01 février 2013

Maudits réseaux sociaux

Curieuse enquête dans 01net. « Plus de la moitié des personnes (53 %), interrogées par AVG Technologies dans le cadre d’une enquête, estiment que la prolifération des médias sociaux nuit à la protection de leur vie privée au travail. » « Des collègues peuvent découvrir à quoi un salarié passe ses week-ends et poster des commentaires désagréables. Ils peuvent aussi publier des piques qui feront le tour de leurs « amis » plus vite que si elles […] » L’étude présente ainsi les réseaux sociaux vus comme abominables par les salariés.

« Plus de la moitié (53 %) de ces personnes font attention aux messages qu’elles postent. » C’est tout ?

C’est la conclusion qui m’intéresse (les propos de Tony Anscombe, responsable sécurité senior d’AVG) : « Cette étude prouve qu’il est nécessaire de mieux former les gens aux médias sociaux, tout en appliquant des règles déontologiques plus strictes relatives à leur utilisation sur le lieu de travail. Chaque entreprise se doit de prendre le temps de former ses collaborateurs tant aux bénéfices qu’aux conséquences de l’utilisation des réseaux sociaux sur leur lieux de travail. Il est nécessaire de pouvoir garantir la vie privée au travail sans pour autant renoncer aux réseaux sociaux. »

Je me rappelle avoir fait un billet à propos d’une collègue qui ne voulait pas que sa fille ait un compte Facebook car elle-même ne connaissait pas ce réseau. Mon propos était alors de dire que les entreprises devaient laisser leurs salariés accéder aux réseaux sociaux pour qu’ils puissent apprendre à les maîtriser car, quoi qu’on en pense, ils représentent l’avenir. Peut-être pas Facebook ou Twitter, les modes changes, mais échanger des données sur le Web devient la norme.

L’article que je cite évoque deux employés qui se sont fait virer de la BBC à cause des réseaux sociaux. On évoquait ce sujet ici récemment et j’aurais pu en parler hier, dans mon billet à propos de l’anonymat des blogueurs.

Monsieur Anscombe a parfaitement raison : il faut que les entreprises prennent le temps de former leurs employés aux réseaux sociaux parce qu’elles seules peuvent le faire.

Il y a quelques règles à connaître mais les braves gens ne peuvent pas assimiler les règles s’ils ne connaissent pas les réseaux.

Je vais quand même rappeler les règles.

Règle 1 : on ne parle jamais de son entreprise dans les réseaux sociaux sauf pour des petites conneries comme moi quand je pars d’une discussion à la cantine pour faire un billet de blog. Surtout, on n’en parle jamais en mal. Même en bien, c’est interdit. Vous avez un contrat de travail avec une clause de confidentialité. Et moralement, on ne chie pas à la gueule en public d’un machin qui vous file du pognon. Si on n’aime pas ce machin, on le quitte. Sinon, on passe par les instances normales définies par le droit du travail ou la justice.

Règle 2 : si on a une activité politique ou syndicale, on évite d’en parler en son nom dans les réseaux sociaux parce que ça pourrait vous retomber sur la gueule si vous cherchiez du boulot.

L’anonymat dans les réseaux sociaux tels que Facebook est relativement crétin puisque vous êtes sensés parler à des gens que vous connaissez, vos cousins, vos copains d’enfance, … Il est par ailleurs interdit par les Conditions Générales d’Utilisations. La conséquence est que vous devez limiter votre activité politique et syndicale dans Facebook sauf en utilisant une « page » à la place de votre compte personnel (je parle d’une vraie activité politique et syndicale : réunions,… pas du petit militantisme au quotidien : diffusion d’informations engagées, participation à des manifs, …). Si vous avez une activité politique ou syndicale à mener dans les réseaux sociaux faites-le dans des « vrais blogs » où vous pouvez rester totalement anonymes (à condition de déclarer votre véritable identité à votre hébergeur, voir mon billet d’hier).

Règle 3 : comme on ne peut pas vraiment maîtriser qui consulte votre compte (on finit toujours par accepter comme potes des gens qu’on ne connaît pas ou à diffuser une connerie par erreur), on ne diffuse pas d’informations « intimes ». Donc vous diffusez des photos de vos gamins, de votre famille, de vos vacances parce que tout le monde s’en fout (sauf vos proches) mais vous ne diffusez pas la photo d’un pote bourré sauf s’il s’appelle Tonnégrande qui dort sur le canapé parce que ça pourrait lui retomber sur la gueule et sur la vôtre (si votre pote est saoul, il n’y a aucune raison que vous le soyez beaucoup moins…).

Règle 4 : vous ne diffusez aucune information si elle n’est pas authentifiée. Par exemple, vous pouvez diffuser ce billet parce qu’il ne contient aucune information, juste un « avis ». Mais si vous tombez sur un truc du genre : « il faut absolument donner des sous pour soigner cette pauvre petite enfant malade », vous vous abstenez, c’est probablement un faux. De toute manière, le temps que l’information arrive jusqu’à vous, la pauvre petite enfant malade sera probablement déjà morte (ou sauvée, bien sûr !).

Règle 5 : vous refusez systématiquement dans Facebook des relations professionnelles même très proches avant de maîtriser l’outil et ce que vous en faites.

Ca m’arrive d’avoir des collègues qui me « demandent ». Ils comprennent très bien quand je leur explique que je fais une étanchéité complète entre la vie professionnelle et la vie privée. « Si je dis une connerie après avoir picolé un samedi soir, je ne veux pas que tu le saches et je ne veux pas savoir ce que tu fais dans ta vie privée à part ce que tu veux bien me raconter à la machine à café ».

Il est possible que vous soyez très proche d’un collègue mais vous pourriez avoir, un jour, une relation hiérarchique avec lui ou devenir concurrent si l’un change de boite.

Pour les parents :

Règle 6 : vous n’empêchez pas vos enfants d’aller dans les réseaux sociaux dès lors qu’ils ont l’âge autorisé par le fournisseur (et encore…). Parce que si vous les empêchez, ils iraient en cachette. Arrêtez de les prendre pour des neuneus.

Règle 7 : vous ne suivez pas vos enfants dans les réseaux sociaux. Arrêtez de les prendre pour des neuneus, ils n’hésiteraient pas à créer un autre compte à côté, quel que soit le degré de copinage que vous estimez avoir avec eux.

Règle 8 : vous leurs apprenez fermement ce qu’ils ne doivent pas diffuser sur le web, à savoir des photos dénudées et leurs adresses, en leur expliquant bien qu’ils courent un risque physique. Vous les encouragez à vous en parler si des copains à eux le font.

Règle 9 : vous leurs apprenez à ne jamais accepter de rencontrer dans la vraie vie des gens qu’ils ont rencontré sur le web, sous aucun prétexte et sauf si vous ou des adultes de confiance (parents de copains que vous connaissez) sont présents.

Règle 10 : ne faites pas de séries de règles d’usage dans vos blogs si vous ne savez pas où vous allez. Vous risqueriez de vous retrouver bloqué à neuf et d’avoir l’air con. Ah ! J'ai la dixième : si vous avez des enfants de plus de huit ou neuf ans, vous créez immédiatement un compte Facebook et un compte Twitter et dans tous les futurs machins qui seront à la mode jusqu'à leurs 16 ans. Et vous y êtes actif.

29 commentaires:

  1. Ma fille a un compte facebook depuis qu'elle a 6 ans, au départ pour jouer aux jeux (de ferme et autres), avec la famille. Elle côtoie donc ce réseau depuis 3 ans, et elle l'utilise pour ce que c'est : interagir avec des personnes qu'elle connait.
    Je pense que plus on apprend jeune, et mieux on maîtrise. J'espère donc quand elle passera beaucoup plus de temps sur facebook avec des potes, elle saura s'en servir !

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    1. C'est très bien mais c'est interdit.

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    2. Oui. Mais évite de le dire. Mon blog est un peu lu.

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  2. Règle numéro 11, qui annule les dix précédente : vous ignorez superbement l'existence de Facebook, Twitter et autres machins du même acabit. Vous êtes peinard…

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  3. Pour une fois, j'abonderai un peu dans le sens de Didier Goux. Sérieux, il est clair que si tu empiles des parpaings ou coule des dalles, tu n'as que très peu le loisir, l'opportunité, le temps où l'hygiène nécessaire pour aller coller tes gros doigts cradingues sur le clavier du premier PC venu.
    En même temps je me mets du côté du patron (décidément, aujourd'hui...), payer des formations à des salarié pour qu'ils aillent se branler la nouille sur facebook en mettant J'aime, ou en retweetant un truc sur l'écologie participative ou le déroulement de la dernière émission de la Nouvelle Tarte, moi je regarderais ça d'un très mauvais oeil.
    Troisième truc, si vraiment tu bosses sur ordi toute la sainte journée, oui, t'es un peu obligé de gérer/Chapeauter le truc si tu ne veux pas qu'il t'envahisse de partout, selon le concept Interdit = Extrême tentation de le faire quand même.
    Apprentissage pour également gérer la sorte de maladie voir de déséquilibre que ça peut éventuellement créer en toi, partant du postulat que le réel réseau social devrait tout de même être en premier lieu et avant tout, tes "réels" amis.
    En tout cas, billet salutaire que voilà.

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    1. Le problème est que le monde bouge. Tu peux poser des parpaings et avoir des mômes avec un ordinateur à la maison.

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    2. Ah merde, j'avais pas pensé à ça...

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    3. J'avais fait une réponse courte car j'étais au lit avec mon iPad...

      Le métier de la personne n'a rien à voir avec sa capacité à appréhender l'informatique. Je suis informaticien et je bosse avec des informaticiens, je peux te dire que la proportion d'entre eux à connaitre les réseaux sociaux est sans doute identique à celle chez les maçons... (ce n'est pas tout à fait exact, des études ont été faites et j'en ai diffusées sur mon blog geek, mais ce n'est pas loin de la vérité).

      Les réseaux sociaux sont effectivement un phénomène de mode que l'on peut éviter. Par contre, tout le reste n'est pas un mythe : le stockage des photos en lignes (bientôt les PC n'auront plus de disque dur !) Dans quelques années, les télés seront un ordinateur avec un navigateur internet et tu les piloteras avec la télécommande comme tu pilotes un PC avec une souris... Je dis quelques années mais c'est peut-être dans un an qu'on trouvera de tels produits grand public.

      Et dans ta télé, tu seras identifié par un compte Facebook ou un compte Google... Et quand ta belle mère viendra à la maison, tu lui montreras les photos du mariage de ta cousine que tu auras stockés sur ton compte Google avec ton PC directement sur la télé. Que dis-je ! Ton appareil photo aura stocké lui-même les photos chez Google parce qu'il ce connectera en wifi.

      Et si c'est toi qui est invité chez ta belle mère, c'est toi qui te connectera avec ton compte Google ou Facebook sur sa télé à elle pour voir tes photos. Ou tu te connecteras à ton compte Google depuis ton smartphone pour lui filer les photos dans son compte à elle (un "partage", on appelle ça, dans les réseaux sociaux) comme ça elle ne te fera pas chier pour que tu lui fasses un tirage papier.

      (je publie ce commentaire et en fais un autre)

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    4. Un type qui passe toute sa journée devant un PC n'aura pas envie de recommencer le soir (contrairement à un maçon...). Mes collègues sortent du travail, vont chercher les mômes, faire leurs courses, faire à manger et posent leurs fesses devant la télé. Ou ils iront dans leur jardin arracher des pommes de terre ou prendront leur vélo pour faire dix kilomètres (ce que n'aura pas nécessairement envie de faire un maçon).

      Didier Goux, toi et moi passons une partie de notre vie sur le net, dans les blogs, qui ne sont qu'un réseau social...

      Par contre, toute une partie de la population est en train de passer complètement à côté.

      Je vais dévoiler notre conversation privée par mail de ce matin : tu m'as invité à passer chez toi pour une soirée, par mail. Dans trois ans, tu cliqueras sur un truc dans un réseau social pour me faire la même proposition et je cliquerai dans un truc pour te donner une date...

      (je publie et je recommence)

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    5. Les employeurs bloquent l'accès à des sites internet au bureau (le maçon n'a pas le problème...) parce qu'il a peur que les salariés se branlent la nouille comme s'ils ne se la branlaient pas déjà. Ils m'ont coupé Twitter ! M'en fous, j'ai mon iPhone.

      Par contre, la moitié de la population passe à travers et seul l'employeur peut lui permettre de se raccrocher aux branches. Tous les employés de bureau ont droit à des formations annuelles et ils les font sur des trucs totalement inutiles.

      Tiens ! Je me suis inscrit à une formation "comment monter un site web". Je n'en ai absolument pas besoin pour le boulot. Par contre, j'en ai besoin pour ma culture générale, y compris en tant qu'informaticien (mon domaine porte sur les terminaux, pas sur les serveurs).

      Et les réseaux sociaux font partie de la culture générale. Outre le fait qu'ils seront au coeur de la communication des entreprises dans quelques années, les employeurs ont le devoir de permettre à leurs employés de les connaitre.

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    6. D'accord, c'est vrai que vu comme ça...c'est plus clair.
      peut-être alors ne se rend on pas compte, lorsqu'on a le nez dedans, que d'autres n'y seront alors peut-être jamais, dans les réseaux sociaux ? (et là la question devient, est-ce que c'est OBLIGATOIRE d'y être ?)

      Ceci dit t'es pas non plus obligé de dire à tout le monde qu'on va pratiquer intiment (et le plus tôt possible) le #Mariagepour tous, hein, Didier Goux va être jaloux, va grimper au perchoir de l'AN et risque, de dépit, de finir par proposer la botte à Civitas.

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    7. Ça veut dire quoi "obligatoire" ? Tu as une voiture parce que tu es obligé. Moi pas. Pourtant je suis obligé ou presque de conduire pour aller chez ma mère.

      Dans cinq ans il sera obligatoire d'avoir un compte dans un réseau social pour acheter un livre parce que les petites bibliothèques auront disparu et parce que la FNAC et Amazon n'offriront que ça...

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    8. Vrai.
      Mais une adresse mail suffit pour acheter un bouquin.
      Ce que je veux dire c'est qu'il y a des tas de gens qui ne sont pas du tout dans les réseaux sociaux et que je n'aime pas l'idée qu'il faudrait qu'il soit OBLIGATOIRE d'y être (avoir son machin blogger, ou Wordpress, ou facebook, ou twitter)
      Un truc de libre-arbitre, justement, parce que l'idée que TOUT doive passer par là me dérange, car ça ne doit devenir un curseur ou une référence de la qualité de la personne, impliquant que si tu n'en es pas tu n'existe pas..
      Moi je m'en fous, j'en suis (après, la gestion et l'importance que ça prend en toi c'est d'autre chose)

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    9. C'est compliqué. J'achète beaucoup par internet mais rien par les réseaux sociaux. La référence comme tu dis viendra par les usages et la mode.

      Tu as déjà acheté par Amazon ? Oui ? Ton adresse est intégrée à un système d'information que tu ne maîtrise pas. Tu cliques sur deux trucs et tes potes savent ce que tu as acheté.

      Les gens rentrent dans les réseaux sociaux sans le savoir, tu dis ou presque. Moi je dis autant qu'ils le sachent.

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    10. Oui, remarque, c'est vrai.
      Tiens je pense à un truc, avec mon collectif, on a vu un type venu nous parler dernièrement de l'édition numérique, un de ces 4, j'aimerais que tu me dises ce que tu en pense (gruyère plein de trous si tu as un contrat d'édition ? = en téléchargement gratuit sur certains sites/Forums, ou parfois le bouquin à 0, 99 euros sur d'autres (bonjour la gueule des droits d'auteur)). mais une autre fois;

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    11. Bon sang, je me rends compte que je t'emmerde encore sur un "vieux" billet (smile).

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    12. Tiens ! Je vais être grossier ou presque : je m'en fous, ce n'est pas mon job.

      Tu vas gueuler quand ta banque te facture des frais mais grâce à ces frais la banque a du pognon pour payer mon salaire. Ce qui ne m'empêche pas de penser que les banquiers sont des enfoirés....

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    13. Ahhh c'est toi qui me ruines ? A ma banque, le CREDIT AGRICOLE ? (com précédent)

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  4. Ah merde, t'aurais pas vu un commentaire égaré ?

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  5. Bien vu en effet. On assiste un peu, en ce moment, à une résistance contre les réseaux sociaux, j'ai l'impression en fait qu'on va apprendre à les utiliser autrement.

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  6. avant faceboock ( pour n pas le nommer) il y avait l'informatique, les mail....et encore bien avant, le téléphone, non mobile, et derrieres des familles qui communiquaoent avec un stylo et du papier via la poste, maintenant, tous le monde est amis ou copain, se crache dessus, se congratule, un gros bordel orchestré avant pas un profit, me direz-vous tous n'est pas négatif, non, les ophtalmos se régale, tous ces yeux éclatés par ce cirque, je viens de tous couper....certe je garde mon ordi, aujourdhui, premier jour, c'est un peu comme l'arrêt de fumer, eet il y a 13 ans j'ai arrêté de fumer, donc on peux décrocher de facetroock et compagnie, si je doit me confesser (ces réseaux ou tous le monde se lache, ne sont que la continuité du confessionnale), j'irai voir un homme en chair et en os.

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