) fout tout en l'air.

    « J'imagine un monde meilleur. »

    Ben, oui, mon gars ! Moi aussi, imagine-toi ! Et mon voisin pareil ! Et sa petite sœur aussi, je présume. Le hic est qu'on n'imagine pas LE MÊME monde meilleur.

    Donc, c'est parler pour ne rien dire.

    Sinon, Seb a raison, évidemment. Et, en fait, en relisant ce billet, on voit bien que vous êtes d'accord avec lui. Mais que, gauche et wikio obligent, vous vous sentez obligé, sur la fin, d'entonner le petit couplet attendu...

    RépondreSupprimer
  9. Didier,

    Quel rapport avec le Wikio ? Vous semblez vraiment triste quand j'ai terriblement raison...

    Vous voulez vraiment d'un monde où tout le monde bosse plus ?

    N. (avec un PC qui n'est pas le mien).

    Les autres,

    Je reviens vous répondre mais je tenais à répondre à Didier qui dit des bêtises par dépit.

    RépondreSupprimer
  10. Didier,

    Quel rapport avec le Wikio ? Vous semblez vraiment triste quand j'ai terriblement raison...

    Vous voulez vraiment d'un monde où tout le monde bosse plus ?

    N. (avec un PC qui n'est pas le mien).

    Les autres,

    Je reviens vous répondre mais je tenais à répondre à Didier qui dit des bêtises par dépit.

    RépondreSupprimer
  11. Du dépit ? Moi ? Mais quel dépit ? Pourquoi serais-je dépité ? Ça ne vous réussit pas, les PC...

    RépondreSupprimer
  12. Dépité de ne pouvoir argumenter sur le fond : peut on toujours bosser plus ? Troller pour troller sans rien avoir à dire ?

    RépondreSupprimer
  13. Juste une question au passage : que feront ces gens, ceux qui acceptent ces "boulots chiants", quant ils auront disparu ? Contrairement aux emplois, on ne délocalise pas les gens en Chine, et on n'aura plus de travail pour eux.

    Leur disparition n'est pas irrémédiable. Aux États-Unis, les pompistes existent toujours par exemple.

    RépondreSupprimer
  14. Ce n'est pas vrai. Quand une évolution n'est pas acceptée par la population, elle disparait et n'est pas inéluctable. Par contre si en s'y opposant, en refusant de passer aux caisses automatiques, on peut obtenir un reclassement digne des caissières, il faut s'opposer.
    Sur le fond ton argumentation est bonne, ça va enrichir les actionnaires des hypermarchés. Mais sur la forme, je trouve quand même que pour permettre de ne pas laisser se détruire des centaine de milliers d'emplois sans rien dire, on doit se bouger.
    D'accord sur l'évolution qui doit se faire mais quand même, il y a un combat à mener pour l'avenir professionnel des caissières !
    :-)))

    RépondreSupprimer
  15. Seb,

    On dit "Un" Tonnegrande, ne serait-ce que par égard envers son machin.

    Cela dit, non, on n'a pas la même vision d'un monde meilleur... Tu rêves de te marier, d'acquérir un pavillon de banlieue que tu mettras 25 ans à payer, de te lever 219 jours ans pour te taper 75 minutes de transport pour aller à travailler, le tout jusqu'à 70 ans où tu prendras ta retraite de chef de service au Moyens Généraux d'une filiale d'un groupe international.

    DPP,

    Prout.

    Le Coucou,

    Boycotte !

    Olympe,

    Je n'ai pas de T pour l'autoroute (mais pour une raison qui ne mérite pas d'être racontée dans le blog...).

    Julien,

    Oui mais ton modèle de société est basé sur le "produire plus". Peut-on toujours continuer ainsi.

    mtislav,

    Pour l'instant je médite à la compréhension de ton commentaire.

    Didier,

    Je vous re-réponds : non. Mais vous jouez votre rôle de troll réactionnaire à merveille en prétendant que la gauche et la droite sont d'accord pour aller droit dans le mur. Ca vous fait plaisir puisque c'est votre cheval de bataille, la fin du monde et tout ça...

    Mathieu,

    On se fout du travail : ce qui compte c'est la répartition des revenus. Les pompistes existent toujours aux US mais tu as une idée de leur niveau de vie ?

    Poireau,

    Pareil qu'à Mathieu : l'avenir professionnel des caissières, je m'en tape un peu. Ce qu'il leur faut c'est un niveau de vie correct. Elle ne l'ont déjà pas maintenant...

    RépondreSupprimer
  16. Heu... pardon, les secrétaires existent encore, leur boulot à juste évolué en plus intéressant(enfin pour moi !!)

    RépondreSupprimer
  17. Comme le Coucou, je n'utilise JAMAIS les caisses automatiques. Et depuis que la prime de 20 euros a sauté, je redéclare mes revenus par .

    Quand j'étais en 1ere et terminales, mon prof de sciences éco (qui était de gauche !!) disait que le progrès technique créait plus d'emploi qu'il n'en supprimait.

    Et je l'ai cru pendant longtemps.
    Et c'est faux.

    En outre, une machine est amortissable, non soumise à charge sociale, n'est pas malade. Alors je comprends qu'un employeur, une PME recourt à l'automatisation pour conquérir des marchés et diminuer les coûts.

    Mais surtout, qu'on ne me dise plus que le progrès technique créee des emplois.

    L'Allemagne alongtemps fait illsuin par ce qu'elle était spécialisée dans la fabrication de machines qui fabricait des ... machines.
    Mais même outre-Rhin, l'illusion est dévoilée

    RépondreSupprimer
  18. 1er paragraphe "je déclare mes revenus par papier"
    dsl

    RépondreSupprimer
  19. OSEM,

    Oui, ce sont les dactylos qui ont disparu !

    Elmone,

    Oui, c'est un leurre : le progrès technologique détruit forcément les emplois. Et heureusement. Mais il faut rétablir les fruits de ce progrès.

    RépondreSupprimer
  20. J'allais affirmer que le progrès supprimait du travail et non des emplois.

    Mais je me rends compte que les évolutions de l'environnement domestique : cuisinière (à gaz, puis électrique), frigo, lave-linge, micro-onde ... ont supprimé un grand nombre d'emplois de femme au foyer.

    Qu'en pense Olympe ?

    RépondreSupprimer
  21. Pilou,

    Tout est lié ! Sans faire de sexisme, ce progrès technique "ménager" a permis de faire en sorte qu'une personne du couple n'est plus obligée de rester à la maison pour faire des lessives, préparer des pot-au-feu et battre les tapis. Cette personne s'est retrouvée disponible pour travailler et augmenter les revenus du ménage.

    Il y a donc eu plus de monde sur le marché du travail... et un chômage de masse depuis 40 ans.

    C'est la même problématique : le progrès technologique permet de bosser de moins et fait qu'il y a moins de travail. La logique économique n'a pas suivi...

    RépondreSupprimer
  22. Pilou, Nicolas,
    Pour moi, le fait que les femmes travaillent est un faux pb. Car en fait si de plus en plus de femmes sont actives, il n'est pas rare qu'un des 2 conjoints (ou pacsés) soit au chômage. Parfois c'est lka femme parfois c'est l'homme ....

    RépondreSupprimer
  23. Elmone,

    Je n'ai pas dit que c'est un problème...

    RépondreSupprimer
  24. @ Nicolas : certes, un pompiste américain ne gagne pas grand-chose, mais il gagne tout de même quelque chose dans un pays où l'assurance-chômage est inexistante et où la demande du service est telle que les entreprises ne suppriment pas ces emplois.

    Maintenant, je suis en désaccord. De nombreux travailleurs ne sont pas capables de faire des travaux complexes et de se former au-delà d'une certaine limite. Que feront-elles dans le futur, ces personnes ? Je trouve que l'on risque d'avoir un chômage sans cesse plus large.

    RépondreSupprimer
  25. Mathieu,

    Le travail ne doit pas être la priorité ! Ce qui compte c'est le niveau de vie (donc le revenu mensuel dans notre monde moderne...).

    Je vais être grossier mais on ne va pas maintenir de boulots imbéciles pour faire vivre les imbéciles.

    Et il y aura toujours besoin des gens pour faire du boulot. Mes chemises à repasser, mes bières à livrer, ma voiture à envoyer réviser, ...

    Il ne faut pas penser en termes de chômage mais en termes de niveau de vie des gens et en terme de ce qu'ils peuvent apporter à la société !

    RépondreSupprimer
  26. Pas d'accord, dans certains domaines technologiques, le développement durable crée des emplois. C'est par exemple le cas des entreprises d'insertion de l'économie solidaire qui retraitent les déchets électroniques (DEEE).

    Ces entreprises allient respect de l'environnement, progrès social, et économie, les trois piliers du développement durable.

    Pour en savoir plus : http://www.greenit.fr/tag/deee

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.