03 avril 2013

Le cas Cahuzac usa

« Stupéfaction ? Rage ? Vengeance ? Indifférence ? Remords ? Honte ? Compassion ? » Plein d’interrogations que je pique à mon confrère Sarkofrance parce qu’il me « faut » revenir sur l’affaire Cahuzac pour apporter quelques précisions et signaler des lectures. Cette introduction de Sarkofrance tombe bien parce qu’on ne sait pas trop quel comportement adopter.

Certains commentateurs de gauche disent : « dorénavant c’est une affaire judiciaire » l’air de dire « ce n’est plus notre affaire » et, comme le Premier ministre hier, d’ailleurs, « on verra qu’avec nous la justice est impartiale, nananère contrairement à avant quand c’était la bande à Sarko plouf plouf, z’avez vu comment ils ont tapé sur le juge Gentil et tout ça. » On est d’accord. La justice, c’est important. Il faut qu’elle se fasse.

Mais dans l’affaire Cahuzac, je me fous complètement de ce que pourra conclure la justice dans une affaire vieille de dix ou vingt ans. Jérôme Cahuzac a avoué. Il est donc coupable a priori. Sauf s’il a menti en faisant ses aveux, ce qui serait rigolo. C’est vrai quoi ! Comme il avait menti on ne sait même pas s’il ne ment pas quand il dit qu’il a menti…

Toujours est-il que, pour moi, ce n’est plus une affaire judiciaire vu que sa culpabilité a été avouée, c’est une affaire de morale politique. Pas le fait qu’il ait menti devant les représentants de la nation, je ne sais pas s’il y a beaucoup de ministres qui n’ont jamais menti devant le Parlement…

Le fait qu’il ait accepté de devenir ministre (chargé du budget et donc de la lutte contre la fraude fiscale) en sachant qu’il avait cette casserole au cul et que s’il se faisait baiser il nous foutrait dans la merde : nous n’avons plus de crédibilité quand nous disons « la justice, c’est nous, la gauche et la droite, c’est caca ». Et ça m’emmerde.

On n’aura plus jamais de gouvernement sans soupçon.

J’appelle à la barre Isabelle. Dans son billet, elle semble indiquer qu’il faut être sans pitié pour Jérôme Cahuzac. Pas d’accord. J’y reviendrai. « Il y a beaucoup de blogueurs pour minimiser cette affaire. » Non, il n’y en a pas beaucoup. Je semble être directement visé par sa remarque. Je réponds : je ne minimise rien. Il n’empêche qu’à peine l’annonce faite, des twittos ont commencé à me tomber dessus : « Nananère, on avait raison, tu avais tort, Plenel est un génie, il faut l’enterrer au Panthéon. » Ca lasse.

J’appelle à la barre Politicon. Il nous parle de Bérégovoy (lisez son billet !) puis dit : « Pour Cahuzac certaines des choses qui lui sont reprochées semblent vraies cependant pendant toute cette affaire on a eu l’impression qu’il était aussi attaqué parce que trop de gauche ou pas assez. Je ne me permettrais en aucun cas de le juger et je lui souhaite profondément de rebondir. Je ne connais pas le fond de l’affaire mais il me semble qu’il ne s’est pas enrichi grâce à son pouvoir politique ni qu’il ait mit sur ce compte de l’argent provenant de trafic d’armes. » Je suis d’accord avec lui. Je lui reproche un fait (voir ci-dessus), je n’en fais pas le procès. Je ne suis pas sans pitié.

En aparté, je vais aussi citer un commentaire de Suzanne à mon précédent billet : « Il y a des chirurgiens qui doivent serrer les fesses, et des laboratoires pharmaceutiques qui doivent s'agiter et rechercher les meilleurs avocats, depuis quelques semaines. »

J’appelle à la barre FalconHill. Je suis d’accord avec une partie de son billet, en opposition complète avec une autre. Peu importe, lisez-le. Je vais simplement faire deux remarques. La première est que Cahuzac est mis en cause pour une affaire qui n’a rien à voir avec sa carrière politique. Il sera jugé. Il a menti (j’allais dire surtout à nous autres, qui soutenons le gouvernement), sa carrière est foutue et on est dans la merde. L’affaire « de droite » à laquelle on compare la sienne a eu lieu dans le cadre de la carrière politique d’hommes politiques, pour leurs fonctions, pour le financement de campagnes politiques. La deuxième est que toute la gauche fait des reproches à Cahuzac. Quand Nicolas Sarkozy a été mis en cause par la justice, récemment, les politicards de droite sont venus à sa rescousse et ont mis en cause l’indépendance de la justice. FalconHill semble reprocher à Jean-Marc Ayrault d’avoir insisté sur le fait que « la justice serait indépendante avec nous » (sous-entendu qu’elle ne l’était pas avec les autres). Or, ce sont bien « les autres » qui sont tombés sur le juge gentil, il y a une semaine.

J’appelle à la barre Sarkofrance, à qui j’ai piqué l’introduction de ce billet. Dans le sien, FalconHill disait, à propos de la réaction des politiques : « A gauche ils sont sévères, mais dignes. » Sarkofrance, lui, se pose des questions. Il se dit choqué par l’affaire Cahuzac et dénonce ceux qui veulent en tirer des conclusions politiques. « C’est le cas de Copé, de Le Pen, et de Mélenchon. Désolé du rapprochement mais il est factuel, direct et me fout les boules. » Pareil ! Même si on y voit plus clair. Il cite Jean-Luc Mélenchon : « Cahuzac a avoué. Ses aveux en appellent d’autres. Qui savait aussi et s’est tu ? Comment se fait-il que l’enquête initiale de Bercy n’ait pas permis de savoir ce que Mediapart et un juge ont su en quelques jours ? Le ministre Moscovici pouvait-il ne rien savoir ? Où s’arrête la chaine des mensonges ? Les ennemis de l’amnistie sociale pratiquaient donc l’amnistie de caste. Un monde de menteurs, de fuyards du fisc et de cyniques révèle son existence. Du balai ! » Je pourrais répondre à Méluche que Médiapart ne savait rien de plus mais avait la certitude que c’était Cahuzac qui était « sur la bande » et que la justice n’en savait pas plus jusqu’à de récentes investigations et perquisitions dans les banques Suisses. Méluche appelle maintenant au départ de Mosco. Il en viendra probablement à Ayrault puis à Hollande. C’est sa stratégie politique… Celle du « tous pourris ». Comme dirait Sarkofrance : désolé du rapprochement mais il est factuel, direct et me fout les boules.

J’appelle à la barre Bembelly qui cite Edwy Plenel : « Jérôme Cahuzac ne ment pas pour lui, il a menti pour d’autres ». Tant qu'il ne dit pas que les autres ont menti...

J’appelle à la barre, rapidement, Rosaelle qui pourra répondre aussi à FalconHill. « J'aurais tellement voulu voir un Gérard Filoche de l'UMP se déchainer contre un pourri de son camps... »

J’appelle à la barre, aussi rapidement, Guy Birenbaum parce que je lui pique une illustration pour mon billet.

J’appelle à la barre l’Amiral Woland. C’est un blogueur réactionnaire mais sa réponse me parait beaucoup plus digne que certains propos entendus à gauche. « Vous avez bien craché sur Cahuzac, pas la peine de lui pisser dessus en sus. » « Autant le dire très clairement, je n’ai que peu d’amitié et d’estime pour Jérôme Cahuzac. Cependant, la façon dont il se fait lynché depuis hier soir me dégoute profondément. »

J’appelle à la barre Cyril Marcant. « En attendant ce jugement, il y a une rengaine qui revient : "le FN peut remercier Cahuzac, il leur apporte sur un plateau les clefs de nouvelles mairies, voire de futurs sièges de députés." » et cite quelques élus qui vont dans ce sens. Puis : « Mais Cahuzac n'est pas le seul responsable et ne devra pas servir d'excuses aux prochaines élections en cas de nouvelle montée du FN. Le FN monte depuis longtemps. En 2012, on pouvait voir les hauts scores des frontistes en périphérie des grandes villes et dans les villes de campagnes. Ces hauts scores, et par conséquences ces villes en danger pour les futures municipales, ne reflètent pas tant l'exaspération des "tous pourris" que de l'oubli dans lequel ces habitants se pensent enfermer. » On est d’accord.

J’appelle enfin à la barre Seb Musset et Politeeks qui nous rappelle l’important : le gouvernement doit agir contre la fraude fiscale.

J’appelle beaucoup à la barre, mais pas pour juger. Pour écouter.

Cette affaire m’emmerde.

Je vais remercier Médiapart et enterrer Cahuzac. C'est plus facile.

Edit : le temps que je mette sous presse et Dedalus a fait son billet. "J’évoquais en début de billet le langage de raison qui serait l’honneur de la gauche pour faire barrage à la montée des populismes. On ne peut visiblement pas compter sur la responsabilité de chacun et Jean-Luc Mélenchon a visiblement choisi de faire feu de tout bois et qu’importe si certaines moisissures dégagent une odeur pestilentielle, il semble quant à lui convaincu, à l’image d’un Jean-François Copé, que c’est en s’appropriant le langage de l’extrême-droite, en accréditant le « tous pourris », l’idée d’un système politique corrompu, qu’il pourra s’en exclure." (même si pour ce qui concerne la montée du FN, je suis plus d'accord avec Cyril). Lisez son billet et surtout la fin, il évoquer un volet que je n'ai pas abordé. En deux mots : Méluche et Copé disent, en gros, que si Ayrault et Hollande ne savaient pas, ils étaient bien naïfs. "On comprend bien là que pour Jean-François Copé, et pour la droite en général – mais donc aussi pour Jean-Luc Mélenchon – la République exemplaire et irréprochable, il serait en réalité très naïf que de faire un peu plus que d’en parler.
Ce n’est pas être naïf, Monsieur Copé, c’est être simplement respectueux de nos institutions, respectueux de la République elle-même. C’est être exemplaire, justement. Et ça nous change !"

22 commentaires:

  1. Nico, je ne reproche rien à Ayrault. Que je n'ai pas trouvé bon sur la forme, mais rien à reprocher sur le fond. Je trouve juste amusant la manière dont les soutiens des socialistes ont récupéré l'élément de langage de la soirée d'hier.

    Les communicants ont encore de beaux jours devant eux en tous cas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ne dis pas "juste amusant", le vieux GOUX va te tomber sur le poil.

      Supprimer
    2. Ah non, c'est "juste faux" qu'il tacle.

      Quant à "nous n’avons plus de crédibilité quand nous disons « la justice, c’est nous, la gauche et la droite, c’est caca »", ça, je ne te le fais pas dire.

      Supprimer
    3. Non ! Il tacle tous les "juste".

      Supprimer
  2. Si la Justice se fait, alors on ouvrira tous les dossiers de pédophilie étouffés par le haut de la pyramide. Alors on pourra de Justice. Pour le moment c'est un simulacre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est que les gens qui s'offusquent des méfaits du blanchiment d'argent n'imaginent pas à quel point cette info n'est en soi pas choquante. Enfin je trouve. Non pas que je veuille défendre Cahu, mais les réactions scandalisées par rapport à cette affaire me semblent disproportionnées.
      Moi aussi, cette affaire m'emmerde et elle ne m'a fait ni chaud ni froid. On donne l'impression d'une Justice qui fait son boulot, mais on est encore loin du compte.
      Bonne journée!

      Supprimer
  3. Le pb Cahuzac, c'est l'existence de l'ISF

    RépondreSupprimer
  4. Drame de l'ambition... S'il n'avait pas souhaité être ministre, c'est à dire avoir une sorte d'espèce de pouvoir et de gloire, il pourrait continuer de jouir tranquillement de sa fortune. Et pourquoi avoir choisi le PS pour y parvenir ? Par amour des pauvres et de la justice sociale ou simple opportunisme ?

    Pour les conséquences, on verra bien. Ne croyant pas à la "République exemplaire" cette affaire ne change rien. Ne croyant pas un instant en la moraline dont la gauche badigeonne son discours, je ne vais pas jouer les vierges outragées.

    Le "tous pourris" ne fait pas partie des outils qu'on trouve dans ma boîte. Je dirai plutôt "tous humains" du haut jusqu'en bas de l'échelle sociale.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tous humain, oui, Jean-Paul Delevoye a dit un truc très juste sur la tentation sur France Info aujourd'hui.

      Supprimer
  5. J'ai toujours pensé qu'il était très dangereux pour la gauche de se placer sur le terrain de la morale.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Gauche ou droite, c'est la même chose ! On parle bien de carrière politique, et dans le monde du travail, il y a très peu de moral ! Il y a très peu de moral un peu partout en fait.

      Supprimer
  6. "La justice, c’est important."
    Sauf que dans les affaires politico-financières, la justice doit faire face à une puissance (relations, argent) qu'elle n'a pas. Le nombre d'affaires (+ ou - importantes) sur la période Chirac qui n'ont rien donné est explicite, alors que les faits étaient établis (ex : Juppé, son logement et celui de son fils, pas de poursuite, pour une faute d'une importance mineure, mais symboliquement forte).
    Autre chose : je suis pour la présomption d'innocence, mais elle a été dévoyée par le pouvoir politique, qui s'est d'ailleurs fait une loi sur mesure.
    La république recule chaque fois un peu plus. Et qu'en l'occurrence la gauche soit fautive, cela me fait d'autant plus mal. Responsabilité individuelle ou pas.
    Bonne soirée
    Thomas

    RépondreSupprimer
  7. Serrer les dents, continuer ?
    En dehors de la personne de M. Cahuzac, je ne crois pas que "ces gens-là" fassent partie de mon monde. Je ne le leur reproche pas : avoir de l'argent, de l'influence, n'est pas un "péché". Simplement qu'ils se revendiquent de gauche ... j'ai du mal. Les prises de gauche de M. Sarkozy m'ont ouvert les yeux (Oui, je suis ridicule ...) : à ce niveau d'influence, je pense que les vraies convictions se font rares.
    Mais je ne veux pas troller. Je m'arrête là, mais j'ai juste le blues.
    Bonne soirée
    Cdt
    Thomas

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben oui. Faut continuer. Le reste ne sert à rien.

      Supprimer
  8. Cette affaire mélange la justice et la morale.

    Quand quelqu'un ment, ce ne sont que de la parole, du vent.

    Quand quelqu'un comme un ancien président US se fait prendre avec une dame qui aime les charcuteries, personne n'est lésé. Mais la "morale" puritaine en a décidé autre-ment.

    Quand un homme politique français soustrait de l'argent à la transparence fiscale, c'est tout le peuple qui est lésé. C'est ce que Cahuzac vient d'avouer (à la Justice de le confirmer). D'autres, au lieu d'avouer, menacent des magistrats, et là on descend très bas. Cahuzac peut relever un peu, juste un peu, la tête : il a eu le courage d'avouer.

    RépondreSupprimer
  9. Bab, je t'aime. On n'est évidemment jamais d'accord sur les solutions mais à peu près toujours d'accord sur les constats.

    RépondreSupprimer
  10. A la barre ?
    Déçu : je croyais que tu appelais tes amis plutôt au... bar.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.