10 mars 2013

Les twittos morts

« OK, je prends une journée de congés pour ce gueuleton que tu organises pour l’enterrement de ta belle-mère » est la locution que j’ai utilisée, hier, en rédigeant mon billet à propos de Twitter pour qualifier ce qu’on pouvait appeler « ami » dans les réseaux sociaux par opposition aux simples contacts. Dans une première version, j’avais écrit « OK, je prends une demi-journée de congés pour aller à ton enterrement. » Il était pile poil 11 heures. L’enterrement de Philippe Méoule débutait. Je n’y avais pas été et me retrouvait comme un con avec ma définition.

Pour faire ce billet, il m’avait fallu étudier chacun de mes abonnements, un par un. J’avais téléchargé la liste puis je l’avais copiée dans Excel. J’ai « ajouté » trois colonnes, une pour le sexe, une pour la catégorie (ami, personnalité politique,…) et une pour indiquer si je connaissais la personne dans la vraie vie. J’ai ainsi parcouru quatre fois ma liste de Twittos : une première pour savoir ce que j’allais en faire et une autre pour remplir mes colonnes.

Je suis donc tombé quatre fois sur le compte de Philippe Méoule.

J’avais perdu deux copains blogueurs, en 2011, le Coucou et Olivier. Olivier n’était pas présent dans les réseaux sociaux mais le Coucou me suivait dans toutes mes conneries. J’ai mis du temps à « l’unfollower ». C’est dans Google+ que ça fut le plus dur. Il était mon « premier ami » dans ce truc et je voyais toujours son nom quand je consultais ce truc (le Coucou est mort un mois après le lancement de Google+). Pendant des mois, le Coucou m’a été proposé avec une phrase telle que « Vous connaissez certainement Jean-Louis Fraysse, voulez-vous le mettre dans vos cercles ? » Non, merci…

Je n’ai pas été à son enterrement mais, en préparant mon billet d’hier, je l’aurais certainement mis dans les « amis proches ». Je vais rarement aux enterrements. Ca ne m’empêche pas de penser aux gens morts. Je vais aux enterrements quand je suis disponible et parce que j’étais content lors de l’enterrement de mes proches de voir beaucoup de monde. Alors j’essaie d’aller faire la foule aux enterrements pour montrer aux proches que beaucoup de monde aimait le disparu.

Cela étant, ceci n’est pas un billet à propos des enterrements ou de mes amis morts mais des comptes Twitter (ou autre) des connaissances mortes. Je vais unfollower Philippe, dans quelques jours.

Il faut le faire. Supprimer vos relations dans les réseaux sociaux avec vos copains quand ils sont morts. L’éternité à bon dos.

Je suis encore administrateur des blogs du Coucou. J’y traine de temps en temps pour vérifier les commentaires, virer les spams, … Pour faire ce billet, il m’a paru intéressant d’aller voir les statistiques de ce blog. 250 personnes viennent chaque mois, dont 90 par accès direct...

Le Coucou continue d’exister, en tant que « personnage ». Son blog reçoit une dizaine de visites par jour (et j'efface une trentaine de spams tous les six mois). Je suppose que le blog de Philippe Méoule continuera d’exister tant que son hébergeur restera vivant… A moins que ses proches décident de le supprimer. Ils sont seuls face à une décision.

Il faudrait que les réseaux sociaux puissent savoir quand les gens meurent. Ils pourraient archiver le compte, ne plus le proposer aux gens. Sur Facebook, il m'arrive 

Vous n’aurez plus de tweets de @philippemeoule5 dans votre TL. Il tweetait peu, de toute manière.

Vous pouvez résilier l’abonnement.

Dans quelques semaines ou quelques mois, je ferais le ménage dans ma liste de blogs auxquels je suis abonné. Je supprimerais le blog de Philippe. Il disparaitra de ma blogroll comme les blogs du Coucou et d’Olivier ont disparu de la mienne.

Dans mon billet d’hier, j’ai eu un court propos sur l’amitié et ça a généré un débat en commentaires. Qu’est-ce qu’un vrai ami ?

J’avais fait un billet sur l’amitié, en juillet dernier. Je ne vais pas recommencer mais je vais rappeler son introduction : « On ne sait pas ce que c'est que l'amitié. On n'a dit que des sottises là-dessus. » C’est le début de l’hymne à l’amitié de Jules Romains. Je vais aussi rappeler la conclusion :

« Il n’y a qu’une personne qui, quand elle rentre dans un bistro, provoque chez moi un phénomène étrange : je souris bêtement et j’interromps ma conversation pour aller lui faire la bise. Les autres n’ont qu’à se déplacer, bordel, quand ils rentrent : j’étais la avant eux. Pas elle, je me déplace.

C’est Odette. »

J’ai beaucoup d’affection pour Odette. Pourtant, je ne pensais pas du tout à elle quand j’écrivais mon billet d’hier. Philippe, Olivier et Le Coucou étaient indubitablement des amis mais, aussi indubitablement, à des degrés différents. Odette est indubitablement une amie pourtant on ne se dit quasiment rien. Nous n’avons rien en commun. Nos seules conversations tournent autour des boutons qu’elle a recousus sur mes chemises. Pourtant, nous sommes bien, ensemble, côte à côte, au comptoir. Un de mes commentateurs, hier, disait : « Pour moi, un ami est quelqu'un qu'on peut réveiller à 3 heures du matin, pour lui dire qu'on a un gros problème qui vous empêche de dormir, et qui est disposé à vous écouter. » Ca ne me viendrait pas à l’idée de téléphoner à Odette à 3 heures du matin. J’appellerais sans doute le vieux. C’est indubitablement un ami mais, vu son âge avancé, il est probablement insomniaque !

Philippe, Olivier et le Coucou étaient des amis mais je penserai éternellement qu’au Coucou. Les autres vont sortir progressivement de ma mémoire. Mais pas tout de suite. J’aurais supprimé mon compte Twitter avant.

Je n’ai pas besoin d’un réseau social pour penser aux amis. Je peux donc supprimer mes abonnements sans le moindre de regret.

Il est onze heures. J'ai laissé passer le rébus du Coucou.

26 commentaires:

  1. Spleen quand tu nous tiens.
    Quand j'ai su que Philippe était mort, j'ai vérifié mon compte twitter. C'est con, ça ne servait à rien maintenant qu'il ne lira plus. Je n'étais pas abonné à son compte. Par contre il me suivait.
    Il me suit toujours d'ailleurs. Et ça, c'est le plus dur.

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    1. Quel spleen ?

      Non, le plus dur n'est certainement pas qu'il ne te suit toujours. Son avatar de suit. Pas lui. Il ne suis plus personne.

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    2. Je parle de deuil. Pas sûr que celui-ci soit terminé. Mais ce n'est pas le lieu pour en parler.

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    3. Tu peux en parler !

      Mais il ne faut pas se tromper dans la nature des relations. Avec ces crétins de blogs et de réseaux sociaux, on devient potes de tout le monde mais pas nécessairement de la vraie vie.

      Pour faire ce billet, j'ai beaucoup analysé la relation que j'avais avec mes potes blogueurs morts. Le Coucou et moi étions très proches. Olivier et moi beaucoup moins mais Olivier m'aimait beaucoup. Philippe et moi n'étions pas proches.

      Je suis attristé par sa mort mais je ne suis certainement pas en deuil. En fait, je me fais un reproche : celui de ne pas avoir pensé à lui quand il était malade parce que je le croyais guéri... Mais le fait que je n'ai pas pensé à lui prouve que je ne suis pas réellement en proche au point d'être en deuil.

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    4. Je ne parlais pas de Philippe mais de Jean-Louis.

      Sinon je suis d'accord avec toi. Avoir de l'empathie et savoir l'exprimer en temps et en heure, c'est un bon principe dans les relations sociales.

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    5. Ah ! Désolé.

      Pour l'empathie oui. Mais les marques d'estime trop appuyées me gonflent.

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  2. J'ai ma définition personnelle de l'amitié, qui vaut ce qu'elle vaut. Pour moi un ami est quelqu'un avec qui on prend plaisir à s'ennuyer.

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    1. C'est à peu près ce que je répondais dans les commentaires de mon billet d'hier. Et ce que je dis là, d'ailleurs. Avec Odette, on ne parle pas. On est contents d'être ensemble.

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  3. Coucou mon ami,

    Connais-tu Thor? Thor, c'est le mal, ça permet d'aller sur des blogs sans laisser de traces...C'est le bien aussi parce que ça permet de lire sans avoir l'impression d'être épié par les yeux, nombreux, des stats.

    Mais laissons-là Thor... et remarquons ô combien les gens peuvent s'attacher en vrai ou en faux à des gens qu'ils n'ont pourtant jamais rencontré. J'aime profondément Jean... Jean d'Ormesson;.. surtout dans "C'était bien" ...ma tendresse pour lui est saine. Il n'y a rien de vicieux. Comme le Coucou, il me manquera ... bientôt.
    Comprendra qui pourra :)
    Avec toute mon amitié!
    Ema

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    1. Oui, on aime bien des gens, comme ça, sans raison valable !
      Bon dimanche !

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  4. N'oublie jamais de dire qu'avant d'être blogueur, où Twittos, Coucou était écrivain, je pense que d'une, il n'y avait rien de plus vrai, et que deux, qu'avant tout également, ça lui aurait fait plaisir..

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    1. Qu'est ce qui lui aurait fait plaisir ? Le Coucou était un être humain très sensible. Amoureux de sa femme comme seul un gamin de 15 ans devrait pouvoir l'être.

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  5. je crois que tous les dimanches matins ou je suis à la maison sans rien de particulier à faire je pense aux rébus du Coucou. Et ça manque.
    Une drôle de façon quand même de rester dans l'esprit des gens parceque je ne le connaissais pas du tout personnellement. J'étais juste abonnée à son blog.

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    1. Lui et moi on était très proche donc ma position est spéciale. Mais je comprends ce que tu veux dire.

      Le Coucou avait un truc de spécial, un plus par rapport aux autres : une affection, une sensibilité, une gentillesse, ... Qu'importe le bon mot mais beaucoup de gens l'aimaient bien alors que beaucoup de blogueurs laissent indifférents.

      Grâce en particuliers aux kdb, je connais beaucoup de blogueurs et j'ai beaucoup d'amitié et d'affection pour beaucoup mais il y en a très peu qui génèrent cette affection par leurs personnage virtuel.

      Le Coucou en était un.

      Je ne sais pas si tu as lu mon billet d'hier. J'ai repéré deux autres personnes qui procurent ce sentiment, je les considère comme des amis sans les avoirs jamais rencontrés (Zette et MHPA), les deux pour des raisons différentes que je n'exprimerait pas ici (sauf par un raccourci : Zette est un peu une grande sœur et MHPA un petit frère).

      Tous les deux, on fait probablement partie de ces personnages. Rappelle toi de nos premiers échanges, avant qu'on ne se croise dans la vraie vie. Je t'appelais "mémère". C'est comme ça que j'appelle Odette. Je ne me permettrais pas une telle familiarité si une certaine vraie amitié réciproque ne s'était pas créée. C'est étrange dans les réseaux sociaux.

      Je pourrais faire le tour de mes contacts, peu de personnes génèrent cet "attachement". Je peu faire le tour de mes meilleurs potes des réseaux sociaux, il y en a très peu avec qui je me sentais proche avant de les connaître dans la vraie vie.

      Ce qui me troue le cul, c'est de voir certains types s'accrocher à moi comme si j'étais un copain d'enfance alors que je m'en fous.

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    2. Merci Nicolas, ça me touche ce que tu dis, mais je te préviens, en vrai je suis un véritable connard...
      (notre porte à Mzelle Divine et moi t'est grande ouverte, même si le parking devant n'est pas toujours très accessiblel/ mais bon y a des rues juste derrière...)

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    3. ah tiens, j'avais oublié que tu m'appelais comme ça. personnellement ça n'incitait pas tant que ça à l'amitié. heureusement qu'il y a eu la rencontre IRL.

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  6. Réponses
    1. Merci.

      Cela étant, à chaque fous qu'un proche me fait ce genre de commentaire, je relis mon billet pour savoir pourquoi (réellement, ça m'intéresse en tant que blogueur de savoir pourquoi les gens qui me lisent au quotidien trouvent certains billets différents).

      Bref ! Je relis mes billets. Normalement je retrouve cinq ou six fautes d'orthographe. Mais c'est la première fois que j'en vois une aussi grosse dès le premier paragraphe.

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  7. Réponses
    1. Ce n'était pas le but je voulais dire qu'il faut virer les morts des réseaux sociaux mais je deviens lyrique à chaque fois.

      Comment veux tu que je fasse un billet en disant "virez @philippemeoule5 de vos abonnements" en restant froid ?

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  8. J'ai appris la mort d'un copain récemment via Facebook. Je n'ai pas eu le coeur de le virer ni de FB ni de Twitter. C'est comme ça. Le laisser vivre encore un peu.

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