13 mars 2013

L'heure des choix courageux ?

« Hier, à Dijon, le président de la République a affirmé que « des choix courageux » devraient être faits « dans l'année » » à propos des régimes de retraite. « Alors, a-t-il dit, chacun devra prendre ses responsabilités : l'État, mais aussi les partenaires sociaux qui négocient en ce moment même pour les régimes complémentaires et qui seront associés à ce processus, parce que sans les partenaires sociaux, il ne peut pas y avoir de cohésion » ! Arg ! Ca fait peur… Surtout que Gérard Collomb a tenu des propos terribles, en même temps : « François Hollande a dû partir de ce qu’était la vulgate socialiste pour atterrir en urgence, une fois confronté à la réalité », dans une interview donnée au Monde et résumé par Libération. Que penser des propos de Gégé ? 

Il dit aussi : « Les messages sont parfois contradictoires. Il (François Hollande) veut réindustrialiser le pays, mais une partie de la gauche continue de signifier aux entreprises qu’elle ne les aime pas. Comment y arriver dans ces conditions ? » Et « Je ne défends pas les patrons, je défends un socialisme de l’offre. Pas par une vision idéalisée de l’entreprise, mais parce que si on ne stimule pas le goût de l’innovation, on ne s’en sortira pas. » Et « A chaque fois que cela n’allait pas, a-t-il appuyé, on relançait par la dette, gauche et droite confondues. On est arrivé au bout du système. »

Les propos de François Hollande et de Gérard Collomb ne devraient pas plaire à la gauche de la gauche. 

La vulgate socialiste ?

Je ne sais pas précisément ce à quoi il fait allusion mais c'est souvent l'impression que j'ai quand je vois les propos de certains blogueurs ou commentateurs. Je vais inventer un exemple. On nous dit, ce matin, que 100 000 emplois salariés ont été détruits en 2012. A droite, ils vont dire que c'est de la faute de Hollande et, à gauche, on va dire que c'est l'héritage.

Les blogueurs de gauche vont nous dire qu'il faut sauver notre industriel. Ceux de droite ne vont rien dire à part baver des généralités, comme d’habitude. Mittal, Goodyear et tout ça. Mais peut-on imaginer que l'avenir industriel de la France passe par la production d'acier et de pneus ? Certes ! On peut faire de la qualité et tout ça, mais dans le fond... La position de la "gauche de la gauche" est trop souvent de défendre les salariés des grosses entreprises traditionnelles alors qu'on sait fort bien que le développement économique viendra des PME et de l'innovation. On sait aussi que la population salariée des grosses entreprises représente 28% de la population active, donc à peu près un Français sur 10…

Un socialisme de l'offre ?

Je ne sais pas trop ce que ça veut dire ! Ca ressemble à un gros mot. Par contre, tant pis si Keynes se retourne dans sa tombe mais avec la mondialisation, une politique de la demande ne peut plus être efficace.  Gégé a raison : on ne peut plus relancer par la dette, on est arrivés au bout du système.

Allons bon ! J'en vous un bout de la salle qui se dit : ça y est ! Le gros vire à droite. Pas du tout. Je vais en faire la démonstration par l'absurde. Valérie Pécresse hier a gueulé à cause de la neige. Delanoë, Huchon et l'état n'ont pas fait le boulot, selon elle. Dans mon billet d'hier de me demandais si les gens seraient d'accord pour payer plus d'impôts pour améliorer les services publics en cas de neige. Voilà ! Contrairement à Mme Pécresse, j'affirme que l'état ne peut pas tout. Et, surtout, empêcher la neige. On peut supporter trois jours de perturbation par an sans envisager de couvrir toutes les lignes de RER pour empêcher les pluies verglaçantes de tomber sur les caténaires. 

Le matin, quand ils se lèvent, les gens peuvent regarder par la fenêtre. Si les conditions météos ne sont pas au top, ils peuvent prendre leur ordinateur ou leur smartphone et aller faire un tour sur www.transilien.fr ou www.ratp.fr. Les gens peuvent aussi se prendre en charge, ce qui fait de moi un affreux libéral. D’un autre côté, ils peuvent éviter d’habiter en lointaine banlieue et devoir prendre leur voiture pour trouver une gare, ce qui fait de moi un affreux écologiste. Mais non, ils préfèrent regarder des journaux télévisés qui mettent en scène la météo, ce qui fait de moi un affreux gauchiste méprisant les "médias dominants".

Ainsi, la cote de popularité du Président est au plus bas.

On a même eu un nouveau sondage, hier, montrant que les gens préféraient dorénavant Nicolas Sarkozy à François Hollande et un autre qui disait que la droite n'aurait pas fait mieux. C'est le bordel. 

Un commentateur d'un de mes billets hier disait que c'est sur sa gauche que François Hollande aurait perdu sa popularité. Ces sondages semblent prouver le contraire. Ou alors des gens de gauche préfèrent Sarkozy à Hollande et jugent, par contre, la droite incapable de mener une politique correcte ! Difficile à interpréter. 

Alors comme je parlais de popularité, hier, je vais me permettre de donner des conseils à Pépère

Petit 1 : Lisez le billet de Sarkofrance. « On oublie trop souvent que le candidat Hollande a démarré les primaires socialistes avec un discours de rigueur/redressement qui faisait tâche dans la famille socialiste ». Adressez-vous d’abord à ceux qui vous ont suivi dès le départ puis ceux qui vous ont choisi au premier tour, en avril 2012.

Petit 2 : Relisez le bouquin « le Rêve Français » que vous avez sorti pendant la primaire. En bas de la page 36 : « Les jeunes ont peur que l’augmentation de l’activité des seniors, contrepartie du recul de l’âge de la retraite, ne réduise leurs perspectives d’emploi. Ainsi s’explique que cette crainte des jeunes pour leur avenir se soit matérialisée à l’occasion de la réforme des retraites. » Ensuite, étudiez la courbe de popularité de Nicolas Sarkozy. Elle a commencé à s’effondrer réellement et à passer au dessous de 30% dès que les orientations de sa loi de retraite ont été connues. Ne faites pas le con en faisant la vôtre… Les gens ne sont pas tarés. Vous avez parlé, hier, de choix courageux… On a vu avec la réforme de Nicolas Sarkozy que l’allongement de la durée de cotisations n’est pas un choix courageux mais une fuite en avant.

Petit 3 : tant que vous y êtes, allez jeter un œil page 53. « Je n’ignore pas non plus les écarts de compétitivité avec l’Allemagne. Beaucoup tiennent à un défaut de spécialisation industrielle, mais une part concerne les coûts de production. Outre-Rhin, une réforme audacieuse des prélèvements
sur les entreprises a été engagée par le gouvernement Schröder. Nous n’y échapperons pas. Une part des cotisations patronales devra être transférée sur d’autres impôts : l’impôt sur les sociétés, la contribution sur la valeur ajoutée ou la fiscalité écologique. Comment admettre en effet que le travail demeure l’assiette du financement des dépenses liées à la famille ou à l’assurance maladie ? »

Petit 4 : arrêtez de faire des machins incompréhensibles et moitié louche comme le CICE. Votre bouquin en question n’en parlait pas. Page 80 : « L’ensemble des allégements de cotisations sociales (30 milliards d’euros) est revu par rapport à ces trois objectifs. » Les exonérations de charges étaient donc conditionnées.

« François Hollande a dû partir de ce qu’était la vulgate socialiste pour atterrir en urgence, une fois confronté à la réalité » disait Gérard Collomb. Soit. Il a bien fallu être élu, mais au boulot, maintenant !

Petit 5 : si vous avez encore en stock le billet de Sarkofrance et ce passage : « Hollande ne maîtrise pas son équipe, son parti, son groupe parlementaire. Et oui, la combinaison d’un fichue Vème République avec une crise sans précédent nécessite une équipe plus unie, sans être godillot. Là, même certains ministres se prennent pour des roitelets pré-Congrès de Rennes. » Faites-moi marcher cette équipe au fouet !

Petit 6 - Page 113 : « Le dernier levier est celui des territoires : les collectivités locales deviennent des facteurs de croissance. Sans rentrer dans le débat d’actualité de la réforme territoriale, il y a quand même un grand paradoxe : pourquoi affaiblir les collectivités locales au prétexte de chercher des économies au moment où la pertinence de leur intervention sort renforcée de la crise ? » Communiquez plus sur les réformes de structure en cours, notamment la réforme territoriale

C’est aussi un des points de l’interview de Gérard Collomb.

Petit 7 : lisez aussi mon confrère Melclalex. Il rebondit sur les gens qui gueulent à cause de la paralysie liée à la neige. Remettez-leur les vérités dans la tronche. « Entre 2007 et 2011 Sarkozy aura supprimé 150 000 postes de fonctionnaires […] Pour quel résultat ? Les conséquences de ces coupes budgétaires sont vécues par les Français dès qu'ils sont confrontés […] au besoin de service public, et là ils râlent, tempêtent, s'énervent de l'absence ou de la lenteur de l'Etat que pourtant eux-mêmes cautionnent en jugeant qu'il valait mieux supprimer des fonctionnaires plutôt que de payer des impôts en plus. » Ne laissez plus Valérie Pécresse dire ce qu’elle a dit hier, en mettant sur le dos des pouvoirs publics les difficultés de circulation… Envoyez le PS leur rentrer dans le lard. Quitte à changer le premier secrétaire… C’est au PS de partir à la riposte, pas aux associations ou aux blogs.

Je vais laissez le dernier conseil à Gérard Collomb : ne restez pas paralysé par la gestion des contradictions de la gauche…

12 commentaires:

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    1. Ah merde ! J'ai passé l'heure de l'apéro.

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    1. Merci. Mon côté blogueur de Gouvernement.

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  3. Mince le cout du travail allemand rattrape le coup du travail en France.
    Va falloir revoir des trucs.

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    1. Oui mais c'est la question finale de la question qui m'intéresse.

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  4. mais si les blogueurs et les assos doivent monter au créneau, mais pas dans un assourdissant silence du côté de Solferino en effet...

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    1. Bien sur mais c'est le silence de Solférino qui m'énerve.

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  5. Je viens de twitter le lien du billet pour que les trolls voient que Nicolas peut et sait critiquer Hollande. Et qu'il le fait. Il tape comme un sourd sur le CICE , je pense que Bembelly va l'insulter

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    1. Ben je critique ce truc depuis le départ.

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    2. t'as raison donner un gros paquet de milliards sans regarder l'usage et mettre des conditions et donc à n'importe qui : au secours

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