15 mars 2012

Pourquoi tant de haine ?

Didier Goux et l’Amiral, joyeux blogueurs réactionnaires mangeurs d’enfants, bouteurs d’étrangers et d’assistés,  écluseurs de vin blanc et dotés d’autres qualités que je préfère taire me posent souvent la question : pourquoi tant de haine à l’égard de Nicolas Sarkozy ? Concrètement, ils s’étonnent de voir ma blogroll dégorger d’antisarkozystes divers puisqu’elle est utilisée comme point d’entrée pour moult réacs dans la gauchosphère.

Posons le problème à l’envers. De quoi ? Je ne sais pas.

J’étais trop jeune pour me rappeler haïr Giscard. J’ai le vague souvenir de quelques histoires, comme celles de Bokassa. J’ai eu 18 ans en 1984 et je dois reconnaître qu’après une période d’euphorie, je n’aimais pas spécialement Mitterrand. Il nous a collé Fabius comme Premier Ministre. Le plus jeune Premier Ministre de France était, pour moi, déjà un vieux schnock : il avait le double de mon âge. Je suppose que des gens de droite ont haï Mitterrand pendant un certain temps puis ont fini par s’en foutre, il était dans les meubles, comme posé sur l’étagère…

Jacques Chirac est arrivé. Je l’ai haï, plus que tout le monde, notamment lors qu’il a relancé une campagne d’essais nucléaires. J’ai senti la France rabaissé dans le monde entier. Alors qu’elle me semblait à la pointe de la modernité, de la lutte pour la paix dans le monde et tout ça, nous étions à nouveau montrés du doigt par nos congénères. La honte nous pesait sur les épaules et nous sombrions dans l’alcoolisme.

Puis, il a dissout. Comme pour dissout, tu n’as plus rien, c’est Lionel Jospin qui dirigeait la France et faisait les conneries à la place du Président, Jacques Chirac est vite devenu, comme Mitterrand, une espèce de meuble. Il était posé sur la commode, à côté de la télé, épousseté parfois par la grand-mère.

2002 est arrivé. Jacques Chirac a été élu dans les conditions que l’on sait avec un score délirant. Je ne parle pas du second tour mais du premier : moins de 20%. Ridicule. Il ne représentait rien. Comme en 1995. Un président par défaut. Il est néanmoins apparu comme rempart contre Le Pen. Puis il y a eu la position de la France contre la guerre en Irak. Nous étions d’accord avec le Président, avec la position qu’il représentait dans le monde. Nous ne pouvions plus le haïr. Nous haïssions ses ministres et premiers ministres.

Puis les blogs sont arrivés. Ca a commencé il y a une dizaine d’années avec une montée en charge avant l’élection présidentielle de 2007.

Voila la première horrible vérité : il était impossible de haïr le Président de la République dans les blogs avant l’arrivée des blogs.

S’en suivent un tas de raisons plus politiques.

Ou pas. Le volet bling bling, le comportement de l’individu, depuis qu’il est ministre de l’intérieur, le rend détestable aux yeux d’une partie de la population. Le « Karcher » en fut l’emblème.

Venons-en à la politique.

La politique économique de Nicolas Sarkozy ne ressemble à rien. Le pays n’avance à rien. Les réformes iniques s’accumulent de résolvant aucun problème. Au mieux, elles sont annulées par le même gouvernement qui les a mise en place.  De l’aide aux grandes entreprises qui n’en ont pas besoin à une étatisation de tout et de rien en faisant croire à un libéralisme : la politique est illisible, ne ressemble à rien. Tiens ! Il y a deux mois, ils nous parlaient d’économie, de triple A, et ils abandonnent.

Ensuite, la droite fait peser le débat politique sur des sujets qui ne sont pas importants (à nos yeux, certes, mais c’est bien nous qui sommes accusés de haine). Je vais faire court : on nous parle d’immigration et de sécurité mais on n’a plus les moyens pour augmenter le nombre de policiers ou de juges pour obtenir une politique efficace. Ca lasse.

Enfin, n’oublions pas que Nicolas Sarkozy est l’ennemi. Les blogueurs politiques du Front de Gauche ou du Modem auront beau nous expliquer que le projet est important, que les électeurs ne sont pas cons et tout ça, on oublie toujours la fameuse réplique : « Au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine. »

C’est pour ça qu’il y a environ un an, j’ai choisi de soutenir François Hollande, pour les primaires et que je le soutiens ensuite sans discontinuer. Parce que c’est le seul, à mes yeux, capable de virer Nicolas Sarkozy et ceux de sa clique, de cette droite que je n’aime pas et que beaucoup de copains de droite n’aiment pas non plus…

Voila la deuxième horrible vérité : la Cinquième République est ainsi faite que le combat politique ne porte pas sur des idées, sur des projets, ...  mais sur des hommes et des femmes et leur manière d’incarner un projet. La Cinquième est devenue le combat entre l’homme du bien et l’homme du mal et on ne peut que haïr l’homme du mal.


C'est ballot mais ne nous leurrons pas : l'élection de François Hollande se fera probablement par rejet de Nicolas Sarkozy. C'est pourquoi François Hollande doit incarner l'espoir et continuer à nous présenter, comme hier soir à Marseille, une belle vision de la France et montrer qu'une autre France est possible.

Vivement qu'il devienne l'homme à haïr !

Ca tombe bien, le changement c'est maintenant.

30 commentaires:

  1. Personnellement, je ne hais pas Sarkozy. Mois que certains de ses ministres en tout cas. Moins qu'un type comme Copé par exemple. Je le hais moins que j'ai pu haïr Chirac, qui représente selon moi ce qui se fait de pire en politique. En termes d'immobilisme, de lâcheté politique, d'esprit de clan, de clientélisme, Chirac n'a pas d'équivalent. Sarkozy, je le trouve seulement incompétent - un loser qui rate tout ce qu'il fait, détruit tout ce qu'il touche (au moins, Chriac ne touchait à rien. Il me semble que la reconnaissance de son talent repose du reste sur de bien mauvaises raisons. Ce type n'a qu'une seule qualité en réalité : il n'a honte de rien. Et il me semble que cette absence de honte, et cette impudeur qui le caractérisent, sont autant de raisons qui expliquent cette détestation. Il la cristallise.

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    1. Sur Copé on est d'accord. Sur Xhirac, je crois que je le regarde avec bonhommie.

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  2. Rapide réaction Nicolas, sur un point de désaccord. Sarkozy était déjà "haï" sur le net bien avant son élection en tant que président. Retrouvons, par exemple, des commentaires sur le joyeux DEL de notre ami Guy; qui était un repère à l'époque. Et retrouve certains billets de blogueurs qui malheureusement ne bloguent plus depuis longtemps, à cette époque entre 2006 et 2007. La "haine", à mon avis, elle y était déjà.

    Si "haine" il y a. peut être n'est ce que finalement une opposition politique, qui se fait plus violente via le média qu'est Internet.

    Par contre, tu as raison sur ta deuxième vérité.

    (en fait, j'ai lu que les trucs gras, je retourne à mes activités maintenant ^__^ Bonne après-midi)

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    1. Falconhill,

      C'est ce que je dis pour 2007. D'ailleurs je cite cette année en pensant à la préparation de l'élection.

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  3. Bonjour.Moi qui est né avec (grace à des parents sympathisants communistes),je n'ai pas"hai" les hommes mais bien les "résultats" concrets de leurs politiques.J'ai été "content" de 81 à 82/83...Et c'est devenu de pire en pire!Cà a été une longue descente (jusqu'ici tout va bien) vers l'Enfer (par rapport mème à mes souvenirs de Pompidou!).Et l'apothéose pouf,c'est le quinquennat d' un mec qui m'a appris la Haine (de Lui).Comme a dit Bedos,"on" a perdu! et on ne peut qu'essayer de rafistoler ceux qui restent.Bien l'bonjour chez vous.

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  4. Faudrait qu'ils nous expliquent maintenant pourquoi eux ne le haïssent pas !

    Chez moi c'est une seconde nature de haïr les prétentieux à grosse bagouze.

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  5. Un facteur important dans l'antisarkozysme dit "primaire", c'est l'hysterisation autours de sa personnalité. En bien ou en mal, le personnage ne laisse pas grand monde indifférent, de l'adulation à la franche détestation (renommée "haine" par les partisans de Sarko pour le victimiser). Tous les hommes politiques jouent sur leur personnalité, mais dans le cas de Sarko c'est vraiment flagrant.
    Or, cette hysterisation a été voulue par un certain Sarkozy Nicolas, et ce des qu'il a été ministre de l’intérieur en 2002. On sourit en se souvenant de Sarko s'exhibant avec sa femme devant les journalistes, faisant du vole ou se prenant pour un cowboy en Camargue. La suite est encore meilleure: Sarko accusant ces mêmes journalistes de trop s’intéresser à sa vie privée une fois que, sa femme l'ayant plaqué pour un autre homme, ça l’embêtait.

    Hysterisation de la vie privée sur les idées, échec, inconséquence et refus d'assumer ses erreurs. Tout Sarkozy était résumé des 2005 dans cet épisode ridicule. (pour mémoire: http://www.ina.fr/presidentielles/les-candidats/video/I09086607/nicolas-sarkozy-comme-des-millions-de-familles-la-mienne-a-connu-des-difficultes.fr.html)

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  6. J'oubliais aussi, dans les facteurs liés à notre époque, l'interaction entre le web 2.0 et le toupet incroyable de Sarko qui lui permet de mentir avec aplomb. Certes les anciens présidents aussi ont menti plus souvent qu'à leur tour, mais pour recouper tout ça et le rendre visible il fallait des journalistes pour faire le boulot et se mouiller, mais avec youtube n'importe quel amateur peut coller ensemble deux vidéos ou Sarko se contredit. Comme il se contredit souvent ça fait de très nombreuses vidéos, faites une recherche "Sarkozy mensonge" sur google vidéo pour voir par vous même.

    Par ailleurs ceci aide à comprendre pourquoi les personnes de pouvoir n'aiment pas internet...

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  7. Nicolas, oui... Enfin ces réactions continuent de me paraitre excessives. Mais merci pour la réponse.

    Captainhaka, malgré sa traitrise je ne le hais pas parce que je ne pense pas qu'il mérite de la haine. C'est un petit politicien social-démocrate pas bien méchant. Il sera une note de bas de page dans l'histoire. Ce n'est ni Hitler ni Staline. Donc la haine ne me semble pas méritée dans son cas.

    Anonyme, je ne suis pas un partisan de Sarkozy, et pourtant il me semble bien qu'il s'agit de haine assez pure.

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    1. Amiral,

      Elles sont excessives dans les termes employés, mais à part ça. Vu de gauche, il est dangereux.

      Mais les réactions des libéraux et des reacs sont aussi disproportionnées quand ils attaquent la gauche d'aujourd'hui. Quand je vois des guignols mettre l'augmentation du taux de prélèvements obligatoire sur le seul compte des socialistes, ça me troue parfois le cul.

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  8. Mais pourquoi se fatiguer à haïr des hommes politiques, quels qu'ils soient, alors qu'un mépris serein et étal est bien suffisant ?

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    1. On va dire que haïr est un bien grand mot.

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  9. "il me semble bien qu'il s'agit de haine assez pure." Il ne faut pas jouer sur les mots. "Haine" renvoie à l'idée d'un sentiment irraisonné, une passion immature, une bassesse. Alors qu'il existe tant de bonnes et solides raisons de détester Sarko, parfaitement rationnelles.

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  10. 'tain, j'allais écrire : haïr, c'est fatiguant et paf ! Didier Goux écrit à peu près la même chose.

    En tout cas, je préfère me moquer...au moins, je rigole...

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    1. Ce ne sont que des mots. Ils prennent des critiques pour de la haine.

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  11. Didier, vous êtes la voix de la raison comme toujours.

    Anonyme, pas tout à fait: http://fr.wikipedia.org/wiki/Haine
    Et justement, détester Sarko n'est pas rationnel (il en va de même pour Hollande d'ailleurs, je tiens à le souligner). Leurs actions ne sont objectivement pas assez "clivantes" pour ça.

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  12. @Didier, le mépris est un acte passif par essence. La haine est active, elle est mouvement ...dynamique ! Du nerf bordel à couilles !

    @Amiral, la haine de Staline et de Hitler n'est venue qu'après coup, ce qui explique leur place dans le panthéon des vilains. Sarko lui, répulse d'emblée...

    @Jegou, qu'est ce que tu fous !

    @Moi, pourquoi je réponds à des gus sur le blog de Jegoun ?

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  13. Mon cher Amiral Woland, si c'est vous qui décrétez que c'est irrationnel de détester Sarko, alors il n'y a plus qu'à l'admettre.

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  14. Ça va se finir par un mariage entre nous, cette succession troublante d'accords parfaits, je le sens…

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  15. Moi je ne l'aime pas parce qu'il veut me faire travailler 2 ans de plus et que je suis fatigué et pas très en forme ... En bref il veut ma peau et je ne lui pardonne pas

    Je vote Hollande dès le 1er tour. Je vote utile, même si je sais que la gauche à fait des conneries comme les privatisations en masse sous Jospin, mais Hollande n'est pas Jospin, je ne veut pas lui faire de procès d'intention. S'il ne tient pas ses promesses et s'il fait le con il sera sanctionné à la fin de son mandat.

    Je ne vois pas à quoi ça sert de s'éparpiller si ce n'est que ça favorise le pouvoir en place.

    David

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  16. Captain : il faudra, un de ces jours, nous expliciter un peu cette notion d'«acte passif»…

    De toute façon, d'une part je ne vois pas bien en quoi le mépris serait passif, et d'autre part la haine étant une pulsion irraisonnée, viscérale, elle n'a rien d'actif du tout. Qu'ensuite, et seulement ensuite, elle se cherche (et se trouve, toujours…) des justifications, d'accord. Mais, au départ, elle est, généralement, une simple pulsion mimétique.

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  17. Dans votre cas, on ne dit pas voter utile, mais voter faignasse…

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    1. Merde, je n'ai pas écrit au bon endroit ! Mon très intelligent et très fin commentaire précédent s'adressait à David, bien entendu.

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