21 avril 2013

La dure vie du blogueur de gouvernement

Tout d’abord, je ne suis plus un blogueur de Gouvernement mais un blogueur de Présidence. C’est quand même plus classe. Je confirme avoir été reçu à l’Elysée mais c’était à l’Elysée-Montmartre, c’était pour un concert de Jonathan richman, en 1987, quand j’ai commencé à bosser à Paris. J’avais 21 ans. J’avais le choix entre bosser et faire des études qui auraient fait en sorte que je finisse par être obligé de bosser.

Cela étant, j’étais déjà fan de Jonathan Richman depuis 1984. Quelques années après, en 2005, j’étais en vacances chez ma mère et j’ai décidé d’ouvrir un blog politique que j’ai décidé d’appeler « Partageons mon avis » et je lui ai mis comme sous-titre « S'il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l'intérêt de la démocratie et la recette des bistros. »

J’ai rapidement eu une meute de fanatiques composée de deux personnes : Poireau et Gaël. La meute s’est agrandie et j’ai fini par tenir un blog où je faisais rigoler les copains. « Le gros frisés avec une cravate chier parle aux Français ».

Petit à petit, mon blog d’andouille a fait son chemin, gavé de mes conneries et des mes rigolades. J’ai rencontré d’autres blogueurs, dont Eric, qui m’a appris plein de trucs, et Politeeks qui a créé les Leftblogs mais qui a fini par m’en filer les clés que j’ai partagées avec Annnie et Trublyonne.

Trublyonne était à Paris ce soir et nous avons fait un Kremlin des Blogs. C’est une rencontre régulière de blogueurs politiques, la plus vieille qui existe en France, je crois. Pas Trublyonne, andouille, la réunion. On a rigolé avec les copains et je suis rentré à la maison. Je me suis rendu compte que j’avais oublié d’étendre mon linge pour qu’il sèche de manière à ce que je puisse le confier à une amie qui ne sait pas qu’Internet existe (ni même le Minitel) pour qu’elle puisse le repasser tout en étant rétribuer par des moyens immondes inventés par la droite. Si je vous raconte ça, c’est uniquement pour justifier le titre de mon billet. Il n’empêche que j’ai des contraintes.

Par exemple, quand je n’ai plus de PQ, il faut que j’aille en acheter. Ce soir, c’est trop tard, mais il me reste un carnet de chèques.

J’en étais où ? Ah ! Oui ! J’ai repris la gestion des Leftblogs et créé le Kremlin des Blogs. On rigolait bien, on tapait sur Sarko et on vannait la politique de droite. Un jour, DSK est tombé bêtement suite à la dénonciation anonyme d’une femme de ménage et il avait bien fallu se lancer à trouver un truc pour faire gagner la gauche.

Entre temps, mon blog était arrivé premier blog politique français d’un classement qui était tout à fait honorable jusqu’au jour, trois ans après, où je n’en fus plus premier. Le gros frisé avec une cravate à chier avait fait son chemin en temps que blogueur qui faisait rire les copains.

Je n’avais plus le choix. Il me fallait militer pour quelqu’un. J’aurais pu choisir Jean-Michel Baylet mais, au tirage au sort, la pièce est tombée de l’autre côté : François Hollande fut l’heureux élu. Il a obtenu mon soutien et fut élu président du machin après avoir gagné des primaires. Nous avons vécu quelques pérégrinations depuis, mon ennemi c’est la finance et tout ça.

Je me retrouvais entre temps fer de lance de la bataverie avec deux ou trois camarades et des nombreux copains dont au sujet desquels je ne me lancerais pas à faire la liste, je pourrais en oublier certains. Ces gars là, ils sont aveuglés ! Ils font la promotion de François Hollande comme si c’était une marque de lessive. D’ailleurs, avec l’affaire Cahuzac, on a bien vu qu’il lave plus blanc que blanc.

D’ailleurs, j’espère que mon linge sera sec pour demain. Je m’égare.

François Hollande a été élu. La fête a été faite à la Bastille mais ça m’a fait chier de m’y pointer. Il y avait trop de monde et la 3G ne passait pas. Du coup, je suis allé dans mon petit bistro de banlieue, tenu par un copain Kabyle, Karim, à l’Aéro. On regardait la télé, François Hollande est arrivé sur le podium comme s’il avait gagné une élection présidentielle. Les copains Kabyles (je me demande s’il n’y avait pas deux ou trois Arabes dans le lot) étaient heureux ! Une page s’était tournée et on allait plus montrer du doigt des gugusses qui étaient né en France mais avaient une tête à être nés ailleurs et à être venus là pour profiter des allocations familiales.

Du coup, avec l’émotion et la bière, je me suis mis, devant la télé du bistro à chialer comme une madeleine. J’avais contribué à ça, avec tous les copains de l’équipe web de Hollande. Et j’en ai encore les larmes aux yeux ce soir à un point que je me demande si mon linge va pouvoir sécher avant demain midi.

Après, j’ai continué à soutenir François Hollande à un point que s’il m’avait serré la main si j’avais été reçu à l’Elysée ce midi, je refuserais de me la laver mais je regrette de ne pas avoir pris des gants.

Toujours est-il que si, en 2005, en créant mon blog pour faire rire les copains, j’avais su que 8 ans plus tard, quelques connards dans les réseaux sociaux qui ont découvert Twitter parce que c’était devenu à la mode auraient pu me reprocher d’avoir été reçu à l’Elysée Montmartre pour un concert de Jonathan Richman, j’en aurais fait un billet pour faire rigoler les copains.

Merci Poireau, merci Gaël, merci Dagrouik, merci Trublyonne et merci à tous les autres, surtout à toi, Odette, qui va me repasser mes chemises défiscalisées par la droite. Je me demande si, en fin de compte, je ne devrais pas être fier.


16 commentaires:

  1. Vive Odette et l'Elysee Montmartre.

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  2. Joli billet.
    Juste une précision : tu as voulu dire "on vannait la droite" ou vraiment "on vantait la droite"?

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  3. Merde, tu t'es pas lavé la main au kdb hier ?pas propre

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  4. Ce dont je me souviens du jour où j'ai découvert ton blog, c'est ta photo à lunettes et surtout du ton employé : j'ai ri.
    Et ça continue !
    :-)

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  5. L'Elysée Montmartre ! Mon gamin y était allé vers l'âge de 20 ans, pour assister à un concert de Bad Religion : il y avait retrouvé une habituée, comme moi à l'époque, des forums de Libé, traductrice-interprète en japonais, et accessoirement en anglais américain.

    A l'époque, je fréquentais un bar qui n'existait que sur le Net. On y rigolait bien aussi. C'est là qu'avec une dizaine des habitués de l'époque nous avions écrit un thriller à plusieurs mains. Le bar est bien vide désormais.

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